3112 Vendredi Blanc

L’Ile de Samoa a marqué l’actualité : elle est passée sans transition du 30 décembre 2011 au 1er janvier 2012 et, habituée à être le dernier pays à célébrer la nouvelle année, a ouvert les festivités.

 Pour les Samoans, le vendredi 31 décembre a donc été transformé en journée blanche, purement et simplement rayée du calendrier. Samoa se trouve sur la mappemonde à 180° du méridien de Greenwich. Elle appartenait depuis 1892 à l’hémisphère Est ; elle vient de se tourner résolument vers l’Ouest. La raison en est que ses principaux partenaires commerciaux, en même temps que ses principales destinations d’émigration, sont l’Australie et la Nouvelle Zélande.

 Envions les Samoans. Les fonctionnaires insulaires ont été payés pour la journée du vendredi 31 décembre, bien qu’aucune minute de travail n’ait pu être fournie dans une journée qui n’a jamais existé. Envions aussi les Samoans pour la liberté que leur situation géographique leur confère d’être maîtres du temps, premier ou dernier pays à inaugurer la nouvelle année, capable selon les convenances de supprimer ou d’ajouter un jour au calendrier.

 On serait tenté de relever que le nouveau calendrier samoan illustre le basculement de la richesse et du pouvoir de l’Occident à l’Orient.  Ce serait vrai si l’on ajoutait que, vu de Samoa, l’Occident est à l’Est et l’Orient à l’Ouest !

 Photo « The Guardian » : feu d’artifice du nouvel an à Sydney

Nouvel An sous la pluie

Il fait déjà presque nuit bien que la montre ne marque que 15h30. Il pleut. Dans Cassiobury Park, je croise des amoureux encapuchonnés et enlacés, de jeunes enfants qui ont convaincu leurs parents de les laisser essayer leur rutilant vélo de Noël malgré la certitude de revenir à la maison trempé, des propriétaires de chiens qui n’ont pas voulu comprendre que c’est un temps à ne pas les mettre dehors.

 La pluie crépite sur mon parapluie et j’éprouve le plaisir enfantin de se sentir lové dans un espace protégé, sec et serein. Comme un enfant, je sautille pour éviter  les flaques d’eau.

 Dans mon cœur, je chante sous la pluie. L’an 2012 commence par un plaisir simple.

Fraternité en 2012

The Guardian a sélectionné cette photo de Rich Lam parmi les meilleurs clichés de l’année 2011. Elle a été prise pendant des émeutes à Vancouver. Après avoir chargé les manifestants, la police s’était retirée. Pensant que la fille était blessée, le photographe prit cet instantané. Ce n’est qu’une fois rentré à sa base qu’il comprit que le couple s’embrassait.

 La meilleure photo de 2011 est le message que « transhumances » souhaite transmettre à ses lecteurs pour 2012. Nous sommes entrés dans des temps difficiles. On peut s’attendre à de nouvelles convulsions économiques, sociales et environnementales dans l’année qui commence. Ce qui importe dans la photo de Rich Lam, ce n’est pas la police, c’est le baiser.

 Le vœu de « transhumances » à ses lecteurs, c’est qu’ils vivent intensément les rencontres que la vie leur offre et qu’ensemble nous redécouvrions le troisième terme de la devise républicaine : Fraternité !

L’Espagne entre deux siècles

Le Musée de l’Orangerie de Paris propose jusqu’au 9 janvier une magnifique exposition intitulée « L’Espagne entre deux siècles, de Zuloaga à Picasso (1890 – 1920).

Selon le catalogue, « cette exposition propose une vision panoramique des principaux artistes et des tendances dans l’art espagnol de la fin du XIXème siècle au début du XXème.

Elle présente une soixantaine d’œuvres des artistes fondamentaux de cette période tels que Joaquin Sorolla y Bastida, Ignacio Zuloaga y Zabaleta, Dario de Regoyos, Salvador Dali, Joaquín Mir, Ramón Casas, Santiago Rusiñol, Joaquim Sunyer, Pablo Picasso et Joan Miró.

Ces artistes ont en effet illustré la richesse et la diversité de l’art espagnol au tournant du XXème siècle ainsi que son évolution naturelle dans les mouvements d’avant-garde, notamment  le symbolisme et le postimpressionnisme. »

A la fin du dix-neuvième siècle, l’Espagne est un pays en crise. La perte de Cuba en 1898 à la suite d’une guerre avec les Etats-Unis est un moment crucial : la page du passé glorieux des Conquistadores est tournée. L’opinion est divisée entre le repli sur les valeurs traditionnelles et l’ouverture au grand vent du changement. Les peintres espagnols se partagent eux aussi entre ceux qui décrivent une Espagne blanche et lumineuse et ceux qui la représentent en noir. La plupart d’entre eux émigrent à Paris, ou du moins entretiennent des liens étroits avec les artistes de la capitale française.

Mon séjour de plusieurs années à Madrid m’avait fait découvrir Sorolla, Rusiñol et Sunyer. J’ai découvert dans l’exposition Hermen Anglada Camarasa (Granadina, 1914, reproduite en tête de cet article), Eliseu Meifrén y Roig (Paysage nocturne), Juan de Etcheverria y Zuricalday (la métisse nue, 1923).

Les peintres espagnols de la fin du dix-neuvième siècle et du début du vingtième s’inspirèrent des grands anciens. Un exemple impressionnant est fourni par « l’enterrement de Casamegas », tableau peint par Picasso en s’inspirant de l’enterrement du comte d’Orgaz du Greco pour célébrer à sa manière le suicide de son ami Casamegas.

La collection permanente du Musée de l’Orangerie, consacrée à des peintres du dix-neuvième et vingtième siècles, est passionnante. Elle comporte, entre autres, des tableaux de Derain, Renoir, Modigliani. J’ai découvert Marie Laurencin (1883 – 1956) dont les œuvres sont empreintes de finesse et de mystère.

Illustration : Granadina, par Hermen Anglada Camarasa (1914).