¡Viva España !

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J’ai vibré pour la victoire de l’Espagne dans la coupe du monde de football.

J’aime l’Espagne pour y avoir vécu heureux de 2001 a 2007. Je participe de la liesse de Madrid et de Barcelone.

La revanche de leur entraîneur Vicente del Bosque, évincé du Real de Madrid où il avait été pendant trente ans joueur et entraîneur, juste après avoir remporté le championnat en 2003, relève de la justice immanente. « Un nouveau cycle doit commencer », avait annoncé le président du club Florentino Perez, soucieux de mener à bien sa politique de recrutement de « galactiques ». Un cycle désastreux allait en effet commencer pour le club madrilène. Vicente del Bosque est revenu par la grande porte. Le paradoxe est qu’il l’a fait à la tête d’une équipe dont l’ossature est le club de Barcelone, grand rival du Real.

Car la victoire de l’Espagne est en grande partie une victoire catalane. C’est un paradoxe : beaucoup de Catalans perçoivent comme une humiliation l’arrêt du tribunal constitutionnel espagnol sur se statut d’autonomie élargie de la Catalogne. Cet arrêt confirme, selon Le Monde, les restrictions apportées par cette juridiction largement influencée par le Parti Populaire à la notion de nation catalane qui figurait dans le préambule du statut adopte en 2006, ainsi que l’invalidation du « caractère préférentiel » de la langue catalane, notamment dans l’administration.

Le triomphe de la « Roja » semble œuvrer a « l’indissoluble unité de l’Espagne » évoquée par le tribunal constitutionnel, alors que nombre de ses héros rêvent d’autonomie, pour ne pas dire d’indépendance.

Photo « Le Monde »

La tête en friche

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« La tête en friche » de Jean Becker n’est pas ce qu’on appelle un « grand film ». Mais on se laisse volontiers entraîner par son optimisme et par le talent des acteurs, en particulier Gérard Depardieu et Gisèle Casasus.

Germain (Gérard Depardieu) est un « looser ». Il vit dans une petite ville de petits boulots, est un pilier du bistrot « chez Francine », habite dans une caravane dans le jardin de sa mère, qu’il n’a jamais quittée bien qu’elle l’ait toujours traité par le mépris. Il a la tête en friche. Elevé sans père, tête de turc de son instituteur, considéré par sa mère comme un gêneur et un minable, c’est un pauvre gars sans repère. Ou du moins, c’est ainsi qu’il parait. Car dans son potager, Germain est un prince qui sait dénommer plus de variétés de tomates qu’il n’y en a dans le Petit Robert. Et dans sa caravane, ses nuits ont un trésor : Annette (Sophie Guillemin), une jolie femme d’une trentaine d’années, des yeux bleus à faire chavirer, l’aime de pur amour. 

La rencontre dans un jardin public avec Margueritte, quatre vingt quinze ans passés, va permettre a Germain d’ordonner son jardin mental. Elle lui lit Albert Camus et Romain Gary, et c’est pour lui une révélation. Sa richesse intérieure était scellée sous un manteau d’apparente inculture, de la même manière que l’amour que sa mère lui portait était cachée sous une apparence d’inextinguible hostilité. Avec Annette et Margueritte, Germain est prêt à fonder une famille.

« La tête en friche » chasse dans les territoires de Harold et Maud (un adolescent suicidaire sauvé par une vieille dame débordante de joie de vivre) et du Liseur (une ancienne gardienne de camp de concentration nazi hantée par son analphabétisme). Le film est loin d’atteindre leur profondeur, mais il raconte une bien belle histoire.

Photo du film « la tête en friche », Gérard Depardieu et Gisèle Casasus.

Sur les traces de Jean Ferrat

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Dans son édition des 5 – 6 juillet, Le Monde a publié un article sur la transformation d’Antraigues-sur-Volane, la « montagne » de Jean Ferrat, en lieu de pèlerinage. Il est difficile de ne pas remarquer le contraste avec le Paris fétide de l’affaire Bettencourt.

