Le Musée Magritte de Bruxelles

J’ai eu l’occasion de voir à Liverpool l’exposition « René Magritte, le principe de plaisir ». Je retrouve le peintre belge dans le musée qui lui est entièrement consacré sur la Place Royale de Bruxelles.

 Le musée a été ouvert il y a deux ans dans le cadre rénové de l’Hôtel Altenloh de la Place Royale à Bruxelles. Il est organisé sur 5 niveaux, dont 3 pour les collections elles-mêmes. Il se visite de haut en bas, dans un ordre chronologique correspondant à des périodes de la vie de l’artiste : 1898 – 1929, 1930 – 1950 et 1951 – 1967.  Dans la salle d’accueil, au sous-sol, des comédiennes portent un cadre vide et l’essaient dans différentes positions sur une photo de l’artiste coiffé de son légendaire chapeau melon. Le cadre se déplace ensuite dans le groupe des visiteurs et quelques-uns se trouvent encadrés comme objets d’une œuvre d’art mouvante. C’est une bonne introduction à la peinture volontairement « hors du cadre » de Magritte.

 Environ 200 œuvres de Magritte sont exposées, parmi lesquelles ce qu’il désignait comme « travaux imbéciles », des affiches de publicité qui dénotent pourtant son style puissant et original. On trouve aussi des photos des personnalités qui ont fortement influencé l’artiste, en particulier le groupe surréaliste.

 Des phrases de Magritte sont mises en exergue, et mises en parallèle de ses œuvres. J’apprécie particulièrement celle-ci : « j’aime l’humour subversif, les tâches de rousseur, les genoux, les longs cheveux de femme, le rêve des jeunes enfants en liberté, une jeune fille courant dans la rue ».

 Illustration : couverture du livre « qu’est-ce que le surréalisme ? » par André Breton, illustrée par René Magritte

Les « indignants » occupent la City

Le mouvement des « indignés » s’invite à la City de Londres. Le parvis de la Cathédrale Saint Paul est depuis ce week-end le site d’un campement anticapitaliste.

 Rebaptisé « Tahrir Square EC4M, City of Westminster », le parvis de la Cathédrale Saint Paul accueille environ 300 manifestants qui ont installé des tentes, une cuisine, des toilettes et ont bien l’intention de rester là longtemps. Le mouvement s’inspire davantage de « Occupy Wall Street » que de la Puerta del Sol. Il faut dire que « indignés » ne se traduit pas harmonieusement en anglais : « Indignants » ? « Outraged ? » Les slogans sont aussi dérivés de ceux de New York : « nous sommes les 99% », par opposition au 1% qui, aux Etats Unis, détient près du quart de la richesse nationale.

 Au Révérend Giles Fraser, Chanoine Chancelier de Saint Paul, l’occupation du parvis ne déplait pas. Par un heureux hasard, l’évangile du jour était « nul ne peut servir deux maîtres, Dieu et Mammon (l’argent) ».

 Photo « The Guardian »

Journalisme d’investigation

Une série d’articles du quotidien britannique The Guardian viennent de contraindre le Ministre de la Défense britannique, Liam Fox, à la démission. Il y a quelques mois, la révélation du scandale des écoutes téléphoniques de The News of the World avait entraîné la fermeture de ce titre. Le journalisme d’investigation est puissant en Grande Bretagne et constitue un pilier de la démocratie.

 Liam Fox a démissionné après avoir dû admettre qu’il avait mélangé ses activités privées et ses devoirs de ministre. Il avait associé de manière fréquente son ami et associé en affaires Adam Werritty à des déplacements à l’étranger et ce dernier s’était présenté comme conseiller du Ministre, bien qu’il n’en eût pas le titre. Fox avait démenti de manière répétée la participation de Werritty à des voyages et réunions officiels. Comme l’écrit Rupert Neate dans The Guardian, les journalistes interrogèrent les participants à une réunion suspecte à Dubaï, recherchèrent sur Internet toutes les photos de déplacements du Ministre, pressèrent le Ministère de questions : Combien de réunions ce conseiller officieux avait-il organisées ? Qui avait-il rencontré ? Des patrons de la Défense ? Des Généraux ? Des Chefs d’Etat ? Avait-il souvent voyagé à l’étranger avec Fox ? Se rencontraient-ils au siège du Ministère de la Défense à Whitehall ? L’obstination des journalistes, la priorité donnée dans ses colonnes par la rédaction de The Guardian à l’investigation ont fini par payer.

 Liam Fox représentait au Cabinet l’aile droite du Parti Conservateur. Admirateur de Lady Thatcher, qui participa en septembre à la célébration de son cinquantième anniversaire, fondamentalement atlantiste et anti-européen, il est lié aux « néo-cons » des Etats-Unis dont il reçoit un financement via The Atlantic Bridge Charity.

