Cantina

Donné dans le cadre du « London World Festival », Cantina est un spectacle de cirque exceptionnel par la virtuosité des acrobates et la charge émotionnelle qu’il dégage.

 Pendant l’été, le Southbank Centre, déjà équipé de deux magnifiques salles de spectacle, le Royal Festival Hall et le Elizabeth Festival Hall, occupe un espace supplémentaire. Dans le Jubilee Garden, tout près de la grande roue au bord de la Tamise (le London Eye), il offre un espace de fête foraine nommé « London Wonderground ». Un chapiteau de cirque y est planté au milieu des attractions foraines. Pendant les spectacles qui s’y déroulent, on entend le hurlement des passagers des engins de production d’émotions fortes.

 Jusqu’à la fin septembre, une troupe australienne donne sous le chapiteau un spectacle d’une heure, Cantina. Les ingrédients sont ceux du cirque : acrobatie, contorsionnisme, funambulisme, équilibrisme. Mais, comme au Cirque du Soleil quoiqu’à une échelle plus humaine, on ne vise pas la prouesse technique en tant que telle, mais l’émotion provoquée par le corps humain écartelé. Le spectacle a l’esthétique des années vingt, visuellement et par les musiques interprétées sur scène.

 Sur un fil d’acier, un homme et une femme (elle portant naturellement des talons hauts) tentent de trouver leur équilibre, chacun pour soi mais en tentant de se raccrocher l’un à l’autre. Un homme tente de modeler une femme, pantin inerte, à son image. L’homme qui virevolte le cou pendu à une corde a le visage revêtu d’une cagoule, évoquant le supplice d’un condamné à mort. Une femme piétine de ses chaussures à talon le torse nu d’un homme qui la battait.

 Il y a dans Cantina une humanité bestiale qui affleure, celle qui veut asservir, dominer, écraser ; mais aussi celle qui atteint, par la virtuosité physique et la grâce de la chorégraphie, à une sublime beauté.

Cantina, photo de South Bank Centre Dance Blog

Assange ou démon ?

Julain Assange au balcon de l'ambassade d'Equateur à Londres. Photo The Guardian

La spectaculaire apparition de Julian Assange au balcon de l’ambassade d’Equateur à Londres, où il est réfugié, a suscité l’enthousiasme de ses partisans.

 Parmi ses supporteurs, il faut mentionner Adolfo Pérez Escrivel qui, depuis son Prix Nobel de la Paix en 1980, se pense investi d’un magistère moral planétaire. Citons la première partie de son texte :

 « Depuis l’Argentine, nous suivons avec beaucoup de préoccupation les récents évènements internationaux au sujet de la décision souveraine de la République d’Equateur d’accorder l’asile diplomatique à Julian Assange dans le cadre du Droit International.

 Le Gouvernement de la République d’Equateur a exprimé les raisons qui l’ont amené à prendre cette décision ; parmi ces raisons, la préoccupation pour la vie même de Julian Assange qui est poursuivi politiquement pour avoir diffusé une information très grave qui a mis en évidence les actions criminelles des Etats-Unis dans les Guerre d’Afghanistan et d’Irak et les actions déjà connues d’intromission à travers ses ambassades dans les affaires intérieures des autres pays. La crainte pour la vie d’Assange est justifiée car déjà aux Etats-Unis on parle d’une éventuelle mise en jugement grâce à la Loi sur l’Espionnage qui inclut la peine de mort. »

 D’autres zélateurs tentent d’expliquer pourquoi Assange est fondé à se soustraire à la justice suédoise qui a demandé son extradition à la suite de la plainte de deux femmes pour viol. Ainsi, le député britannique George Galloway nie que les faits reprochés à Assange, même s’ils étaient avérés, puissent être qualifiés de viol : « certains croient que quand vous allez au lit avec quelqu’un, retirez vos vêtements, que vous faites l’amour avec elle et que vous vous endormez, vous êtes dans un jeu sexuel avec elle. Cela peut-être une mauvaise manière de ne pas lui avoir tapé sur l’épaule et lui avoir dit « est-ce que ça te dérange si je recommence ? » Cela peut relever d’un code de conduite sexuelle sordide, mais de quelque manière qu’on le qualifie, ce n’est pas un viol, sauf à priver le mot viol de sens. »

