Le Musée d’Archéologie Nationale

Le Musée d’Archéologie Nationale de Saint Germain en Lay mérite une visite.

 Le musée occupe le château de Saint Germain, une bâtisse du seizième siècle dont le parc surplombe la Seine. Le terme « Antiquités Nationales » est si large qu’en réalité deux musées pourraient coexister. Une grande part des collections est consacrée à la préhistoire (paléolithique et néolithique), à l’âge du bronze et l’âge du fer. Une autre part présente des objets de la Gaule romaine et du bas Moyen Age.

 En France, la préhistoire commence vers 500.000 ans avant Jésus-Christ avec l’homme de Tautavel. Les collections du musée suivent un strict ordre chronologique. On voit tout au long du paléolithique, jusqu’au sixième millénaire, les outils devenir de moins en moins rudimentaires. Vers 20.000 avant Jésus-Christ apparaissent des motifs décoratifs, dont certains sont des figures abstraites dont le sens nous échappe, d’autres des représentations d’animaux. La plus célèbre pièce du musée est le portrait d’une femme, la Dame de Brassempouy, une petite sculpture de 3.65cm de haut taillée dans de l’ivoire de Mammouth, trouvée dans la grotte du Pape dans les Landes. On reste émerveillé par la résilience de l’humanité, confrontée au cours des millénaires à ces changements climatiques radicaux et capable de domestiquer le feu, de construire des armes de chasse de plus en plus efficaces puis, à partir de 6.000 environ, d’inventer un mode de vie sédentaire puis l’écriture.

 En comparaison de la vaste préhistoire, la période de la Gaule romaine et du bas Moyen Age couvre un espace de temps très court : quelques centaines d’années seulement. Mais les collections sont riches. Les objets sont superbement éclairés et ont pour beaucoup une grande valeur artistique.

 Illustration : la Dame de Brassempouy, Musée d’Archéologie Nationale, Château de Saint Germain en Laye

Afghanistan : le lucratif business des passeurs

Dans The Guardian du 19 janvier, Jon Boone évoque le business lucratif des passeurs qui organisent la fuite d’Afghans vers l’Europe.

 Dans le bâtiment en face du quartier général de la police de Kaboul, une entreprise avec pignon sur rue procure, contre des dollars, tout ce qui est nécessaire pour passer en Europe. Le service peut inclure depuis les faux papiers, de préférence des passeports pakistanais crédibles à s’y méprendre, jusqu’à de parfaites imitations de menaces de mort par les Talibans, particulièrement utiles à l’heure de demander l’asile politique.

 Les passeurs offrent de nombreux « packages ». Les plus onéreux (plus de 20.000 dollars) incluent le faux passeport, l’assistance par des fonctionnaires complices aux postes de contrôle et naturellement le billet d’avion, en général jusqu’à la Grande Bretagne. Une autre route, empruntée par quelque 50.000 Afghans chaque année, passe par les chemins montagneux à la frontière de l’Iran et de la Turquie, puis pénètre par terre ou par mer en Grèce et, ainsi, dans l’Union Européenne. Les Afghans visent aussi l’Australie, via la Malaisie et l’Indonésie.

 Tout est question d’argent : rien n’est impossible pour qui peut payer. En général, un quart est payable comptant et le reste une fois arrivé à destination, mais la probabilité d’être victime en cours de route de gangs criminels n’est pas négligeable.

 Voici dix ans que l’OTAN est en Afghanistan. Qu’avons-nous fait pour que les habitants de ce pays cherchent à le fuir en masse et que la corruption soit institutionnalisée à ce point ?

 Photo « The Guardian » : émigrés Afghans arrivés par la Turquie dans l’ile grecque de Lesbos.

Art Nouveau à Nancy

Le Musée de l’Ecole de Nancy est tout entier consacré à l’Art Nouveau dans une variété de disciplines : ébénisterie, céramique, luminaire, verrerie, vitrail.

 Nous avions été enthousiasmés par la visite du Musée Horta à Bruxelles. La maison d’Eugène Corbin à Nancy offre les mêmes émotions. Elle nous transporte au tournant des dix-neuvième et vingtième siècles. Dans la ligne des précurseurs britanniques John Ruskin et William Morris, des artistes nancéens s’inspirèrent de la nature. Leur mobilier, leurs vitraux, leurs céramiques sont habités d’arbres, de fleurs, d’oiseaux. Les lignes sont féminines, toutes en courbes, sans rupture ni aspérité. C’est un art total, débordant de vitalité, de couleurs, de chaleur.

