Pédalos à Maubuisson

20 août 2011. Forte chaleur aujourd’hui à Maubuisson. Nous sommes allés à bicyclette nous baigner dans l’océan à Carcans Plage. En fin d’après-midi, nous nous retrouvons au bord du lac et louons chez Olivier deux pédalos.

 C’est un moment de quiétude.  Un petit souffle d’air parcourt le lac. Le soleil oblique se reflète à la surface de l’eau et confère au sable et à la peau une jolie couleur d’ocre. Nous nous laissons doucement dériver.

 C’est aussi un moment de jeu. Nous nous essayons au stand-up paddle, cette planche large sur laquelle on se tient debout armé d’une longue pagaie. Nous faisons une course de vitesse à pédalo. A la proue de l’un d’entre eux, Thierry marque le rythme comme sur une galère. Nous nous plongeons dans l’eau chaude du lac.

 C’est un moment de grâce où il fait bon être ensemble et jouir des vacances.

 Photo « transhumances »

Eichmann à Jérusalem

Il y a cinquante ans se tenait à Jérusalem le procès d’Adolf Eichmann, accusé de crimes contre l’humanité pour avoir organisé le transport des Juifs vers les camps d’extermination.

 Kidnappé par un commando israélien en 1960, Adolf Eichmann fut jugé à Jérusalem d’avril à décembre 1961, condamné à mort et pendu le 31 mai 1962. La philosophe Hannah Arendt suivit le procès pour le compte du New Yorker et publia en 1963 « Eichmann à Jérusalem », un livre construit à partir des articles rédigés pour le journal.

 Cinquante ans après, « Eichmann à Jérusalem » reste un livre passionnant. Il fut, lors de sa publication, accompagné d’une violente polémique. On reprocha à l’auteur d’avoir souligné le rôle déterminant des Conseils Juifs dans l’organisation de la déportation. On lui fit aussi grief d’avoir souligné l’intérêt d’Eichmann pour le sionisme, en particulier sur deux points : le refus de l’assimilation (« dissimilation », dit Arendt) et la revendication d’une terre propre aux Juifs.

 Ces critiques sont injustes, mais on comprend que les dogmatistes soient révulsés par l’honnêteté d’Hannah Arendt. Elle dénonce le « show » organisé par Ben Gourion sur la Shoah et le peu d’attention portée à la responsabilité personnelle de l’accusé. Elle démontre qu’Eichmann n’a jamais été l’ingénieur diabolique de l’extermination que voulait présenter l’accusation, mais un fonctionnaire zélé d’un massacre de masse décidé à Berlin, un fonctionnaire à l’esprit obtus qui ne dépassera jamais le grade de lieutenant colonel. Elle parle de la « banalité du mal » : comment le mal absolu a été perpétré par une bureaucratie efficace et stupide.

 Arendt s’attaque avec courage aux questions fondamentales posées par le procès Eichmann. Etait-il légitime de kidnapper Eichmann en Argentine ? Quelle était la légitimité de la cour de justice de Jérusalem ? Une cour internationale aurait-elle été envisageable ? Le procès n’était-il pas celui des vainqueurs ? Pourquoi les auteurs d’Hiroshima et Nagasaki n’ont-ils pas été jugés, eux aussi, pour crime contre l’humanité ?

 Elle explique combien il était difficile aux juges de caractériser le crime d’état dont Eichmann avait été l’efficace instrument. Ce crime n’existait pas dans les livres de jurisprudence. Arendt parle de « massacre administratif » perpétré par un Etat qui avait décidé qu’une une partie de l’espèce humaine n’avait pas le droit d’exister sur la terre. Pour les juges, il n’y avait pas de précédent : il fallait sortir des sentiers battus et innover.

 Pour Hannah Arendt, la question centrale du procès d’Adolf Eichmann n’aurait pas du être la Shoah, mais la responsabilité individuelle de l’accusé. Or celui-ci n’avait pas cessé de se retrancher derrière les ordres reçus par lui qui n’était qu’un rouage d’une gigantesque mécanique criminelle. Un chapitre clé du livre s’intitule « les devoirs d’un citoyen respectueux de la loi ».  Curieusement, Eichmann se réfèra à la critique de la raison pratique de Kant. Comme l’indique Arendt, il donna une définition à peu près correcte de l’impératif catégorique : « je voulais dire par ma remarque sur Kant que le principe de ma volonté doit toujours être tel qu’il peut devenir le principe de lois générales ».  Arendt souligne le glissement qui s’est opéré sous le troisième Reich : le principe n’était plus « ne pas faire aux autres ce qu’on ne voudrait pas qu’ils nous fassent », mais « agir d’une telle façon que le Führer, s’il connaissait notre action, l’approuverait ».

