Pina

  

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« Pina », le dernier film de Wim Wenders, nous fait découvrir, en trois dimensions, l’œuvre de la chorégraphe allemande Pina Bausch, décédée en 2009.

J’ignorais les chorégraphies de Pina Bausch et sa troupe, tout internationale, le Tanztheater Wuppertal. La technique « 3D » nous situe au cœur de l’action : lorsqu’il peut sur scène, c’est comme si des gouttes atteignaient les spectateurs.

Les personnages de Pina Bausch sont des gens ordinaires, les femmes souvent vêtues de robes longues colorées et chaussées de talons aiguille, les hommes souvent en costume. Ils vivent d’une manière intense la solitude, l’écrasement, la violence, la guerre des sexes, mais aussi la joie, la légèreté, l’énergie.

Le film devait se réaliser initialement avec Pina Bausch. Après son décès, les danseurs de la troupe ont voulu en faire un monument à cette femme exceptionnelle. Ils sont filmés en gros plan, et leur témoignage est diffusé « off ». On les voit ensuite en action, sur scène ou dans des paysages urbains, industriels ou ruraux de la région de Wuppertal. C’est bouleversant de beauté esthétique et de vérité humaine.

Pina Bausch avait une passion pour les éléments : ses danseurs se heurtent à des surfaces dures comme la pierre, se couvrent de boue, s’immergent dans l’eau. Leurs mouvements sont parfois lents, conventionnels, comme figés ; mais ils se déchaînent parfois en gestes hystériques et saccadés inspirés par la passion charnelle ou par une haine violente.

Curieusement, ce film est autorisé au Royaume Uni pour les spectateurs à partir de quatre ans. Il est vrai qu’il n’y a pas de nudité ni de gros mots. Mais la charge émotionnelle est si forte, la violence si palpable, qu’on peut se demander si la censure a bien compris la portée d’un film qui parle de la condition humaine au-delà des mots.

Photo du film « Pina » de Wim Wenders

Ballet Black

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Le Place Theatre de Watford a programmé le 4 mai un magnifique spectacle de danse par la troupe Ballet Black.

Ballet Black (http://www.balletblack.com/) a été créé il y  a une dizaine d’années pour donner leur chance à des danseurs d’origine noire ou asiatique.

Pendulum, une chorégraphie réalisée en 2009 par Martin Lawrance sur une musique de Steve Reich écrite en 1968, est une œuvre impressionnante. Elle met en scène un couple de danseurs, Cira Robinson et Jazmon Voss. « Pendulum est un duo qui balance entre des images de combat et des moments de proche partenariat entre ses deux danseurs », dit Martin Lawrence. Le chorégraphe « utilise les rythmes de battement de cœur des Mouvements du Pendule de Steve Reich pour élever les pulsions de son travail jusqu’à une compétition, un menace ou une poursuite. Tandis que les danseurs se confrontent l’un à l’autre dans des tourbillons, la tension qui s’accumule leur donne une aura de danger et de séduction », écrivait The Guardian en 2009.

La musique joue un rôle fondamental dans Pendulum. Au début de la chorégraphie, tout est silence : on n’entend que le frôlement et le heurtement des corps. Puis se mettent en place des graves qui font vibrer les spectateurs, avec un rythme de plus en plus implacable. C’est magnifique.

Illustration : photo de Ballet Black.

William Wordsworth à Mount Rydal

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Les environs du lac de Grasmere, dans le Lake District, sont emprunts du souvenir du poète William Wordsworth.

Le poète William Wordsworth (1770 – 1850), natif de la région des lacs, vécut de 1799 à 1808 à Dove Cottage, une maison proche du lac de Grasmere, puis de 1813 à sa mort à Mount Rydal, une grande maison surplombant un autre lac tout proche, celui de Rydal.

Les deux maisons sont ouvertes au public. La première donne une idée assez exacte de la vie d’une famille de classe moyenne en Angleterre il y a deux cents ans. La seconde, plus grande et environnée d’un splendide jardin, prête à la rêverie.

Un musée Wordsworth a été organisé à Dove Cottage. On y voit des documents sur la région des lacs à l’époque du poète ainsi que de nombreux manuscrits, de lui-même comme de sa sœur, à qui il dut une bonne part de son inspiration. On peut y écouter des poèmes lus par des comédiens.

Voici la première strophe de son poème le plus célèbre, « Daffodils » (jonquilles), dont la musique de la langue est magnifique :

I wandered lonely as a cloud
That floats on high o’er vales and hills,
When all at once I saw a crowd,
A host of golden daffodils;
Beside the lake, beneath the trees,
Fluttering and dancing in the breeze.

Je vagabondais seul comme un nuage / qui flotte au dessus des vallées et des collines / quand tout à coup je vis une foule, / une masse de jonquilles dorées ; / à côté du lac, derrière les arbres, / tourbillonnant et dansant dans la brise.

Photo « transhumances » : Mount Rydal.

John Ruskin à Brantonwood

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La maison occupée par John Ruskin à Brantwood, sur les rives du lac de Coniston, dans le Lake District, offre une vue à couper le souffle.

John Ruskin (1819 – 1900) vécut au domaine de Brantonwood les vingt-huit dernières années de sa vie. Au fil de notre découverte de la Grande Bretagne, nous avons croisé à plusieurs reprises ce personnage formidable dont la vie coïncide à peu de choses près avec celle de la Reine Victoria. Il s’est en particulier illustré en prenant contre Dickens la défense des préraphaélites, qui partageaient avec lui une passion pour la nature menacée par le désastre écologique de la première industrialisation et voulaient, comme lui, rendre présente l’humanité dans sa réalité charnelle.

Ruskin fut un voyageur infatigable, chantre de Venise et de Florence, mort à Créteil lors d’une ultime escapade. Il fut un dessinateur et un peintre doué. Il fut un critique d’art prolifique et écouté. Il fut un prophète impitoyable dans sa critique du règne de l’argent, un chrétien social qui prônait l’éducation pour tous et la santé gratuite.

La maison de Brantonwood est pleine du souvenir de cet homme qui laissa une trace forte, contrastant avec sa fragilité psychologique, marquée par une sexualité non assumée et des moments de dépression. « There is no wealth but life », disait-il : il n’y a de richesse que la vie.

Photo « transhumances » : le lac de Coniston depuis Brantonwood.