Pape François

 

Le pape François arrive à Santa Maria Maggiore. Photo The Guardian.

 

La presse française n’a pas toujours fait preuve de subtilité lors de l’élection du pape François (premier).

Le 14 mars, Sud-Ouest nous apprend ainsi que « Jorge Mario Bergoglio a coiffé sur le poteau les grands favoris, malgré son âge, 76 ans ». Le conclave est présenté comme une réunion hippique où s’affrontent les ambitions débridées de jeunes jockeys aux dents longues : Angelo Scola, toque blanche casaque pourpre, Christoph Shönborn, toque blanche casaque pourpre, l’Argentin Leonardo Sandri, toque blanche casaque pourpre en tête du peloton de 115 concurrents. Le film « habemus papam » de Nanni Moretti, qui montre le pape nouvellement élu, joué par Michel Piccoli, s’enfuir du Vatican terrorisé par l’énormité de la tâche, est probablement plus proche de la vérité. Il semble que le Cardinal Bergoglio ait demandé aux Cardinaux de ne pas voter pour lui pendant le conclave qui, en 2005, avait finalement élu Ratzinger.

Dans la même édition, Sud-Ouest titre « François, le pape « du bout du monde » ». Le journal semble en être resté à l’époque de la marine à voile, lorsqu’il fallait des semaines de navigation pour joindre Buenos Aires. L’Argentine de Cristina Kirchner et Jorge Mario  Bergoglio est certainement plus proche des lecteurs de « transhumances » que les habitants de certains quartiers de Montfermeil ou beaucoup de détenus des prisons françaises.

Il faut aller au-delà de l’image hippique et de l’exotisme austral. L’homme qui a été élu à la tête de l’Eglise catholique traîne comme un boulet l’attitude de l’institution pendant la féroce dictature militaire. Dans Le Monde du 14 mars, le sociologue des religions Michael Lowy écrit : « A l’époque de la dictature militaire en Argentine, qui a fait de 1976 à 1983 des dizaines de milliers de morts et de disparus — dix fois plus que sous la dictature militaire d’Augusto Pinochet au Chili—, Jorge Mario Bergoglio s’est distingué par une grande discrétion. Il n’a émis aucune condamnation ni même aucune critique de la dictature. Pire, Jorge Mario Bergoglio était le supérieur de l’ordre des jésuites et a, à ce titre, retiré, en mai 1978, la licence religieuse à deux jésuites qui avaient pris des positions très engagées sur les droits des pauvres. Peu après, ces deux jésuites, ayant perdu la protection de l’Eglise, ont été arrêtés et torturés dans la sinistre école militaire ESMA. On a accusé Bergoglio d’avoir dénoncé ses deux anciens collaborateurs aux militaires, mais il a toujours réfuté cette accusation. Le fait reste qu’en retirant le soutien de l’Eglise, il a permis aux militaires d’intervenir. » Après l’élection du pape François, on peut s’attendre à ce que son rôle durant cette période fasse de nouveau l’objet d’investigations.

Le point positif de cette élection est le choix même du nom « François » en référence à Saint François d’Assise. L’adoption d’un style plus humble trouvera vite ses limites. Ratzinger était lui-même un homme austère, non un enthousiaste des dorures du Vatican. Lorsqu’il s’agira de voyager, le pape utilisera comme ses prédécesseurs hélicoptères et voitures blindées. On peut penser que le patronage de Saint François d’Assise augure un engagement plus net de l’Eglise Catholique dans la défense de la « création » dans la mouvance écologiste. La contribution de l’Eglise dans ce domaine serait probablement plus utile et appréciée que les batailles d’arrière garde dans le champ de la sexualité.

 

Chenilles processionnaires

En mars, il est fréquent de rencontrer sur les pistes cyclables de la forêt médocaine de longues files de chenilles, les chenilles processionnaires du pin.

 A première vue, la colonne de chenilles ne se distingue guère d’une branche de pin. Ce n’est qu’en mettant pied à terre que le cycliste comprend que ce qui a l’apparence d’une branche est en réalité une file de larves qui se meut par l’action conjuguée de ses dizaines de membres. On admire l’ingéniosité du stratagème de dissimulation. On est étonné par l’action collective de ces êtres primitifs qui se choisissent un chef – en réalité une cheftaine – et parviennent à avancer au même rythme, reconstituant la colonne lorsqu’elle est rompue.

 On ne peut que rester stupéfait de la complexité du processus par lequel les papillons pondent des larves, les larves muées en chenilles tissent un nid soyeux, s’assemblent au printemps pour chercher un endroit ensoleillé où elles s’enfouissent dans un trou, tissent leur cocon, se transforment en chrysalide puis, des mois ou des années après, en papillons.

 Chenilles et papillons nous fascinent. Mais la coexistence entre nous autres humains et les chenilles processionnaires du pin n’est pas facile. Les processions ont une fâcheuse tendance à avancer sur le bitume, surface régulière et chaude que les chenilles adorent ; il en résulte pour elles un fort taux de mort par écrasement. Une chenille morte ou stressée émet des poils microscopiques fortement urticants et allergisants. Vivante, c’est une grande consommatrice d’aiguilles de pins et fragilise les arbres.

