Desert Crossings

Desert Crossings

Le Palace Theatre de Watford vient de programmer « Desert Crossings » (traversées du désert), une chorégraphie du Sud-Africain Gregory Magoma sur une musique originale de Steve Marshall.

 Desert Crossings est produite par State of Emergency, une compagnie britannique qui promeut le théâtre africain. L’ambition de Magoma est d’évoquer par la danse l’inexorable dérive des continents au long des temps géologiques, qui sépare par des milliers de kilomètres les côtes de la Namibie et du sud de l’Angleterre, pourtant si semblables. L’aventure humaine, la musique, les corps en mouvement, sont capables de réunir ce que les forces telluriques ont distancié.

 C’est bien de forces telluriques qu’il s’agit au début du spectacle. Les cinq danseurs sont agités de spasmes qui parcourent leurs corps jusqu’au bout des doigts. « Desert Crossings, dit Magoma, crée un voyage au milieu de vastes déserts, des mers et des montagnes et est un paysage où le physique et le métaphysique, le corporel et le spirituel, le céleste et le spirituel, fusionnent.

 La bande sonore crée une atmosphère d’étrangeté : le bruit d’un ruisseau, un ouragan, des murmures, un rythme de batterie, du silence, des battements de pieds. Les danseurs sont comme habités par une force qui vient du fond des millénaires et offrent une performance d’une intensité exceptionnelle.

Une Grande-Bretagne oubliée

 

Un sans abri dans une ville anglaise. Photo The Guardian.

Dans The Guardian du 10 mai, Stephen Bubb, le patron de « The Association of Chief Executives of Voluntary Organisations » (association des patrons des associations de volontaires) tire la sonnette d’alarme : “au milieu de la grande richesse, nous sommes en train de créer une Grande Bretagne oubliée ».

 Stephen Bubb s’inquiète des conséquences des coupes budgétaires sur les populations les plus fragiles : les sans-abris, les victimes de violence domestique, ceux qui ont des problèmes de santé mentale, les gens âgés et seuls, les enfants dans des familles cassées. Il y a l’impact des réductions de dépenses sociales elles-mêmes, pour ceux dont la vie en dépend. Il y a le déficit démocratique dans un contexte où l’Etat central transfère des responsabilités sur des pouvoirs locaux qui sont faibles et ne rendent guère de comptes. Il y a enfin l’évolution des mentalités, avec des nantis (« haves ») qui vivent des vies de plus en plus parallèles à celles des démunis (« have-nots ») au point de ne plus même voir leur existence.

 Dans la même édition du quotidien, le journaliste Randeep Ramesh amplifie la tribune libre de Stephen Bubb. Il cite une étude du Centre National pour la Recherche Sociale sur les attitudes sociales des Britanniques. Plus d’un quart des personnes interrogées pensent que la pauvreté est le résultat de la « paresse » ou d’un « manque de volonté ». Ce chiffre n’était que de 15% au milieu des années quatre-vingt dix.

 Il existe en effet un risque que les « have-nots » soient oubliés. Et, plus radicalement, que nul ne les voie plus, bien qu’ils soient tous les jours sous nos regards.

Le Prénom

 

« Le Prénom », film d’Alexandre de la Patellière, est une comédie bien enlevée où l’on rit beaucoup.

 Avant d’être un film, Le Prénom a été une pièce de théâtre à succès écrite par Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière. La version cinématographique n’innove pas vraiment : la transposition au grand écran emprunte peu au langage propre du cinéma, ce qui est décevant. Toutefois, ce théâtre filmé est bien enlevé, mordant et drôle.

 Pierre (Charles Berling) et son épouse Zabou (Valérie Benguigui) sont des bobos de gauche, lui professeur à la Sorbonne, elle enseignante de collège. Ils invitent le frère de Zabou, Vincent (Patrick Bruel), sa jeune épouse Anna (Judith El Zein) et un ami d’enfance, Claude (Guillaume de Tonquédec) à une soirée tajines. L’ombre de la mère de Zabou et Vincent, Françoise (Françoise Fabian) plane sur la soirée.