 Certains se demandent pourquoi David Cameron a laissé Fox s’enferrer toute une semaine, alors que sa chute semblait inéluctable depuis qu’il avait admis que des fautes avaient été commises. La chroniqueuse Marina Hyde a une opinion : « Le Docteur Fox aura vu chaque jour de survie comme une bataille gagnée dans sa guerre(…) mais en fait c’était le contraire. David Cameron le joua parfaitement, permettant au chéri des droitiers de rester suspendu pour sa totale éviscération par les médias. Si Fox avait démissionné lundi en faisant une déclaration vexée et concise sur le fait qu’il avait commis des erreurs mais qu’il ne voulait pas distraire le gouvernement de son travail vital, il serait retourné parmi les députés de base ensanglanté mais non brisé ; il y serait resté une menace de bas niveau et aurait pu même – dans la pagaille qui peut se produire alors que les inconnues financières battent à la porte – voir une sérieuse opposition anti-Cameron se coaguler autour de lui. Mais son insistance à rester à son poste a permis au premier ministre de se composer un visage « honnête et sympathique » tout en voyant un vieux rival s’enfoncer de plus en plus irrémédiablement à chaque nouvelle révélation. »

 En Grande Bretagne, la presse d’investigation est un pilier de la démocratie. Elle a récemment rappelé aux politiciens qu’ils ne peuvent abuser des notes de frais, que trop de proximité avec la puissance médiatique de Murdoch était dangereuse et qu’un ministre devait respecter une ligne rouge entre ses devoirs d’Etat et ses affaires privées.

 Curieusement, l’ultra-atlantiste Fox a renforcé l’alliance militaire de la Grande Bretagne et de la France. Il a signé un accord qui, en pratique, met en commun l’arme nucléaire. Il a orchestré l’intervention en Lybie, qui a principalement impliqué les armées des deux pays. Il était reconnu comme un bon ministre, si toutefois un bon ministre peut s’affranchir de la déontologie de sa fonction.

 Photo « The Guardian » : Liam Fox.

Les femmes du sixième étage

« Les femmes du sixième étage », film de Philippe Le Guay sorti sur les écrans français en février dernier, raconte une jolie et improbable histoire d’amour.

 Pour nous qui avons vécu à Madrid, voir de grandes actrices espagnoles comme Natalia Verbeke et Carmen Maura aux côtés de Fabrice Luchini et Sandrine Kiberlain est source de plaisir et de nostalgie. Ensemble, ils donnent au film de Philippe Le Guay énergie, humour et profondeur.

 Dans les années soixante, Jean-Louis Joubert (Fabrice Luchini) est l’héritier d’une charge d’agent de change, l’époux de Suzanne (Sandrine Kiberlain) et le père de deux garçons formatés par l’éducation des bons pères. Sa vie est grise ; celle de Suzanne, débordante de futilité.

 Suzanne recrute comme bonne Maria (Natalia Verbeke), une jeune espagnole fraîchement arrivée à Paris comme tant d’émigrants fuyant la misère et la dictature franquiste. Il se trouve que Maria habite une chambre minuscule au sixième étage du même immeuble. Les autres chambres sont aussi occupées par des espagnoles. La vie y est dure : il n’y a pas l’eau courante et les WC sont chroniquement bouchés.

 Peu à peu, Jean-Louis, « Monsieur », se fascine pour cet univers si différent, juste au-dessus de lui : un groupe de femmes qui souffrent pour elles-mêmes et les êtres chers restés au pays, qui se déchirent entre bigotisme et anticléricalisme, qui se prêtent main forte en cas de coup dur, qui partagent la paella, le vin de Malaga et le Flamenco. La fascination est d’autant plus forte qu’elle s’accompagne d’un désir de plus en plus fort pour Maria.

 Suzanne est incapable de comprendre ce qui est en train de changer en son mari. Son entourage de petites bourgeoises parle d’une nymphomane briseuse de mariages : ce personnage fantasmé a pour elle plus de réalité que la communauté de femmes qui vit à l’étage au-dessus ou que Maria elle-même, vraie fée du logis que son statut de domestique est censé déposséder de son corps de femme. Expulsé de l’appartement familial, Jean-Louis se réfugie dans l’une des chambres de bonne du sixième étage. Après la pension, après le service militaire, après le mariage, il savoure le bonheur d’avoir enfin une chambre pour lui tout seul !

 Le scénario du film est original, mais c’est le jeu des acteurs qui en fait la force : le masque gris de Jean-Louis se fissure peu à peu pour laisser doucement percer le sourire ; Maria passe de la surprise face à ce patron si peu conventionnel au rejet violent et à l’amour, au moins pour un soir.

 « Les femmes du sixième étage » est un bon film comique. Mais il est plus qu’un divertissement : il décrit la « transhumance » de Jean-Louis, de Maria et, au bout du compte, même de Suzanne, d’un état de non-vie à la découverte de la liberté.

 Photo du film « les femmes du sixième étage », Fabrice Luchini et Natalia Verbeke.