Un amour en alerte

Charbel Tayah, lecteur de « transhumances » au Liban, m’a adressé son livre « un amour en alerte et autres nouvelles » (Dergham, Beyrouth 2011).

 Le livre de Charbel Tayah s’ouvre sur une citation de Victor Hugo :

« Mets-toi sur ton séant, lève tes yeux, dérange

Ce drap glacé qui fait des plis sur ton front d’ange,

Ouvre tes mains, et prends ce livre : il est à toi ».

 La première nouvelle du recueil,  « l’amour en alerte », raconte la rencontre d’un soir, la nuit d’amour et la séparation au petit matin de deux inconnus.

 « A quoi penses-tu ? Lui dit-il s’un ton fort doux qui la garde terre-à terre.

Elle en demeure bègue. Puis, reprenant son souffle, elle avoue sans hésiter :

A nous deux ! Au chien errant qui continue à errer loin de notre regard ! Au champagne sablé pour le plaisir de notre rencontre ! Au gâteau viennois que tu as choisi pour moi, à ma place ! Aux appels téléphoniques auxquels tu n’as pas répondu et que tu as ignorés volontiers ! A mon studio en désordre et qui attend un moment plus propice pour qu’il soit mis en ordre ! Au secret de la rencontre, de toute rencontre ; à sa naissance comme à son évanescence probable ».

 Le livre recèle d’autres histoires d’amour. Dans « les abysses taris ! », un homme et une femme blessés par la vie se rencontrent un soir près de la fontaine de Trevi à Rome. La fontaine est à sec comme leurs sentiments, jusqu’à ce que quelque chose coule entre eux, des larmes, la rosée du matin, l’espoir. Dans « il était une fois un chapeau », deux adolescents cachent leurs billets doux dans le Borsalino du professeur de physique qui enseigne dans le collège de garçons et le collège de filles.

 « Grandiose, noble et énigmatique  est l’aventure d’écrire », écrit Charbel Tayah. J’ai de l’admiration pour ceux qui s’y essaient.

Dreamboats & Petticoats

La célébration de l’anniversaire de notre fille Florence m’a permis d’assister au spectacle de son choix : la comédie musicale Dreamboats & Petticoats au Playhouse Theatre de Londres.

 Dreamboats & Petticoats était initialement une compilation de succès de la fin des années cinquante et du début des années soixante. Le spectacle au Playhouse Theatre s’apparente plus à un « juke box musical » qu’à une comédie musicale proprement dite. Le scénario est mince : en 1961, un groupe de jeunes cherche à percer dans le monde naissant du rock. La scène la plus intéressante est celle où Norman, un chanteur au physique d’Elvis Presley, parvient à faire main basse sur le groupe et à évincer son chanteur, Bobby. La rivalité de Bobby et de Norman n’est pas seulement musicale : ils sont aussi en compétition pour séduire Sue, l’extravertie, et Laura, la musicienne douée.

 La musique est jouée sur scène par un groupe d’artistes formidables qui nous replongent dans l’ambiance d’une époque qui a, cinquante ans après, l’éclat de Presley, de Gagarine et de Kennedy. Beaucoup de chansons étaient reprises en cœur par le public. L’apparition de Des O’Connor, une célébrité de la télévision depuis des décennies, suscitait l’enthousiasme général. Mes références aux années soixante sont différentes. Elles se nomment Johnny Hallyday, Claude François, Françoise Hardy ou Sheila. Pourtant, lorsque dans la scène finale, le public a été invité à se lever et à se laisser prendre par le rythme, les spécificités nationales se sont soudain dissoutes.

 Il m’est revenu à l’esprit un professeur de français de mes années de collège, dans les années soixante. Pour ridiculiser la chanson yéyé, il nous avait distribué le texte débile d’une chanson. En regardant Dreamboats & Petticoats, j’ai réalisé combien son approche était erronée. Par le langage de la musique s’exprimait une génération. Son mépris empêchait le savant professeur de comprendre ce qui se passait sous ses yeux et dans ses oreilles. Cinquante ans après, c’est lui qui se trouve ridicule.

 Photo de « Dreamboats & Petticoats »

Jésus aurait pu naître dans le campement des « indignés » londoniens

Le Chanoine Chancelier de la Cathédrale Saint Paul à Londres, Giles Fraser, vient de démissionner de ses fonctions alors que les autorités ecclésiastiques songent de plus en plus à faire décamper par la force les protestataires du parvis où ils ont installé leurs tentes il y a deux semaines.

 Giles Fraser a accordé une interview au journaliste du Guardian Alan Rusbridger. Il oppose la Cathédrale Saint Paul au personnage de Saint Paul. « La cathédrale Saint Paul est excellente pour magnifier la grandeur et l’altérité de Dieu. Vous pouvez y faire des sermons fantastiques sur la création, le mystère, l’altérité, la grandeur. Mais le point fort de Christopher Wren (l’architecte de la cathédrale, seconde moitié du dix-septième siècle) n’était pas Jésus né dans une étable, cette sorte d’église qui existe pour les pauvres et les marginalisés.

 (…) Dans un sens, le campement (des indignés) met en question l’église sur le problème de l’Incarnation : Dieu, qui est grand et tout puissant, nait dans une étable, sous une tente. Vous savez, Saint Paul était un faiseur de tentes. Si vous regardez autour de vous et vous essayez de recréer où Jésus serait né, moi je peux m’imaginer Jésus né dans le campement. »

 (…) « L’argent, c’est le problème moral numéro un de la Bible, et telle que va l’église d’Angleterre, on pourrait croire que c’est le sexe. Combien de sermons entend-on au sujet de l’argent ? Très peu. »

 Autrefois socialiste, Fraser ne croit plus que le capitalisme soit intrinsèquement immoral. Mais il croit que « Jésus est très clair sur le fait que l’amour de l’argent est la source de tout mal… Jésus veut élargir notre vision du monde au-delà du simple shopping. »

 Les derniers jours ont été éprouvants pour Giles Fraser. « C’est dans ces périodes de stress que vous ne lisez pas la Bible, c’est la Bible qui vous lit ; et quelque fois elle n’a pas besoin de trop de sauce interprétative ».

 Photo The Guardian : Giles Fraser sur le parvis de Saint Paul.

Les dinosaures pratiquaient la transhumance

« Comme les moutons, les dinosaures pratiquaient la transhumance », nous dit Le Monde dans son édition du 26 octobre.

 Le blog « transhumances » se doit de saluer cette information du quotidien qui l’héberge. La revue Nature décrit les travaux de chercheurs américains qui ont examiné des dents de Camarausus, un dinosaure végétarien qui vivait il y a environ 150 millions d’années dans les montagnes de l’Ouest américain. Ils ont prouvé qu’il s’abreuvait selon les saisons, à des rivières situées en plaine ou en altitude. Comme les moutons, ces animaux gigantesques pouvaient parcourir 300km pour échapper à la sécheresse estivale et trouver des pâturages capables de satisfaire leur phénoménal appétit.

 Somme toute, « transhumances » mérite bien son nom. Le blog offre à ses lecteurs un changement d’air bienvenu en ces temps de sécheresse économique et les invite à satisfaire leur curiosité sur de nouveaux pâturages.

 Illustration du Natural History Museum, Londres.