Cambridge

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Cambridge, l’une des capitales intellectuelles d’Europe depuis le treizième siècle, est un lieu d’excursion particulièrement agréable par une belle journée de printemps.

Une trentaine d’universités (« colleges ») accueillent des étudiants du monde entier. Cambridge est une ville jeune qui se déplace sur deux roues et affiche une multitude de concerts, de conférences et d’événements culturels. Les plus anciennes universités, King’s, Trinity, Clare, St John, bordent la rivière Cam. Après avoir visité la ville et ses monuments à pied, il est bon de s’embarquer sur une barge à fond plat. Une ravissante batelière fait adroitement glisser l’embarcation sous les ponts étroits et entre les barges désorientées que les skippers du dimanche ne savent contrôler. L’air est chargé de parfums. Les pelouses, les monuments, la surface sombre de la Cam offrent un joli dégradé de couleurs.

La chapelle de King’s College est, comme l’Abbatiale Saint Ouen de Rouen que nous avons visitée la semaine dernière, l’une des dernières églises construites en style gothique. L’abondance de la décoration de la voûte et la richesse des vitraux contraste avec la simplicité et la verticalité de l’édifice. Dans une chapelle latérale, un mur énonce les noms de dizaines d’étudiants de Cambridge morts pendant la Grande Guerre ; sur le mur perpendiculaire est gravé un seul nom, à consonance hongroise, celui d’un étudiant ayant combattu dans le camp ennemi.

Les jardins de Clare College, comme ceux de Magdalene College un peu plus loin, offrent un espace paisible en bordure de rivière, avec une pelouse impeccable et des massifs de fleurs.

St John College est surtout connu pour son « pont des soupirs » inspiré de celui de Venise. Dans l’église, je remarque le tombeau d’un des premiers professeurs du collège, Hugh Ashton, mort en 1522.  Deux gisants sont superposés. La sculpture du niveau inférieur présente le corps d’Hugh émacié et souffrant ; celle du niveau supérieur le montre en habit de cérémonie, priant dans l’attente de la résurrection.

L’église du Saint Sépulcre est la plus ancienne de Cambridge et fut construite après la première croisade sur le modèle de l’église du tombeau du Christ à Jérusalem. Nous avons vu ailleurs en Europe des églises semblables, en particulier à Ségovie et Mantoue.

Photo « transhumances »

La gestion du chaos monétaire

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La réforme du système monétaire international est l’un des objectifs de la présidence française du G20. Mais existe-t-il vraiment un système monétaire international ? Et est-il réformable ?

Dans le cadre de la présidence du G20, l’Ambassade de France en Grande Bretagne organise un cycle de conférences sur le thème « le G20, une révolution silencieuse dans la gouvernance mondiale ». L’une de ces conférences, en partenariat avec le Financial Times dans les locaux du journal, était consacrée à la réforme de la régulation financière et du système monétaire international.

Les intervenants s’accordèrent sur le diagnostic. Le monde est en train de changer à une vitesse accélérée. La Chine, d’autres pays asiatiques et le Brésil croissent à marche forcée. Comme ces pays n’ont pas confiance dans le système monétaire international, ils accumulent de gigantesques réserves qui constituent une menace pour l’équilibre mondial. Se référant à l’ancien étalon or, Jacques de Larosière énonça les caractéristiques d’un vrai système monétaire international : les monnaies sont convertibles, il y a un mécanisme d’ajustement automatique lorsqu’un pays dérape et il n’y a pas de marge de négociation. Si l’Etat émetteur de la principale devise, le dollar, refuse de se soumettre à une discipline commune, si les autres Etats sont libres de laisser flotter leur monnaie ou, comme la Chine, d’appliquer un taux fixe avec le dollar, ce n’est pas d’un système monétaire, mais d’un chaos monétaire qu’il faut parler.

Des progrès ont été accomplis récemment en élargissant les compétences et les ressources du fonds monétaire international, mais on est loin du compte. Les intervenants à la conférence semblaient avoir fait leur deuil d’une vraie réforme. Ils reportaient leurs espoirs sur une amélioration concertée de la gestion prudentielle des banques. Il s’agit en particulier de tenir sous contrôle la taille du bilan des banques et leur capacité de création monétaire par le crédit. La Banque des Règlements Internationaux à Bâle tend à accroître le capital que les banques doivent détenir pour garantir leurs engagements. D’autres sujets sont sur la table : la séparation des banques de détail et des banques d’investissement, les bonus des traders, les agences de rating. Les intervenants à la table ronde soulignèrent le risque que, sous la pression du lobby des banques, le mouvement de réforme s’essouffle. C’est bien ce qui se passe en Grande Bretagne. Le rapport intérimaire de la Commission Vickers sur la Banque tourne le dos à une séparation entre ce que le Parti Libéral Démocrate appelait « la banque casino » et la « banque de service ». Il y a quelques semaines, le dialogue entre banques et Gouvernement baptisé « Projet Merlin » se limitait à un code de bonne conduite, en particulier sur les bonus.

