Little Miss Sunhine

Little Miss Sunshine, film de Jonathan Dayton et Valerie Faris (2006) offre ce que le spectateur attend d’un bon film : du mouvement.

 Le mouvement est le voyage de la famille Hoover dans un vieux combi Volkswagen délabré d’Albuquerque à la Californie pour accompagner Olive, 7 ans, à un concours de fillettes reines de beauté. C’est surtout le mouvement des âmes.

 La famille Hoover est gravement dysfonctionnelle. Edwin, le père, est obsédé par la réussite au point qu’il a mis au point une méthode infaillible pour échapper au sort des loosers et devenir un winner. Le problème est qu’il ne parvient pas à la vendre, que sa vie professionnelle est celle d’un looser et que la famille manque d’argent. Dwayne, le fils adolescent, est un révolté qui hait sa famille et ne communique que par écrit. Olive, myope et mal faite de son corps, poursuit le fantasme de devenir Miss Sunshine. Richard, père d’Edwin, tourné vers la pornographie et la drogue, s’est fait exclure de la maison de retraite où il vivait. Pour couronner le tout, Frank, frère d’Edwin, est accueilli à la maison après avoir raté son suicide.

 Seule Sheryl, la mère, semble équilibrée et porte la famille sur ses épaules. Lorsqu’Olive demande à Frank ce qui lui a valu son séjour à l’hôpital, elle laisse se dernier s’expliquer sans fard, alors qu’Edwin tente d’interrompre cette conversation inconvenante.

 Le voyage vers la Californie s’avère mouvementé. Richard meurt d’un arrêt cardiaque. Il faudrait raisonnablement interrompre le voyage. Mais dans le désespoir familial, le concours de beauté d’Olive est devenu un point d’ancrage auquel tous se raccrochent frénétiquement. On enlève le corps du grand-père de la chambre d’hôpital, on le met dans le coffre du Combi, on arrive après la clôture des inscriptions pour le concours, on parvient à arracher l’inscription. Sur scène, Olive exécute le numéro de strip-tease que son grand-père lui a appris. Le scandale est général. Toute la famille se trouve aux côtés d’Olive. Dwayne a retrouvé la parole, Frank l’envie de vivre.

 Photo du film « Little Miss Sunshine ».

René Magritte, le principe de plaisir

 

La Tate Liverpool présente une exposition intitulée « René Magritte, the pleasure principle ».

 La Tate Liverpool et la Tate St Ives (en Cornouailles) sont des musées frères de la Tate Britain et de la Tate Modern de Londres. La Tate Liverpool a été ouverte en 1988 dans les anciens Docks Albert transformés en espace culturel avec le musée Beatles Story et le musée de la marine. Il présente des collections permanentes et des expositions temporaires, dont celle consacrée à Magritte jusqu’au 16 octobre.

 René Magritte (19898 – 1967) a été dans l’entre deux guerres proche du mouvement surréaliste marqué par les personnalités d’André Breton, Paul Eluard, Salvador Dali, Luis Buñuel ou Yves Tanguy. Ses créations font la part belle au rêve. Des objets y reviennent de manière obsessionnelle, comme le bilboquet ou le chapeau melon. Ils prennent la place des humains, se dédoublent, se désarticulent.

 Dans les amants, on ne trouve aucun de ces artifices, simplement deux visages essayant de se toucher malgré la fine épaisseur des cagoules qui les séparent. Une magnifique image de l’incommunication.

 Illustration tirée de The Guardian : les amants, René Magritte 1928.

Nos meilleures années

J’ai eu plaisir à revoir en DVD « Nos meilleures années », le film de Marco Tullio Giordana récompensé par le prix « un certain regard » au Festival de Cannes en 2003.

 Le titre français est moins fidèle à l’esprit du film que l’italien : « la meglio gioventù », la meilleure jeunesse. C’est en effet bien de cela qu’il s’agit. Le film nous raconte les vies des quatre enfants d’Angelo et Adriana Carrati de 1966 à 2003. Giovanna, Nicola, Matteo et dans une moindre mesure Francesca sont intimement mêlés aux événements qui ont marqué l’Italie contemporaine : les inondations de Florence, la révolte étudiante de 1968, le terrorisme des brigades rouges, l’offensive des magistrats contre la corruption (« tangentopoli »), l’assassinat du juge Falcone et la lutte contre la mafia. Ils ne supportent pas l’injustice et ils s’engagent.