 Des programmes de lutte contre la chenille processionnaire du pin sont régulièrement engagés. Comme toutes les espèces, chenilles et papillons ont pourtant leur place dans la chaine alimentaire : elles constituent un aliment de choix pour les mésanges et d’autres oiseaux.

Photo « transhumances »

L’héritage de Chávez

Le président – commandant vénézuélien Hugo Chávez, qui vient de disparaître à l’âge de 58 ans, laisse un héritage politique controversé.

 La disparition d’Hugo Chávez a causé une émotion considérable au Venezuela, en Amérique latine et dans certains milieux de gauche en Europe. « Le monde gagnerait à avoir plus de dictateurs comme lui », a déclaré Victorin Lurel, qui représentait la France aux obsèques et voyait en Chávez la combinaison de de Gaulle et Léon Blum. « Ce qu’est Chávez ne meurt jamais », a commenté Jean-Luc Mélenchon, invoquant « l’idéal inépuisable de l’espérance humaniste de la révolution » et exprimant la honte que lui inspiraient des commentaires formulés en France. Je crains que Mélenchon ait honte également de « transhumances » !

 The Guardian a publié en octobre 2012, dans le contexte de la campagne présidentielle au Venezuela, des statistiques montrant comment la Venezuela avait évolué entre 1999 et 2011.

 Le produit national brut par tête a bondi de 4.105 dollars à 10.801 dollars, en majeure partie grâce au quintuplement de la valeur des exportations de pétrole. La pauvreté a reculé : en 1999, 23.4% de la population était dans un état d’extrême pauvreté ; ils n’étaient plus que 8.5% en 2011. Le chômage est tombé de 14.5% à 7.6% de la population active. Le taux de mortalité infantile est tombé de 20‰ à 13‰.

 Moins de pauvreté, un meilleur accès à l’emploi, aux soins et à l’éducation représentent pour des millions de Vénézuéliens une chance historique inouïe. Pour eux, c’est l’accès à la dignité ; pour le pays, c’est l’émergence d’une force vive que la pauvreté mettait sous l’éteignoir.

 Le recul de la pauvreté a été acquis grâce à un massif effort de redistribution, opéré grâce à des programmes appelés « missions bolivariennes » dans tous les domaines qui touchent la vie des gens. Mais ce modèle n’est pas transposable à d’autres pays, car il repose uniquement sur l’appropriation étatique de la rente pétrolière, dans un pays qui dispose des plus grandes réserves prouvées au monde.

 Au Venezuela même, le modèle touche à ses limites. La redistribution massive génère une inflation de plus de 20% par an. Le déficit des finances publiques représente plus de 9% du PNB. L’état est lourdement endetté, notamment à l’égard de la Chine. Le taux de change de la devise nationale, le « bolivar fort », a été divisé par plus que 4 contre le dollar entre 1999 et 2011.

 La corruption est endémique. Le Venezuela est classé 172ième pays de majeure corruption perçue par l’indice Transparency International. La violence est chronique : le nombre de meurtres pour 100.000 habitants atteint 45, contre 25 en 1999 (environ 1,5 pour 100.000 habitants en France). L’état des infrastructures est désastreux, les sommes dédiées aux investissements étant fréquemment détournées.

 A ce stade, le chavisme n’a pas créé les conditions d’un développement durable de son pays. L’économie dépend de manière croissante des exportations de pétrole. L’industrie et l’agriculture n’ont pas gagné en compétitivité, et ont même régressé. Il faut bien reconnaître que le régime n’a pas encouragé les initiatives de la société civile et des milieux économiques. Son action a été très largement clientéliste et infantilisante. Les débordements d’émotion constatés lors des obsèques sont celles d’un enfant perdant son père. Chávez va être embaumé « pour l’éternité » comme l’avaient été Lénine et le « petit père des peuples », Staline, mort presque 60 ans jour pour jour avant le président vénézuélien. Hugo Chávez n’était pas léniniste et encore moins stalinien. Mais le culte du chef qu’il a poussé au paroxysme n’a pas favorisé le débat d’idées, l’analyse collective des faits et des chiffres, la proposition de projets qui caractérisent une société développée.

 La fascination de certains milieux de gauche idéalistes pour les révolutions castriste ou bolivarienne est émotionnelle plus que rationnelle. Redistribuer fortement la richesse est une exigence de dignité humaine et aussi de cohésion sociale. C’est ce qu’a compris le Brésil de Lula et de Rousseff. Mais la redistribution doit aller de pair avec la construction d’une économie solide et d’une société civile adulte.

Partisans d’Hugo Chavez se rendant à ses obsèques. Photo The Guardian

Les mimosas de Maubuisson

En ce début de mars, la station de Carcans Maubuisson, en Gironde, se pare de jaune. Rien à voir avec l’élection d’un nouveau pape. Les mimosas sont en fleur, et rivalisent en gaîté avec les ajoncs. Ceux-ci colonisent la forêt ; ceux-là prospèrent près des habitations. Il ne s’agit pas seulement de couleurs. Les fragrances de mimosa nous enchantent.

En bordure du lac de Carcans Hourtin, le mimosa en fleurs.