 La position de Galloway, qui dénie toute compétence à la justice suédoise, a le mérite de remettre au centre de l’affaire le viol présumé, et non Wikileaks. Il est bon en effet de rappeler :

 Que Julian Assange n’est pas l’objet d’une procédure judiciaire aux Etats-Unis, et encore moins d’une procédure d’extradition ;

 Que la Suède est un Etat de droit, dans laquelle la justice s’efforce de faire son travail avec impartialité ;

 Que deux femmes estiment avoir subi un préjudice et attendent réparation.

 La stratégie de Julian Assange est de se faire passer pour victime en espérant ainsi ne pas avoir à répondre de l’accusation d’agression. Il prétend ne pas comparaître devant la justice suédoise au nom de l’injustice faite à Wikileaks. Ce positionnement de donneur de leçons morales est pour le moins éthiquement douteux.

Faux amis

 

François Hollande et David Cameron assistent à un match de handball pendant les Jeux Olympiques

Les « faux amis » compliquent parfois la compréhension entre collègues ou amis français et britanniques, dans la vie professionnelle comme dans la vie de tous les jours. En voici deux exemples.

 « I appreciate I must pay this fine » ne signifie pas que j’apprécie le fait de devoir payer une amende. Cela veut dire que je comprends, ou que j’admets, que je dois la payer.

 « I am happy to pay this fine » n’est pas l’expression d’un masochiste heureux de payer cette amende. Cela signifie simplement que je suis d’accord pour la payer. Ce n’est pas du bonheur, c’est de la résignation.

 Enfin, si un ami vous dit « I sort of agree with you that you must pay this fine”, cela ne signifie pas qu’il est d’accord sur la nécessité de payer l’amende. Tout est dans le « sort of » : en réalité, il vous déconseille fortement de vous laisser aller à votre première intention, qui était de la payer.

(Photo The Guardian)

L’étang de Cousseau

L'étang de Cousseau

L’étang de Cousseau est une réserve naturelle située entre le lac de Carcans Hourtin et celui de Lacanau.

 J’aime me rendre à l’étang de Cousseau. De Maubuisson, il faut parcourir six kilomètres à bicyclette, puis emprunter à pied un chemin forestier. On débouche sur une clairière. Un « sentier d’interprétation » suit la rive de l’étang. Sur une plateforme d’observation bâtie sur une dune en aplomb de l’étang, une jeune volontaire invite les visiteurs à regarder les oiseaux par une longue vue. Elle m’explique qu’un travail considérable a été accompli pour rendre au site l’aspect qu’il avait avant les travaux de reboisement des deux derniers siècles. Les arbres ont été abattus, on a construit des canaux d’irrigation qui rendent une grande surface inondable en hiver et on a réintroduit des vaches marines, dont la race était pratiquement éteinte. En quelque sorte, on a reconstitué artificiellement l’écosystème qui existait ici il y a deux cents ans.

 Je me laisse pénétrer par le calme de ce lieu enchanteur. Je reviens doucement vers la clairière. Une autre volontaire propose des activités. Parmi celles-ci, je choisis d’explorer le sol à la découverte des insectes. Equipé d’une simple loupe, c’est un petit monde qui apparait sous mes yeux, un monde que l’on ne prend guère le temps de contempler. Ma guide est une enthousiaste des insectes. Une petite guêpe se pose sur son bras : le risque d’être piquée pèse peu par rapport au plaisir de regarder attentivement cette petite chose vivante, si belle et si complexe. Emerveillée, elle découvre dans l’herbe un « rhinocéros », gros coléoptère noir qu’elle se promet d’ajouter à sa collection.

L’écosystème de l’étang de Cousseau est fragile. Un gigantesque incendie de forêt près de Lacanau, à quelques kilomètres, dégage une fumée sombre et une odeur de brûlé perceptible jusque de notre maison. L’effort consenti pour préserver cet espace naturel et communiquer sur l’importance de sa préservation est un bien précieux.