 Vincent a réussi dans la vie et ne se prive pas de le faire sentir à sa sœur et son beau-frère qui peinent à masquer la jalousie derrière des convictions socialistes. Le dernier succès de Vincent : il va être père. Le roman « Adolphe » de Benjamin Constant lui donne l’idée d’une plaisanterie qui ne manquera pas de faire sortir ses hôtes de leurs gonds. Le but recherché est atteint : Pierre et Zabou s’étranglent d’indignation à l’idée que leur futur neveu puisse porter le prénom du plus grand criminel de l’histoire. Mais les sentiments se sont emballés, et rien ne peut arrêter l’ouragan qui va dévaster la routine des relations familiales. Anna confesse que les prénoms que ses hôtes ont donnés à leurs enfants l’horripilent. Vincent confesse à Claude qu’on le surnomme « la Prune » car on le suspecte d’homosexualité. Claude confesse qu’il est l’amant de Françoise, la mère de Zabou et Vincent. Zabou confesse à Pierre sa frustration d’avoir tout sacrifié à son mari…

 Après cette soirée désastreuse, la famille pourrait être détruite. Mais nous sommes en comédie, et tous se retrouvent pour la naissance de l’enfant de Vincent et Anna… qui s’avère être une fille. Du coup, les heureux parents se trouvent à court de prénoms !

 Photo du film « Le Prénom » : Patrick Bruel et Charles Berling.

15 mai 2012

 

Le nouveau Président sur les Champs sous la pluie, photo Daily Mail

Certains jours sortent de l’ordinaire. Ce 15 mai pluvieux fut l’une de ces journées mémorables, abstraites de la répétition et de la routine.

 A Paris, François Hollande est intronisé Président de la République. Trempé dans sa voiture découverte, il descend rayonnant les Champs Elysées. Plus tard, son avion pour Berlin sera frappé par la foudre, il devra revenir à Paris, changer d’appareil et s’excuser auprès d’Angela Merkel pour son retard. Le quotidien conservateur britannique The Daily Mail titre : « trempé jusqu’à l’os, l’avion foudroyé, comment a été votre grand jour Monsieur ? » The Guardian remarquera que les éléments hostiles ont constitué une belle image de la difficile situation mondiale au moment où commence le quinquennat. Il reste que l’eau et le feu ont contribué à rendre ce jour inoubliable.

 Philippe, mon ami d’enfance, n’aimerait probablement pas être associé à la célébration de la victoire d’un socialiste à la présidentielle. Il n’aurait probablement pas non plus choisi ce 15 mai 2012 pour porter en terre son frère Bernard. Il a écrit en cette circonstance un texte simple et émouvant : « Tu vas vraiment nous manquer. Les réunions familiales ne seront plus jamais pareilles, il y avait déjà eu le départ de papa, le tien marque un nouveau tournant dans nos vies, il nous faudra réinventer comment être ensemble et faire vivre en nos cœurs l’Amour que tu savais si bien distribuer. Mais tu ne supportais pas les atmosphères lourdes ni les conflits.

 Tu nous sortirais de notre état de tristesse en 2 coups de cuillère à pot en nous faisant remarquer un petit détail drôle qui, dans la pire des ambiances, faisait rigoler tout le monde : par exemple là, aujourd’hui, tu nous glisserais peut-être : « le prêtre a une chaussette verte et l’autre bleue » (…) ou bien « un des croquemorts a exactement la tête de celui dessiné dans Lucky Lucke contre Pat Poker ». (…) Ta fantaisie nous a obligés à nous remettre en question : tu nous a montré à tous comment ne pas rester contraints dans des normes, des cadres établis, des savoir-faire surannés. »

 Brigitte, Martine et moi assistons ce soir au Wigmore Hall au concert du pianiste lithuanien virtuose Kasparas Uinskas. Au programme, une nocturne et une sonate de Chopin et une sonate de Brahms. C’est un moment de sublime émotion. 15 mai 2012, une journée mémorable.

Le pianiste Kasparas Uiskas