 Tout au long de son procès, Eichmann déclara qu’il n’avait nulle haine des Juifs et se vanta des excellentes relations qu’il avait entretenues tout au long de sa carrière avec des notables juifs. Puisque l’Etat allemand avait déclaré l’existence d’un « problème juif », il avait travaillé activement à une première solution, l’expulsion des Juifs vers d’autres territoires, parmi lesquels Madagascar avait été envisagé. Lorsque l’expulsion de millions de personnes s’avéra irréaliste, il se replia sur une seconde solution, la concentration. Enfin, il se rallia à la solution finale, l’extermination.

 Pour Hannah Arendt, la progressive abdication du principe moral au profit du principe du chef est le point où réside la responsabilité personnelle d’Eichmann, celle qui aurait du être au cœur du procès de Jérusalem. Son livre, au confluent de l’histoire, de la psychologie sociale, de la théorie politique et du droit international, est une œuvre magistrale.

 Illustration : Eichmann à son procès à Jérusalem.

Little Miss Sunhine

Little Miss Sunshine, film de Jonathan Dayton et Valerie Faris (2006) offre ce que le spectateur attend d’un bon film : du mouvement.

 Le mouvement est le voyage de la famille Hoover dans un vieux combi Volkswagen délabré d’Albuquerque à la Californie pour accompagner Olive, 7 ans, à un concours de fillettes reines de beauté. C’est surtout le mouvement des âmes.

 La famille Hoover est gravement dysfonctionnelle. Edwin, le père, est obsédé par la réussite au point qu’il a mis au point une méthode infaillible pour échapper au sort des loosers et devenir un winner. Le problème est qu’il ne parvient pas à la vendre, que sa vie professionnelle est celle d’un looser et que la famille manque d’argent. Dwayne, le fils adolescent, est un révolté qui hait sa famille et ne communique que par écrit. Olive, myope et mal faite de son corps, poursuit le fantasme de devenir Miss Sunshine. Richard, père d’Edwin, tourné vers la pornographie et la drogue, s’est fait exclure de la maison de retraite où il vivait. Pour couronner le tout, Frank, frère d’Edwin, est accueilli à la maison après avoir raté son suicide.

 Seule Sheryl, la mère, semble équilibrée et porte la famille sur ses épaules. Lorsqu’Olive demande à Frank ce qui lui a valu son séjour à l’hôpital, elle laisse se dernier s’expliquer sans fard, alors qu’Edwin tente d’interrompre cette conversation inconvenante.

 Le voyage vers la Californie s’avère mouvementé. Richard meurt d’un arrêt cardiaque. Il faudrait raisonnablement interrompre le voyage. Mais dans le désespoir familial, le concours de beauté d’Olive est devenu un point d’ancrage auquel tous se raccrochent frénétiquement. On enlève le corps du grand-père de la chambre d’hôpital, on le met dans le coffre du Combi, on arrive après la clôture des inscriptions pour le concours, on parvient à arracher l’inscription. Sur scène, Olive exécute le numéro de strip-tease que son grand-père lui a appris. Le scandale est général. Toute la famille se trouve aux côtés d’Olive. Dwayne a retrouvé la parole, Frank l’envie de vivre.

 Photo du film « Little Miss Sunshine ».

René Magritte, le principe de plaisir

 

La Tate Liverpool présente une exposition intitulée « René Magritte, the pleasure principle ».

 La Tate Liverpool et la Tate St Ives (en Cornouailles) sont des musées frères de la Tate Britain et de la Tate Modern de Londres. La Tate Liverpool a été ouverte en 1988 dans les anciens Docks Albert transformés en espace culturel avec le musée Beatles Story et le musée de la marine. Il présente des collections permanentes et des expositions temporaires, dont celle consacrée à Magritte jusqu’au 16 octobre.

 René Magritte (19898 – 1967) a été dans l’entre deux guerres proche du mouvement surréaliste marqué par les personnalités d’André Breton, Paul Eluard, Salvador Dali, Luis Buñuel ou Yves Tanguy. Ses créations font la part belle au rêve. Des objets y reviennent de manière obsessionnelle, comme le bilboquet ou le chapeau melon. Ils prennent la place des humains, se dédoublent, se désarticulent.

 Dans les amants, on ne trouve aucun de ces artifices, simplement deux visages essayant de se toucher malgré la fine épaisseur des cagoules qui les séparent. Une magnifique image de l’incommunication.

 Illustration tirée de The Guardian : les amants, René Magritte 1928.