A La Réunion, Bras Panon

 

Coopérative de la vanille à Bras Panon. Photo « transhumances »

La petite commune de Bras Panon, sur la « côte au vent » de l’Ile de La Réunion, mérite que le touriste y consacre une journée.

 La coopérative des producteurs de vanille a son siège à Bras Panon, un bourg au sud de Saint André et au nord de Saint Benoît. La visite guidée dure environ 45 minutes. La vanille vient du Mexique, où la fleur est fécondée par des abeilles. A la Réunion, où ces abeilles n’existent pas, le procédé de fécondation a été inventé au 19ième siècle par un jeune esclave, Albius. Il consiste à neutraliser la fine membrane qui isole les parties mâle et femelle et à les rapprocher par pression.

 La production de la gousse séchée de vanille incorpore une grande quantité de travail. L’agriculteur doit visiter la plantation chaque jour entre septembre et décembre et féconder une à une les fleurs écloses. Les gousses restent sur le pied pendant 9 mois. Pendant ce temps, il faut en permanence réaménager les lianes de vanille  – un type particulier d’orchidée – et les empêcher de suivre leur penchant naturel, celui de grimper jusqu’à la cime des arbres pour trouver la lumière. Le processus de séchage est lui-même intensément manuel et passe par une sélection permanente des gousses qui ont la maturité, la consistance et l’arôme souhaité.

 Après la visite, on a naturellement envie de goûter un plat à la vanille. L’auberge idéale est « Anibal Eva ». Elle occupe une ravissante case créole. Comme dans une trattoria italienne, il n’y a qu’une table et les convives y prennent place à mesure de leur arrivée. Ils trouvent devant eux une incroyable variété de punchs et de rhums arrangés « maison », ainsi qu’une cruche d’eau fraîche bienvenue. L’entrée (aujourd’hui un gratin de citrouille) et les plats principaux (un cari de canard à la vanille et un cari d’estragon) sont automatiquement apportés, sans que le client puisse commander ou écarter quoi que ce soit. En revanche, la carte des desserts est quasiment illimitée : sorbets, glaces, gâteaux au coulis de goyavier ou de vanille. Le cari de canard à la vanille est la spécialité de la maison. Il complète heureusement la visite de la coopérative et est absolument délicieux.

 Le soleil du début d’après-midi et l’énergie du repas donnent une puissante envie de baignade. A quelques kilomètres au sud de Bras Panon, il faut prendre la route qui grimpe au Bassin de la Paix et au Bassin de la Mer. Le paysage de cannes et de montagnes est somptueux. Un chemin part du kiosque. Il traverse la Rivière des Roches et, après quelques centaines de mètres, se transforme en escalier qui descend une paroi abrupte. La baignade dans le Bassin de la Paix, arrosé par une impressionnante cascade, rafraîchit, nettoie et met le corps à neuf.

A La Réunion, la forêt de Bélouve

Forêt de Bélouve. Photo « transhumances ».

Monter par la route au gîte de Bélouve et emprunter le sentier qui mène au Trou de Fer, constitue l’une des plus belles promenades de l’Ile de La Réunion.

 Nous traversons les villages de La Plaine des Palmistes et de Petite Plaine et nous engageons sur la route du gîte de Bélouve. Nous avons de la chance aujourd’hui : bien que nous nous trouvions dans la partie « au vent » de l’île, la plus humide, il ne pleut pas. Seule une fine couche de nuages enveloppe les deux sommets, la Fournaise et le Piton des Neiges. A mesure que la route s’élève, des paysages somptueux se révèlent à nous, falaises verticales couvertes de végétations, profondes ravines, pentes douces couvertes de fleurs, futaies de tamarins et de fougères arborescentes.

 Le gîte de Bélouve est construit près d’un belvédère d’où l’on admire le Cirque de Salazie. On se situe en aplomb du village d’Hell Bourg. La vue embrasse les « îlets » où les agriculteurs cultivent des plantes vivrières, en particulier le « chouchou » (chayotte) ; elle porte jusqu’aux montagnes qui ferment le Cirque, la Roche Ecrite, le Col des Bœufs, le Piton des Neiges et, au-delà du Cirque de Mafate, le Maïdo.

 A partir du gîte, le chemin du Trou de Fer traverse la forêt tropicale. La végétation, dominée par les tamarins et les cryptomerias, est particulièrement dense. Le sentier est souvent rendu impraticable par la pluie et la boue. Aussi a-t-il été aménagé sur des centaines de mètres avec des passerelles et des escaliers de bois recouvert de grillage. Après environ une heure et demie de marche, on arrive au Trou de Fer. Il s’agit d’un gigantesque entonnoir presque totalement fermé, sur les flancs duquel des cascades forcent un passage. Le site est le clou du tour de l’île en hélicoptère : la proximité des parois et l’à-pic de plusieurs centaines de mètres garantissent des sensations fortes. Pour le randonneur, quitter le couvert de la forêt et découvrir cet espace vertigineux est une récompense, d’autant plus prisée qu’un épais brouillard s’invite fréquemment dès la fin de la matinée.