L’animateur du débat, le journaliste du Financial Times Martin Wolf, par ailleurs l’un des membres de la Commission Vickers, semblait s’accommoder du chaos : « quand on voit la gravité et la violence de la crise, on s’en est sorti remarquablement bien », remarquait-il. On sentait chez Jacques de Larosière une profonde frustration de ne pouvoir mettre plus de rationalité dans les relations économiques internationales. Plus qu’une divergence sur le fond, leur désaccord était culturel : pragmatisme d’un pessimiste tout étonné d’être encore en vie du côté de l’Anglais, dépit d’un idéaliste cartésien face à la mauvaise volonté des faits et des chiffres du côté du Français.

Photo « transhumances » : la City à Londres

Rouen, à l’ombre de Saint Jean-Baptiste

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La Tour du Gros Horloge à Rouen est décorée d’un bas relief représentant Saint Jean-Baptiste. Et l’un des portails de la Cathédrale illustre sa décollation.

A gauche, le roi Hérode et ses convives admire la danse de la belle Salomé. Celle-ci obtient en remerciement la tête de Jean-Baptiste. Comme dans une bande dessinée, on assiste à la décapitation du saint dans son cachot, à droite de la scène. Mais l’histoire ne suit pas tout à fait l’ordre chronologique : on revient au centre du tableau pour voir Salomé recevoir son trophée.

Lorsque la cathédrale a été construite, Rouen était une capitale du textile. Comme dans les Cotswolds, en Angleterre, les tisseurs avaient le culte du mouton et avaient fait de l’ermite à la peau de mouton leur saint patron.

Photo « transhumances »

2011, année de la voiture électrique

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Sur le parking de la station de métro de Watford (Hertfordshire, Royaume-Uni), trois baies disposent maintenant d’une prise pour l’alimentation de véhicules électriques. De telles installations devraient se multiplier dans les prochains mois.

De nombreux experts annoncent que l’année 2011 verra l’essor de la voiture électrique. La Nissan Leaf, maintenant commercialisée en Grande Bretagne, se présente comme la première voiture électrique destinée au marché de masse. D’ici la fin 2012, pas moins de dix nouveaux modèles de véhicules électriques sont attendus. En Grande Bretagne, une subvention de 5.000 livres devrait stimuler la demande.

The Guardian du 6 avril rend compte, sous la plume d’Adam Vaughan, d’un débat entre personnalités impliquées dans les transports et la protection de l’environnement, sponsorisé par Renault.

Les avantages écologiques de la voiture électrique pour l’environnement ont été rappelés. Elle n’émet pas d’oxydes de nitrogène, nocifs pour la santé, en particulier celle des personnes asthmatiques. On estime qu’en Grande Bretagne, elle émet 40% moins de carbone (indirectement, à travers les centrales) que les voitures propulsées par des combustibles embarqués.

Le fait que la voiture électrique consomme une énergie stockée est cohérent avec le développement de l’énergie éolienne, qui est par définition intermittente. En outre, la plupart des chargements ayant lieu pendant la nuit, ils se produiront alors que le niveau d’utilisation du réseau est minimum.

Les intervenants dans le débat ont aussi souligné que la voiture électrique va créer des emplois en Grande Bretagne. Contrairement aux idées reçues en France, l’industrie automobile reste forte dans ce pays, même s’il est vrai que le capital est étranger. La Nissan Leaf est produite à Sunderland et les batteries de l’alliance Nissan – Renault le seront également.

Le représentant de Renault a indiqué que la technologie évolue très vite. Pour éviter aux acquéreurs de voitures électriques la frustration de voir leur modèle devenu obsolète quelques mois après l’avoir acheté, il est envisagé de louer les batteries : il sera ainsi possible de les remplacer par d’autres plus performantes sans devoir changer le véhicule.

Photo : places de stationnement pour voitures électriques à Watford. La source de courant est installée par EDF Energy.