À égalité, une justice en chemin

En 2019, Fabrice Gand, médiateur en communication non violente, a pris l’initiative de faire randonner ensemble pendant 4 jours des détenus, des surveillants et des étudiants de Sciences Po. Il a réalisé un documentaire, « À égalité,  une justice en chemin », qui rend compte de cette expérience.

La randonnée a pour cadre la Dordogne, et pour origine le centre de détention de Neuvic. Quatre détenus, deux surveillants et une conseillère d’insertion et de probation se sont portés volontaires. Ils sont accompagnés par six étudiants de Sciences Po, dont certains se destinent à la magistrature. Ils sont rejoints, en cours de randonnée, par le président du tribunal de grande instance de Périgueux.

Le groupe est hétérogène, certains étant détenus, les autres libres. La plupart des marcheurs sont des hommes, mais il y a quelques femmes. Les âges vont de 25 à 60 ans. Le mot d’ordre est pourtant « égalité » : il n’y a pas de chef, mais des équipes qui gèrent l’itinéraire et les étapes.

Pour les étudiants, randonner avec des détenus dont plusieurs ont leur âge remet en question les préjugés selon lesquels le monde est divisé entre les gens bien et les malfaisants. Ces camarades de chemin ont eu des enfances cabossées : n’est-ce pas la société elle-même qui est détraquée ? Ne faut-il pas surmonter la peur qu’inspirent les déviants ? Passer du « surveiller » au « veiller sur », suggère Fabrice Gand en voix off.

Quatre ans en prison, privé de tout ce que l’on possède, des petites joies du quotidien, c’est long, constate une marcheuse. Pourquoi enfermer les gens et, selon le vœu de beaucoup, jeter la clé ? Incarcérer un chauffard qui par sa conduite met en péril la vie d’autrui a-t-il du sens ? Ne vaudrait-il pas mieux l’envoyer en stage de brancardier dans un centre de rééducation fonctionnelle ?

Sur les chemins de Dordogne émerge une réflexion sur la justice. À un système fondé sur la punition, ne faudrait-il pas préférer la réparation ? Est-il vrai que certains délinquants ou criminels sont irrécupérables ? Est-il vraiment impossible de les aider à se construire un avenir ?

Le film de Fabrice Gand est nourri d’humanisme. « Lorsque j’ai accès à l’univers d’une personne inconnue, mon univers s’agrandit », dit-il dans le film.

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