A La Réunion, Hell Bourg

 

Hell Bourg, le cimetière. Photo « transhumances »

 

Au fond du Cirque de Salazie, à l’Ile de La Réunion, le village d’Hell Bourg est une destination touristique appréciée.

 Des trois cirques formés par effondrements et ravinement autour de l’ancien volcan, le Piton des Neiges, celui de Salazie est le plus verdoyant. On y accède par le fond de la rivière du Mât. Après le bourg de Salazie, la route côtoie une gigantesque falaise où s’écoulent des cascades qui, par temps de pluie, forment un continuum : « le Voile de la Mariée ». On pénètre ensuite dans un écrin végétal où se côtoient des forêts, des terres d’élevage et des cultures. Ce qui domine ici, c’est le « chouchou » (chayotte), délicieuse cucurbitacée que l’on prépare selon une variété de recettes, en particulier en gratin.

 La route se sépare en deux branches. L’une monte à Grand Ilet en passant par plusieurs hameaux qui produisent des cultures vivrières, à l’air libre ou sous serre ; après Grand Ilet, on continue jusqu’au Col des Bœufs où commencent les chemins vers le Cirque de Mafate. L’autre embranchement mène à Hell Bourg. C’était autrefois une station thermale. C’est aujourd’hui une station touristique fréquentée où se retrouvent des randonneurs et des promeneurs seulement heureux de découvrir de jolies cases créoles entourées de somptueux jardins. L’une de ces cases est la Maison Folio, que l’on peut visiter librement ou sous la conduite d’un guide.

 Le lieu le plus émouvant d’Hell Bourg est le cimetière. Il est construit sous la masse majestueuse du Piton d’Anchaing. Chaque tombe est plantée de fleurs et d’arbustes que la pluie, généreuse en ce lieu, se charge d’arroser. C’est une symphonie de couleurs et de fragrances. Le poète Auguste Lacaussade (1815 -1897), métis, partisan de l’abolition de l’esclavage, célébré comme un des pères de la « créolité », y est enterré.

A La Réunion, La Nouvelle

 

Cirque de Mafate entre La Nouvelle et Marla. Photo « transhumances »

 

Le hameau de La Nouvelle est le plus accessible du Cirque de Mafate. Il devient peu à peu une base pour les randonneurs.

 Il y a quelques années, il fut décidé d’abandonner le projet de route reliant Grand Ilet, dans le Cirque de Salazie, à La Nouvelle, dans le Cirque de Mafate. Le site n’est relié au reste de l’île que par des sentiers et par des rondes d’hélicoptères qui livrent presque tout ce qui est consommé sur place, des aliments aux matériaux de construction. Au fil des années, il s’est enrichi de gîtes qui offrent aux randonneurs une étape pour la nuit ou une base pour rayonner dans les autres îlets de cette dépression extraordinairement escarpée.

 L’eau est chauffée au soleil, ce qui garantit une désagréable surprise aux marcheurs arrivant en fin d’après-midi. L’électricité est elle-même produite par des capteurs solaires, complétés par quelques générateurs au gazole. Le dîner est servi vers 19h, peu après le coucher du soleil, dans une salle commune. Il commence par un punch et se termine par un rhum arrangé ; il se compose d’une entrée (pour nous, du gratin de chouchoux), d’un cari (pour nous, rougail de saucisses et civet de canard) et d’un dessert (pour nous, gâteau aux pommes). Il est généralement excellent, et d’autant plus apprécié que la randonnée creuse l’appétit.

 A La Nouvelle, on fait l’expérience de la rareté. Les ampoules délivrent un minimum de lumière, pas assez pour lire confortablement. C’est aussi l’expérience d’un décalage horaire : on se couche dès 21h, et on est sur pieds peu après 6h.

 La descente vers La Nouvelle depuis le Col des Bœufs, sur environ 500m de dénivelée, se fait en général dans la brume si l’on se met en route l’après-midi. Parfois, une trouée laisse entrevoir les pentes abruptes d’un « piton » couvert de verdure. Les branches entremêlées des tamarins diffusent un sentiment d’étrangeté.

 Au petit matin, le ciel est totalement découvert. Sous le soleil rasant, le Piton des Neiges, la crête des trois Salazes, le rempart du Grand Bénard au Maïdo apparaissent dans un extraordinaire relief. Sur le chemin de Marla, des paysages somptueux apparaissent à chaque détour. Le sentier rejoint la rivière des Galets, tout près de sa source. Se baigner dans l’un des bassins naturels lave le corps et l’esprit. C’est un moment de pur bonheur.