Maubuisson Hanoï

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Les grands week-ends d’été, la piste cyclable entre Maubuisson et Carcans Océan pourrait être classée rouge par « Bison Futé ».

Maubuisson a aujourd’hui un faux air de Hanoï. Une nuée de vélos a pris possession de l’espace et jongle entre les voitures bloquées par un gigantesque embouteillage. Il y a des vélos pour grands et petits, des VTT flambant neufs et des vélocipèdes hors d’âge sortis du grenier pour l’occasion, des tandems, des vélos articulés, des vélos avec remorque.

Le chargement est hétéroclite : enfants casqués, planches de body-board, caisses de pique-nique avec bouteilles de rouge, serviettes de bain, parasols, crèmes solaires, pelles et sceaux. L’armée du Vietcong avançant en vélos sur la piste Ho-Chi-Minh n’était pas plus lourdement équipée. Des européens du nord pédalent avec leur matériel de campement et le ravitaillement pour un mois.

On rencontre sur la piste des joggers, des patineurs à roulette ou à patinette, des poussettes d’enfant poussées par des piétons ou des patineurs, des promeneurs avec ou sans chien. Une famille insouciante du danger flâne tranquillement sur la piste tandis que des vélos croisant à grande vitesse tendent d’éviter les jeunes enfants.

Circuler sur la piste n’est pas sans danger. Peu d’usagers sont attentifs à leur trajectoire. Des enfants zigzaguent, par inexpérience, par jeu ou par épuisement. Des rêveurs contemplent la flore des bas-côtés. Des cyclistes du dimanche renouent avec une pratique du vélo oubliée depuis vingt ans. Les croisements tiennent souvent du hasard, voire du miracle.

Au parking de la plage, des centaines de bicyclettes alignées attendent tranquillement leur propriétaire. Il y a tant de monde que deux intervalles de surveillance des bains ont été mis en place. Une grosse femme ficelée dans un maillot sans forme laisse voir une peau devenue, sous l’effet du soleil, rose jambon. Une pin’ up se fait voir dans sa beauté dans un bikini rose.

Photo « transhumances »

Postpositions

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Les postpositions sont le sel de la langue anglaise.

Tous les étudiants de la langue anglaise connaissent l’importance des postpositions, ces particules invariables qui se placent après un verbe et en changent le sens : « to look at someone », c’est regarder quelqu’un, « to look after someone », c’est le chercher.

En anglais, la créativité se niche souvent dans les postpositions. En associant un verbe avec une postposition dans une configuration unique, on réussit à exprimer en peu de mots une idée qui, en Français, requiert une longue explication. Voici un titre de The Guardian du 17 août : « woman suspected of killing husband is talked down from hill ». Le début de la phrase ne pose pas de difficulté en français : il s’agit d’une femme suspectée d’avoir tué son mari. Le reste est plus difficile : on lui a parlé (talk) de manière à ce qu’elle consente à descendre (down) d’une falaise (cliff) et renonce à se suicider en se jetant dans le vide.

L’efficacité de cette phrase est stupéfiante. Une anthologie des postpositions en dirait plus de la culture britannique que des traités de sociologie.

Un mot de la falaise en question : il s’agit de Beachy Head, à l’ouest d’Eastbourne sur la côte sud de l’Angleterre, dont le vertigineux aplomb attire les candidats au suicide de tout le pays. Les jours d’affluence, des aumôniers patrouillent pour les dissuader. En équipe avec la police, ils ont réussi à convaincre Sally Challen, 56 ans, de ne pas se jeter dans le vide dans le remords d’avoir tué son mari : « des agents de police et les aumôniers ont réussi à accompagner une femme de 56 ans du Surrey jusqu’en lieu sûr depuis le bord de la falaise de Beachy Head, après avoir parlé avec elle plus de trois heures dimanche après-midi », dit un communiqué de la police.

Photo « transhumances » : Beachy Head

Shirley Williams juge la Coalition

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« Transhumances » a publié le 28 février la recension de l’autobiographie de Shirley Williams, qui après une carrière dans le Parti Travailliste participa à la création du Parti Social Démocrate, devenu Libéral Démocrate après la fusion avec les Libéraux. Que pense-t-elle de la Coalition des Libéraux Démocrates avec les Conservateurs ?