Carole Dumas-Pitavy, envoyée spéciale à Antraigues-sur-Volane, écrit : « depuis la mort de Jean Ferrat le 13 mars, ils n’ont cessé d’arriver. Par bus entiers, lors de son enterrement ; puis à vélo, en voiture, en camping-car. Via des tours opérateurs aujourd’hui… A Antraigues-sur-Volane, en Ardèche, deux cents personnes par jour en semaine et près de mille cinq cents le week-end viennent sur les traces du chanteur. »

Les chansons de Ferrat nous touchent par leur puissante poesie, comme celles de Piaf ou de Brassens. Mais son personnage lui-même devient peu à peu l’icône d’une France digne, travailleuse, fière de son héritage révolutionnaire, soucieuse de la qualité de son cadre de vie. Jean Ferrat cristallise à la fois le communisme idéalisé (et purifié par le rejet tardif du stalinisme) et, avec trente ans d’avance, l’écologie en action. C’est un anti-carriériste, fuyant la vie « people » et les projecteurs pour une vie simple en Ardèche.

Il est très possible que les acteurs malgré eux de l’affaire Bettencourt n’aient pas commis d’actes répréhensibles ; laissons-leur le bénéfice du doute à ce stade. Mais comment ne pas voir qu’ils sont devenus les icônes d’une France parisienne, avide de célébrité et de pouvoir, ayant perdu le sens de la mesure dans la fréquentation de personnes qui « valent » plusieurs millions d’euros ?

Il est facile de déifier les morts. Jean Ferrat au pouvoir – situation qu’il aurait détestée ! – n’aurait certainement pas fait progresser la France dans le sens de la compétitivité, qui est pourtant cruciale pour l’avenir du pays. Il reste qu’il est difficile aux Français de s’identifier a ceux qui les gouvernent actuellement, et que le personnage de Ferrat donne une indication sur les qualités humaines qu’ils aimeraient, un jour, trouver en ceux qui leur succèderont.

Photo : Antraigues-sur-Volane, le bourg de montagne de Jean Ferrat

Yes Minister

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Il y a trente ans, la BBC lançait une série de comédies mettant en scène le monde politique. Malgré le temps passé, regarder ces sketches d’une demie heure chacun procure un grand plaisir.

Patrick Lagadec m’avait souvent vanté l’humour dévastateur de « Yes Minister », la série programmée par la BBC entre 1980 et 1984. Ayant eu l’occasion de l’acquérir pour £6 chez le supermarché Sainsbury’s, j’ai en effet passé un bon moment.

Dans la première séquence, James Hacker prononce un discours enflammé un soir d’élection. Il vient d’être élu député. Ministre de l’Agriculture dans le « shadow cabinet », il attend anxieusement l’appel du nouveau Premier Ministre. Celui-ci finit par l’informer de ce qu’il occupera le portefeuille des Affaires Administratives.

Le Directeur de Cabinet Sr Humphrey Appleby (joué par Nigel Hawthorne) va s’employer à déniaiser le Right Honorable James Hacker (joué par Paul Eddington). Chauffé par son Conseiller Politique, le nouveau ministre prend à cœur le slogan de campagne : « open government! » Il fait diffuser à la presse un article s’en prenant vertement à la commande, par le précédent ministre, d’ordinateurs américains alors que le chômage frappe en Grande Bretagne. Las ! Le Premier Ministre prépare un déplacement à Washington et l’initiative de son Ministre est une catastrophe. Fort heureusement, Sr Humphrey a fait prendre à l’article les circuits de la censure interne. Il s’excuse hypocritement pour avoir omis les nouvelles règles de transparence. Non moins hypocrite, Sr Humphrey répond que tout le monde peut se tromper.

Tout est de la même veine. Le ministre est plein de bonne volonté mais, face au risque de voir se détourner des électeurs ou de perdre son portefeuille, il n’a pas le courage de faire front et se laisse manipuler. Une séquence très actuelle est celle où, résolu à réduire son administration de 23.000 personnes, il finit par supprimer quelques dizaines de postes de postes de serveuses de thé.

La série constitue une critique au vitriol de la classe politique, politiciens et hauts fonctionnaires mêlés. Si le mobilier et les outils de communication datent de trente ans, la comédie n’a pas pris une ride.

Photo BBC, « Yes Minister  »