 Pour deux des personnages, la révolte est pathologique. Matteo s’en prend au mandarin qui préside un jury d’examen qui ne devrait être pour lui qu’une formalité,  fait évader Giorgia, une patiente de l’hôpital psychiatrique où il fait des vacations, s’acharne sur un manifestant qui a gravement blessé un de ses collègues carabiniers. Giulia, la femme de Nicola et mère de leur fille Sara, plonge dans la clandestinité terroriste. Matteo et Giulia ont en commun un idéal de perfection jusqu’au fanatisme.  Nicola se reprochera de n’avoir pas su les arrêter au seuil de l’acte fatal, celui qui conduira Matteo au suicide et Giulia à la prison qui ruinera sa vie.

 Sans surprise, Nicola choisit après ses études de médecine de se spécialiser en psychiatrie. Il est lui aussi un militant, obtenant pour la première fois que des internés en hôpital psychiatrique puissent témoigner au procès pénal du directeur de l’établissement pour maltraitance. Mais c’est un homme profondément humain, attentif à ses patients, à sa fille Sara qui souffre de grandir sans mère, à sa sœur Giovanna qui consacre sa vie à son métier difficile et dangereux de juge, à ses parents qui au terme d’une vie passée à se disputer, se découvrent de nouveau amoureux aux portes de la mort. Comme lui, sa plus jeune sœur Francesca fait pendant à l’extrémisme mortifère de Matteo et Giulia : elle conserve le lien avec Giulia dans l’épreuve de la prison et de la difficile réinsertion, elle accueille Sara lorsque celle-ci vient à Rome apprendre son métier de restauration d’œuvres d’art.

 Le film se passe entre Rome, ville des parents Carrati, Turin, ville où Nicola est venu rejoindre Giulia, étudier et s’installer, et la Sicile où vit Mirella, qui a eu un enfant d’une relation passionnée et éphémère avec Matteo, Florence où Giulia a trouvé du travail à sa sortie de prison et où Francesca et son mari Carlo ont aménagé une maison de campagne. En 1966, Nicola passe plusieurs mois en Norvège ; en 2003, Andrea, le fils de Mirella et Matteo y emmène à son tour sa fiancée. La boucle et bouclée. L’ombre de Matteo sépare Nicola et Mirella, dont on devine qu’ils s’aiment mais n’osent franchir le pas : « ne laissez pas Matteo vous séparer, dit Carlo à Nicola un soir d’ébriété, vous allez finir par le haïr ! ». Nicola et Mirella se trouvent enfin.

 C’est un film beau, émouvant, toujours juste, pénétré de l’esprit d’un peuple sans cesse oscillant entre la sublime beauté et le drame ou l’abjection. Les acteurs sont tous exceptionnels, avec une mention spéciale pour Luigi lo Cascio (Nicola), Alessio Boni (Matteo) et les personnages féminins : Adriana Agori (Adriana), Jasmine Trinca (Giorgia), Maya Sansa (Mirella), Sonia Bergamascao (Giulia)…

 Photo du film « nos meilleurs années » : Nicola avec sa fille Sara enfant.

Paul Trevor photographie Liverpool

La Walker Art Gallery de Liverpool présente une exposition de photographies de Paul Trevor intitulée « comme si tu n’étais jamais parti » (like you’ve never been away).

 Paul Trevor, âgé alors de 27 ans, a séjourné six mois à Liverpool en 1975 dans le cadre d’un projet consistant à documenter des quartiers défavorisés de Grande Bretagne et la manière dont les gens réagissaient. Ses photos, prises principalement dans les quartiers d’Everton et de Toxteth, mettent principalement en scène des enfants, chez eux ou dans la rue ou les terrains vagues.

 n 2011, il revient à Liverpool pour comprendre ce que les enfants qu’il avait photographiés sont devenus et, maintenant qu’ils ont la quarantaine, les photographier de nouveau. L’exposition au Walker est un moment de ce projet. Un livre magnifique a été édité, « Paul Trevor, like you’ve never been away », The Bluecoat Press. Ce qui frappe, c’est l’extraordinaire vitalité des enfants, leur capacité à générer de la joie dans un environnement complètement sordide. Les clichés sont esthétiquement beaux, mais constituent aussi un hymne à Liverpool, une métropole énergique ouverte sur le monde.

 Depuis trente-cinq ans, les quartiers ont été rénovés, mais la population en est à sa troisième génération de chômage et le désespoir, presque absent des clichés de 1975, est peut-être plus prégnant. Le projet auquel travaille Paul Trevor sera sans doute révélateur de l’évolution des banlieues entre la misère noire d’autrefois tempérée par l’espoir d’un monde meilleur et un cadre de vie plus décent mais peut-être sans âme.

 Couverture du livre de Paul Trevor : High Heights, Haigh Street, Everton, Liverpool 3, 1975.