Le quotidien The Guardian propose une interview de Shirley Williams dans son numéro du 14 août. Agée de 80 ans maintenant, celle-ci est membre à vie de la Chambre des Lords et ne semble pas près de se retirer. Elle n’avait jamais imaginé le scénario d’une alliance avec l’ennemi Conservateur. Après les élections législatives qui n’avaient pas donné de majorité absolue à David Cameron, elle aurait préféré une alliance avec les Travaillistes, ou du moins un soutien aux Conservateurs sans participation au Gouvernement.

Elle pense que la Coalition a une action positive dans le domaine des libertés civiles, notamment en ouvrant une enquête sur les tortures dont l’armée britannique s’est rendue coupable dans sa « lutte contre le terrorisme » ou en renonçant au projet d’une carte d’identité. Elle relève avec humour qu’il y a une forte convergence aussi dans le domaine des prisons : Conservateurs et Libéraux Démocrates veulent développer les peines de substitution et réduire le nombre de détenus. La motivation des derniers est idéologique. Celle des premiers est pragmatique : un prisonnier coûte 35.000 livres sterlings par an à l’Etat et au contribuable !

Elle a trois points majeurs de désaccord avec la Coalition et mettra tout son poids dans la balance à la Chambre des Lords pour infléchir les textes de loi. Il s’agit du projet d’autoriser les parents à créer des « académies », écoles non soumises au contrôle de l’Etat ; la redéfinition du NHS, le Service National de Santé ; et la construction pour 20 milliards de livres du remplacement des sous-marins nucléaires Trident.

Elle conseille au leader Libéral Démocrate Nick Clegg d’écouter attentivement ce que le Parti a à lui dire. Elle prédit que la prochaine conférence Lib Dem sera assez animée !

Photo « The Guardian » : Shirley Williams.

Le Guépard

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Garibaldi s’est emparé de la Sicile à la tête des « Mille » en 1860, il y a juste cent cinquante ans. C’est l’occasion de revoir le chef-d’œuvre de Luchino Visconti, Le Guépard (1963).

La première scène du film se déroule dans la chapelle du palais des Salina. Affolée par le débarquement des Chemises Rouges à Marsala, la famille se réfugie dans la prière. Il y a toutefois un mouton noir, Tancrède (joué par Alain Delon). Jeune homme fougueux et ambitieux, il a décidé de rejoindre la sédition : après tout, le commanditaire de la révolte contre le roi de Naples est un autre roi, celui de Savoie. Il faut que tout change pour que rien ne change, dit-il à son oncle, le Prince Salina (Burt Lancaster). Celui-ci accepte le pari et mise sur son neveu.

Le Prince Fabrizio Salina est aristocrate jusqu’au bout des ongles. C’est aussi un stratège. Pour que Tancrède réussisse dans le contexte de l’Italie piémontaise, il lui faut de l’argent. Fabrizio organise son mariage avec Angelica (Claudia Cardinale), la fille du maire du bourg où la famille Salina prend ses quartiers d’été. Don Calogero Sedara est influent et riche. L’ambition cynique et débridée de Tancrède associée à la fortune et aux réseaux de Don Calogero devraient maintenir la famille Salina à flot pendant quelques dizaines d’années.

Fabrizio est d’un pessimisme radical. Il ne voit pas de changement possible pour la Sicile : dans cette terre traversée au cours de l’histoire par des envahisseurs, écrasée par un climat rude, les gens ont la nonchalance d’esthètes convaincus de leur supériorité. Il se bat pour le seul objectif qu’il sait pouvoir réaliser, la survie de sa dynastie. Mais il sait qu’à sa génération, celle les lions et des guépards, succèdera celle des hyènes et des chacals.

Le bal donné à l’occasion des fiançailles de Tancrède et Angelica est une apothéose pour Fabrizio, qui a donné corps à son projet et mis sur orbite l’alliance des Salina et des Sedara. C’est aussi le moment où il voit clairement sa mort approcher. Noble dans le fond du cœur, il la toise sans crainte.

Photo  du film « Le Guépard » : la valse du Prince Salina et Angelica.