Nouvel An sous la pluie

Il fait déjà presque nuit bien que la montre ne marque que 15h30. Il pleut. Dans Cassiobury Park, je croise des amoureux encapuchonnés et enlacés, de jeunes enfants qui ont convaincu leurs parents de les laisser essayer leur rutilant vélo de Noël malgré la certitude de revenir à la maison trempé, des propriétaires de chiens qui n’ont pas voulu comprendre que c’est un temps à ne pas les mettre dehors.

 La pluie crépite sur mon parapluie et j’éprouve le plaisir enfantin de se sentir lové dans un espace protégé, sec et serein. Comme un enfant, je sautille pour éviter  les flaques d’eau.

 Dans mon cœur, je chante sous la pluie. L’an 2012 commence par un plaisir simple.

Fraternité en 2012

The Guardian a sélectionné cette photo de Rich Lam parmi les meilleurs clichés de l’année 2011. Elle a été prise pendant des émeutes à Vancouver. Après avoir chargé les manifestants, la police s’était retirée. Pensant que la fille était blessée, le photographe prit cet instantané. Ce n’est qu’une fois rentré à sa base qu’il comprit que le couple s’embrassait.

 La meilleure photo de 2011 est le message que « transhumances » souhaite transmettre à ses lecteurs pour 2012. Nous sommes entrés dans des temps difficiles. On peut s’attendre à de nouvelles convulsions économiques, sociales et environnementales dans l’année qui commence. Ce qui importe dans la photo de Rich Lam, ce n’est pas la police, c’est le baiser.

 Le vœu de « transhumances » à ses lecteurs, c’est qu’ils vivent intensément les rencontres que la vie leur offre et qu’ensemble nous redécouvrions le troisième terme de la devise républicaine : Fraternité !

L’Espagne entre deux siècles

Le Musée de l’Orangerie de Paris propose jusqu’au 9 janvier une magnifique exposition intitulée « L’Espagne entre deux siècles, de Zuloaga à Picasso (1890 – 1920).

Selon le catalogue, « cette exposition propose une vision panoramique des principaux artistes et des tendances dans l’art espagnol de la fin du XIXème siècle au début du XXème.

Elle présente une soixantaine d’œuvres des artistes fondamentaux de cette période tels que Joaquin Sorolla y Bastida, Ignacio Zuloaga y Zabaleta, Dario de Regoyos, Salvador Dali, Joaquín Mir, Ramón Casas, Santiago Rusiñol, Joaquim Sunyer, Pablo Picasso et Joan Miró.

Ces artistes ont en effet illustré la richesse et la diversité de l’art espagnol au tournant du XXème siècle ainsi que son évolution naturelle dans les mouvements d’avant-garde, notamment  le symbolisme et le postimpressionnisme. »

A la fin du dix-neuvième siècle, l’Espagne est un pays en crise. La perte de Cuba en 1898 à la suite d’une guerre avec les Etats-Unis est un moment crucial : la page du passé glorieux des Conquistadores est tournée. L’opinion est divisée entre le repli sur les valeurs traditionnelles et l’ouverture au grand vent du changement. Les peintres espagnols se partagent eux aussi entre ceux qui décrivent une Espagne blanche et lumineuse et ceux qui la représentent en noir. La plupart d’entre eux émigrent à Paris, ou du moins entretiennent des liens étroits avec les artistes de la capitale française.

Mon séjour de plusieurs années à Madrid m’avait fait découvrir Sorolla, Rusiñol et Sunyer. J’ai découvert dans l’exposition Hermen Anglada Camarasa (Granadina, 1914, reproduite en tête de cet article), Eliseu Meifrén y Roig (Paysage nocturne), Juan de Etcheverria y Zuricalday (la métisse nue, 1923).

Les peintres espagnols de la fin du dix-neuvième siècle et du début du vingtième s’inspirèrent des grands anciens. Un exemple impressionnant est fourni par « l’enterrement de Casamegas », tableau peint par Picasso en s’inspirant de l’enterrement du comte d’Orgaz du Greco pour célébrer à sa manière le suicide de son ami Casamegas.

La collection permanente du Musée de l’Orangerie, consacrée à des peintres du dix-neuvième et vingtième siècles, est passionnante. Elle comporte, entre autres, des tableaux de Derain, Renoir, Modigliani. J’ai découvert Marie Laurencin (1883 – 1956) dont les œuvres sont empreintes de finesse et de mystère.

Illustration : Granadina, par Hermen Anglada Camarasa (1914).

Intouchables

« Intouchables », film d’Olivier Nakache et Eric Tolédano, est devenu un succès du box-office par la magie du bouche à oreille. Il est vrai que dans un environnement morose, il fait passer un salutaire vent d’optimisme.

 Un ami de Philippe (François Cluzet), grand bourgeois collectionneur d’art devenu infirme à la suite d’un accident de parapente, vient le prévenir du passé judiciaire de Driss, l’homme qu’il a choisi comme aide de vie : « ce qui l’intéresse, c’est ton argent, ces gens-là n’ont aucune pitié ». « C’est justement ce que je cherche, répond Philippe : pas de pitié ! ».

 Driss (Omar Sy) est un grand gaillard sénégalais qui vit ou survit dans une banlieue sordide nommée Berlioz, un nom qui résonne tout autrement pour Philippe. S’il se présente dans l’hôtel particulier de Philippe à l’entretien d’embauche pour le poste d’aide de vie, c’est simplement pour ne pas perdre le bénéfice des Assedic. Mais dans le casting des candidats, Driss est le seul qui ne soit pas d’un ennui abyssal. Philippe donne sa chance à Driss. Il se laisse séduire et bousculer par l’énergie et l’impertinence de cet homme si étranger à son monde.

 Une belle scène du film est lorsque Philippe emmène Driss « prendre l’air » à bord de son jet privé. Le but du voyage est aussi de s’envoler en parapente. Philippe renoue avec sa passion d’avant l’accident ; Driss est terrorisé, mais finit par partager avec Philippe l’ivresse d’un moment de pure liberté.

 « Intouchables » est un film drôle et émouvant, porté par des acteurs formidables.

 Photo du film « Intouchables ».