Exercice d’évacuation

 

Les exercices d’évacuation d’un immeuble de bureaux permettent de voir l’entreprise sous un jour nouveau.

 Lorsque retentit l’alarme d’incendie, on se sent vaguement inquiet – y a-t-il vraiment une situation d’alerte, et contrarié – il faut abandonner la tâche en cours et sortir en hâte dans le froid. Au point de rassemblement, l’ambiance est toute spéciale. On se croirait dans la cour de récréation d’un collège. On se parle, on échange des plaisanteries. La hiérarchie est inversée. Ce sont les responsables incendie de chaque étage, vêtus pour l’occasion de vestes phosphorescentes, qui donnent les instructions et les directeurs obéissent docilement.

 Il y a quelques années, l’ordre d’évacuation avait été donné alors que nous venions de signifier à un fournisseur l’interruption de son contrat. L’interruption de la réunion avait symbolisé à merveille une situation dans laquelle il s’agissait de sortir d’une relation professionnelle et de la vider de son contenu.

The Artist

“The Artist”, film de Michel Hazanavicius, est en compétition pour les Oscars, après que Jean Dujardin eut décroché la palme du meilleur acteur à Cannes pour son interprétation.

 Jean Dujardin interprète George Valentin, une star du cinéma muet que la révolution du cinéma parlant vers 1930 va marginaliser et même clochardiser. L’histoire est simple : George, au faite de sa gloire, tombe amoureux d’une figurante, Peppy Miller (Bérénice Bejo), et cet amour est réciproque. Mais Peppy se lance dans une carrière d’actrice du parlant, alors que George s’obstine dans le muet. Peppy sauvera George de la ruine, de la déchéance et du suicide en lui proposant de jouer avec elle dans un film dans le style de Fred Astaire.

 The Artist est en noir et blanc, dans l’esthétique des films muets des années 20. De fait, il est majoritairement muet, sauf à deux moments clé. George est seul dans une pièce ; il s’efforce de parler, mais aucun son ne sort de sa bouche ; en revanche, des objets banaux – un verre que l’on pose, une goutte d’eau tombant sur le sol – font un vacarme assourdissant ; c’est la fin du cinéma muet. Plus tard, Peppy et George interprètent une chorégraphie de claquettes ; le martèlement des pieds sur le sol est partie intégrante du spectacle ; George exprime son talent dans l’ère du cinéma parlant.

 Les acteurs secondaires jouent un rôle dans le film : le chauffeur Clifton, interprété par James Cromwell, est une parfaite réplique du Jeeves de Wodehouse. Le petit chien savant de George Valentine fait irrésistiblement penser à celui qui accompagne Charlot. Et c’est à Charlie Chaplin aussi que l’on pense dans l’une des scènes les plus magiques du film : Peppy s’est introduite dans la loge de George et, à moitié engagée dans son manteau pendu à une patère, mime une étreinte.

 Il fallait du culot pour réaliser un film quasiment muet en 2011, même sous l’excuse du pastiche. On passe un excellent moment, épicé de grands moments de cinéma.

 Photo du film « The Artist ».

Stephen Hawking : Soyez curieux !

En raison de son état de santé, le cosmologiste britannique Stephen Hawking n’a pu assister aux célébrations de son soixante-dixième anniversaire à Cambridge. Mais il a laissé un message : « soyez curieux ! ne renoncez pas ! »

 Lorsqu’à l’âge de 21 ans, Stephen Hawking fut diagnostiqué une maladie neurologique dégénérative, le pronostic des médecins était que le patient n’avait que quelques années à vivre. La célébration de son soixante dixième anniversaire tient en elle-même du miracle, même si la maladie ne cesse de gagner au point de rendre pratiquement inopérant le système qui, par des contractions de sa joue interprétées par un ordinateur, lui permet de « parler »  d’une voix synthétique.

 Hawking a laissé un message à ses collègues de Cambridge. « Rappelez-vous de lever les yeux vers les étoiles et de ne pas regarder vos pieds. Essayer de faire du sens à partir de ce que vous voyez et au sujet de ce qui fait que l’univers existe. Soyez curieux. Et quelque difficile que la vie puisse sembler, il y a toujours quelque chose que vous pouvez faire et réussir. Ce qui importe, c’est simplement que vous ne renonciez pas ».

 Dans son adresse, Hawking parle de sa scolarité médiocre à St Albans (à 10km de Watford et 40km de Londres) où il avait grandi.

 Il conclut ainsi : « notre image de l’univers a beaucoup changé dans les 40 ans passés et je suis heureux d’y avoir apporté une petite contribution. Le fait que les humains – qui sommes nous-mêmes de simples collections de particules de la nature – ont été capables de tant s’approcher d’une compréhension des lois qui nous gouvernent, nous et notre univers, est un grand triomphe. »

 Photo « The Guardian » : Stephen Hawking

Postmodernisme, style et subversion, 1970 – 1990

Le Victoria & Albert Museum de Londres présente jusqu’au 15 janvier une exposition intitulée « Postmodernisme, style et subversion, 1970 – 1990 ».

 Le postmodernisme est un mouvement esthétique qui s’est exprimé pendant les années soixante-dix et quatre-vingts dans de multiples disciplines telles que le design, la mode, l’architecture ou le spectacle. L’époque précédente avait cherché à clarifier et simplifier. Les postmodernistes au contraire voient la réalité comme dans un miroir brisé. Le futur qu’ils présentent n’est pas idéalisé, il ressemble parfois à un Apocalypse urbain, comme dans le film « Blade Runner » de Ridley Scott (1982). Ils ne tentent pas de réduire les contradictions, ils les recherchent : dans la colonnade de Hans Hollein pour la Biennale de Venise de 1980, les colonnes appartiennent à plusieurs époques et l’une d’entre elles est tronquée, mais à l’inverse du sens commun la partie manquante est la base. Ils aiment la complication : une simple desserte peut avoir deux pieds droits et un autre ondulant.

 Las Vegas fut une source d’inspiration pour les postmodernistes : les enseignes lumineuses pour des marques commerciales côtoient des répliques de l’Opéra Garnier ou du Palais des doges. Dans le domaine du spectacle, l’heure était à l’exagération, au contraste des couleurs, à l’excentricité : le chanteur Klaus Nomi, avec son aspect lunaire, en était une parfaite illustration.

 Le mouvement postmoderniste, principalement impulsé par des cabinets de design italiens installés en Italie et aux Etats-Unis, a fondé les critères esthétiques sur lesquels nous vivons encore largement aujourd’hui. Le Cirque du Soleil, qui commence comme chaque année sa saison au Royal Albert Hall de Londres, en est une illustration.

 Illustration : reconstitution de la colonnade « Strada Novissima » de Hans Hollein à la Biennale de Venise, 1980