 Les artistes de l’Ecole de Nancy sont nés pour la plupart vers 1850 : l’ébéniste Eugène Vallin qui, comme les préraphaélites anglais, avait commencé sa carrière dans le style gothique ; le maître verrier, ébéniste et céramiste Emile Gallé ; l’artiste décorateur et ébéniste Louis Majorelle ; le décorateur et peintre verrier Jacques Gruber. Gallé, Majorelle et les frères Daum ne furent pas seulement des créateurs. Comme William Morris avant eux, ils furent des industriels talentueux.

 Les Galeries Poirel de Nancy consacrent une exposition temporaire à « Jacques Gruber et l’Art Nouveau, un parcours décoratif ». On y découvre le génie multiforme de cet artiste qui trouva sa voie dans l’art du vitrail au moment de l’éclosion de l’Art Nouveau et évolua vers un style toujours coloré mais plus abstrait.

 Il y a quelque chose de fascinant et envoûtant dans l’Art Nouveau. Rien ne choque. Tout enveloppe, protège, caresse. Dans les moments de doute, c’est un réconfort.

 Photo « transhumances » : vitrail de Jacques Gruber au Musée de l’Ecole de Nancy.

Génocide Arménien ?

L’auteur de « transhumances » encourt-il les peines de 5 ans d’emprisonnement et 45.000 euros d’amende pour avoir osé inscrire un point d’interrogation derrière « génocide arménien » ?

 Rappelons le contenu de la loi votée le 23 janvier par le Parlement français. Cette loi modifie la loi de 1881 sur la liberté de la presse et restreint cette liberté. Bien que ses instigateurs eussent en tête le « génocide arménien », contesté par le gouvernement turc, elle vise à réprimer la contestation des génocides reconnus par la loi, sans se prononcer sur la qualification des crimes de guerre commis en Anatolie en 1915.

 Selon le code pénal, « constitue un génocide le fait, en exécution d’un plan concerté tendant à la destruction partielle ou totale d’un groupe national, ethnique, racial ou religieux ou d’un groupe déterminé à partir de tout autre critère arbitraire, de commettre ou de faire commettre, à l’encontre de ce groupe, l’un des actes suivants : atteinte volontaire à la vie ; atteinte grave à l’intégrité physique ou psychique ; soumission à des conditions d’existence de nature à entraîner la destruction totale ou partielle du groupe ; mesures visant à entraver les naissances ; transfert forcé d’enfants. Le génocide est puni de la réclusion criminelle à perpétuité ».

 La nouvelle loi punit ceux qui ont contesté ou minimisé de façon outrancière l’existence d’un ou plusieurs crimes de génocide. Les peines sont les mêmes que celles infligées à ceux qui, dans les médias, auront provoqué directement des actes de terrorisme ou en auront fait l’apologie : 5 ans d’emprisonnement et 45.000 euros d’amende.

 La loi reconnait aussi aux associations qui se proposent par leurs statuts de défendre les intérêts moraux et l’honneur de toute victime de crimes de génocide, de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité ou de crimes ou délits de collaboration avec l’ennemi, le droit de se porter partie civile.

 Mise à part la crise diplomatique majeure que l’initiative malheureuse de députés de gauche et de droite a provoquée avec la Turquie, la loi va s’avérer inapplicable. Qui va décider de la liste des génocides ? On n’ose pas imaginer qu’elle soit dressée par décret ministériel. Elle sera sans doute laissée à l’appréciation des juges. Mais auront-ils la qualification pour discerner avec toute l’objectivité possible ce qui s’est passé en 1915 sur un champ de bataille opposant l’Empire Ottoman à la Russie et ses alliés arméniens ? L’existence de crimes de guerre est indéniable ; y a-t-il eu pour autant un plan systématique de destruction d’une nation, caractéristique du « génocide » ?

 Va-t-on inculper les éditeurs d’un site Internet basé hors de France pour dénégation du « génocide arménien » ? Va-t-on interpeller des journalistes ou des officiels turcs lors de leur passage en France ?

 Je ne suis pas seul à considérer cette loi comme nocive. Dans un sondage publié le 24 janvier, l’édition électronique du Monde demandait à ses lecteurs si elle était le signe de la grandeur de la France, d’une faute de la France ou bien ni de l’un ni de l’autre. 53% des sondés considéraient qu’il s’agissait d’une faute, 19% seulement d’un signe de grandeur et 21% ni l’un ni l’autre.

 « Transhumances » a souvent relevé la tendance de certains milieux en France à avoir une vision hexagonale de la réalité du monde au point de se poser en donneurs de leçons. La loi sur la répression de la contestation des génocides pousse ce nombrilisme jusqu’à l’absurde. Puissent les réactions d’autres peuples, pas seulement de Turquie, nous ouvrir les yeux.

 Photo « Le Monde » : Patrick Ollier, Ministre des Relations avec le Parlement, lors du débat final de la loi à l’Assemblée Nationale.