Commissaire Européen

Le Commissaire Européen Michel Barnier a récemment rencontré des dirigeants de compagnies d’assurance britanniques.

  La rencontre ne s’annonçait pas facile : la Commission européenne travaille au renforcement des obligations des compagnies d’assurance en termes de fonds propres (projet « Solvency II »), mais celles-ci considèrent que le projet va trop loin.

 Le Commissaire Barnier délivre en bon anglais la partie protocolaire de son message, mais passe au français lorsqu’on entre dans une discussion technique dont chaque terme doit être mesuré au millimètre près. Il parle d’une voix chaude et un peu chuintante. Curieusement, chaque phrase est ponctuée d’un « hein », dont il est difficile de savoir s’il s’apparente au « han » du bûcheron ou du joueur de tennis après un coup de hache ou de raquette ou au « n’est-ce pas ? » de celui qui cherche l’approbation.

 Michel Barnier revendique hautement sa qualité d’homme politique. Il ne se positionne pas comme le chef d’une administration, mais comme le responsable d’un projet qui consiste à rendre le système financier européen plus sûr tout en respectant sa diversité.

 Les mesures de sécurité qui accompagnent son déplacement, la stricte contrainte de temps de la rencontre, le fait qu’il s’exprime dans une langue étrangère, l’abondant usage de la première personne (« je veux que… »), tout cela érige une barrière entre le Commissaire Barnier et l’assistance. Pourtant, le fait qu’il parle de manière compétente des sujets quotidiens de son auditoire et son insistante disposition au dialogue en font un acteur du marché londonien de l’assurance.

 Photo de Michel Barnier, Commission Européenne

Degas et le Ballet, peindre le mouvement

La Royal Academy of Arts de Londres présente jusqu’au 17 décembre une exposition intitulée « Degas and the Ballet – Picturing movement » (Degas et le Ballet, peindre le mouvement).

 Le peintre Edgar Degas (1834 – 1917) est connu comme l’un des fondateurs du mouvement des impressionnistes. L’exposition qui lui est consacrée à la royal Academy of Arts explore un thème pourtant peu répandu parmi les impressionnistes : le mouvement. Tout au long de sa carrière, Degas a consacré des dizaines de dessins, de peintures et de pastels à l’étude des ballerines de l’Opéra.

 Au même moment, un autre art naissait, obsédé lui aussi par le mouvement : la photographie. Dans les années 1860, le Français François Willème qui sculptait de l’argile à partir de photos prises au même moment par plusieurs appareils photographiques disposées en cercle autour d’un sujet. Vingt ans plus tard, profitant des progrès de la technique photographique, l’Anglais Muybridge réalisa des instantanés d’humains et de chevaux en mouvement et parvint, en assemblant ces instantanés, à projeter le mouvement complet. En 1895, les Frères Lumière inventèrent la technique cinématographique.

 Degas était fasciné par ces nouvelles technologies. Il s’en inspirait pour sa propre peinture et devint lui-même, à partir de 1895, un excellent photographe.

 L’interaction de la peinture et de la photographie est pour moi l’une des révélations de cette exposition. La première exposition des peintres impressionnistes eut lieu en 1874 dans le studio du photographe Nadar. Degas est probablement le lien le plus solide entre un art ancien qui cherchait à se réinventer et un art naissant.

 Illustration : Edgar Degas, danseuses sur la scène, 1874

Ana Moura

Nous avons aimé le concert de la chanteuse portugaise de Fado Ana Moura le 31 octobre au Barbican, à Londres.

 Ana Moura s’est formée auprès de Maria da Fe dans l’un des temples du Fado à Lisbonne, Senhor Vinho. Ce soir, dans le grand auditorium du Barbican, elle chante à la fois des Fados traditionnels et des musiques contemporaines interprétées dans le style du Fado. Il y a quelques années, Ana s’est produite avec les Rolling Stones dans un stade de Lisbonne ; elle interprète ce soir leur succès « No Expectation », en anglais et en portugais, avec la sonorité du Fado.

 Ana est magnifique dans une longue robe noire scintillante. Elle est gracieuse et chante avec son corps. Les guitaristes qui l’accompagnent sont des virtuoses. Sa voix est puissante et chaude.

 La soirée nous baigne dans la nostalgie de ce Portugal que nous aimons. Elle porte aussi le témoignage de ce que la culture portugaise n’est pas une momie embaumée, mais une force vivante.

 Je ne résiste pas au plaisir de citer le refrain de l’une des chansons :

 « Mentira como uma nuvem no céu / ou como um rio que corre para o mar / temabém o corro para ti / isso nunca irá mudar”

 “Mensonge comme un nuage dans le ciel / ou comme un fleuve qui court vers la mer / moi aussi je cours pour toi / cela ne changera jamais”.

 Photo : Ana Moura

Le Tartuffe de Molière à Watford

Le Palace Theatre de Watford vient de programmer une remarquable adaptation de « Tartuffe ou l’Imposteur » de Molière par ETT, English Touring Theatre, une troupe itinérante de Liverpool.

 L’adaptation du texte de Molière par Roger McGough est fidèle à l’esprit de la pièce. Il s’écarte parfois de la lettre, comme lorsqu’il remplace les citations latines par des proverbes anglais dits avec l’accent français.

 La metteuse en scène, Gemma Bodinetz, a choisi d’interpréter la pièce dans le registre de la farce. Ce faisant, elle prend le contre-pied de réalisations où domine la situation tragique d’une famille brisée par un imposteur. Celles-ci portent un message sur le caractère pervers de l’hypocrisie religieuse ; c’est l’aveuglement et l’autocratisme d’Orgon que Bodinetz ridiculise.

 On sait que Molière était fortement influencé par la Commedia dell’arte. Dans la même veine, Gemma Bodinetz donne à ses acteurs des postures, des mimiques et des paroles exagérées à l’extrême. Orgon (Joseph Alessi) est si invraisemblablement aveugle qu’il en devient sympathique ; sa fille Marianne (Emily Pithon) est d’une niaiserie de compétition ; sa femme Elmire (Rebecca Lacey) joue la femme fatale à s’y tromper ; la soubrette Dorine en rajoute dans l’impertinence et la moquerie ; et Tartuffe (Colin Tierney) lui-même est si concentré dans sa besogne de jouer la comédie de la piété que son caractère diabolique le cède au ridicule.

 On rit comme des gosses. C’est une magnifique réussite de la troupe de l’ETT. C’est aussi un hommage au génie de Molière, trois siècles et demi après qu’il eut produit le Tartuffe pour la première fois devant le roi Louis XIV.

 Photo de la pièce « Tartuffe or the Imposter », par ETT, English Touring Theatre.