A La Réunion, Mafate

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L’un des « cirques » montagneux de l’Ile de La Réunion, Mafate, n’est accessible qu’à pied ou par hélicoptère

Le Cirque de Mafate est un lieu de sensations, un endroit où l’on se sent vivre. On expérimente la plus âpre aridité et l’on se baigne dans des piscines naturelles nourries de cascades. On passe brutalement du jour « noir de lumière » (Camus, parlant du Chénoua dans « Noces à Tipasa ») à la nuit illuminée d’étoiles, et l’on glisse doucement du soleil écrasant au jeu subtil de nuages flirtant avec les crêtes et les pitons. On se cogne à un monde minéral de laves rouges et noires, on se laisse surprendre par une végétation qui s’accroche aux parois verticales et s’accumule luxuriante au creux des vallons. Entre le vacarme des hélicoptères et le silence total de la nuit, on perçoit le souffle du vent, des chants d’oiseaux et la musique des torrents au fond des ravines. Les parfums nous enveloppent, nous nous lovons dans les effluves de mimosa et des corbeilles d’or. Aux descentes abruptes succèdent de délicats chemins herbeux, vivifiés par des courants d’air chargés de douceur et porteurs de vie. Une plaine ombragée de tamarins se présente après une dure ascension sous le soleil de midi.

Le Cirque de Mafate est une société d’hommes et de femmes longtemps repliée sur elle-même, en proie à l’isolement, la misère et la consanguinité. L’aubaine du tourisme écologique survient au moment où cette population est encore sur place ; en Corse, la population de l’intérieur ayant émigré avant la première guerre mondiale, il y a eu 50 ans d’absence avant que se présente, trop tard, cette opportunité. L’Ilet de La Nouvelle, à 1.500 mètres d’altitude est devenu un lieu actif de tourisme vert, avec de nombreux gîtes dont certains proposent un confort presque hôtelier, bien que les chauffe-eau solaires ne produisent que de l’eau tiède et que les panneaux solaires ne fournissent du courant que pour des néons blafards. Il se bâtit des maisons neuves à La Nouvelle, bien que les rues du hameau ne soient pas bitumées, qu’il n’y ait pas d’autre éclairage public que le clair de lune et que la DDE ait renoncé à construire une route, peut-être dans la crainte que le désenclavement tue l’esprit de la station.

Il y a peu de sentiers en France aussi bien entretenus que ceux du Cirque de Mafate. Pour retenir les habitants sur le site, les Eaux et Forêts les emploient comme cantoniers à tailler des escaliers, sécuriser les passages dangereux, répandre des graviers sur les parties les plus fréquentées  et restaurer les chemins endommagés par les cyclones. Il y a quelques années, l’épidémie de Chikungunya avait fait péricliter l’industrie touristique. Cette année, c’est tout le contraire : le jour de notre arrivée à l’aéroport Roland Garros de La Réunion, cinq avions étaient programmés en provenance de Paris. Les gîtes et tables d’hôtes étaient réservés des semaines à l’avance. Des dizaines de randonneurs se croisaient sur les sentiers.  Le tourisme vert a de belles perspectives à La Réunion.

Photo « transhumances »

A La Réunion, Salazie

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Situé au nord de l’Ile de La Réunion, le Cirque de Salazie est un charmant lieu de randonnée dans une végétation luxuriante.

Des trois principaux « cirques » montagneux de La Réunion, celui de Salazie est le plus exposé aux alizés et le plus arrosé. C’est le verger de l’île : on y cueille des quantités de fruits, ceux que l’on attend habituellement sous les tropiques, comme les letchis et les bananes, et d’autres qui poussent habituellement sous d’autres climats, comme des pêches minuscules mais d’un goût savoureux. On y cultive sous treille le chouchou (chayotte), et dans des canaux alimentés par les cascades du « Voile de la Mariée », le cresson. Dans les jardins et dans le cimetière paysager d’Hell Bourg, les fleurs nous offrent une symphonie de formes et de couleurs.

Au centre du Cirque, le Piton d’Enchaing se dresse, massif, et délimite deux espaces, celui d’Hell Bourg et celui de Grand Ilet. Hell Bourg est la traditionnelle station de « changement d’air » pour les Réunionnais pendant l’été austral. Le village est doté d’un véritable centre, ce qui est rare dans une île où le relief abrupt tend à fractionner et disperser l’habitat. En flânant, on admire de jolies maisons créoles dans un écrin de fleurs et de verdure. L’une d’elles, la maison Folio, se visite.

De l’autre côté du Piton d’Enchaing, Grand Ilet n’a pas la notoriété de sa rivale. Mais elle présente l’avantage de se situer sur la route qui monte au Col des Bœufs, qui donne accès aux sentiers du Cirque de Mafate. Des gîtes et plusieurs restaurants s’y sont installés ces dernières années. Nous déjeunons « chez Serge » d’un excellent rougail de saucisses, précédé d’un punch maison, accompagné d’une bière Dodo et suivi d’une tarte de coco accompagnée d’une glace à la vanille. Serge est fier de son entrée dans la dernière édition du Guide du Routard, sur recommandation de lecteurs.

L’église de Grand Ilet mérite la visite. Les « remparts » des montagnes environnantes constituent un cadre somptueux. Le bâtiment, construit sous sa forme actuelle en 1936, est typiquement créole, avec les bardeaux de bois sur les murs extérieurs et le parquet ciré de l’intérieur. Les fenêtres sans vitraux qui ouvrent sur la vallée donnent à l’édifice un faux air de temple anglican.

Photo « transhumances ».

A la Réunion, Conservatoire Botanique de Mascarin

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Le Conservatoire Botanique de Mascarin, situé à 500 mètres d’altitude en aplomb de la commune de Saint-Leu, sur la côte ouest de l’Ile de La Réunion,  est un lieu enchanteur.

Le domaine était celui de la famille Chateauvieux avant d’être racheté par le Département de La Réunion et servir à la fois de lieu de recherche botanique et de musée. Il domine de cinq cents mètres l’océan, est survolé par des escadrilles de parapentes et jouxte la petite église en pierre volcanique des Colimaçons. On commence la visite par la splendide case créole des maîtres du domaine, tout en boiseries et en parquets chaleureux, grande ouverte à la fraîcheur des alizés.

Le Conservatoire présente la quintessence de la végétation de l’île. Le parc, qui a aussi une vocation scientifique, a été organisé par thèmes : Réunion, « Plantes lontan » (d’autrefois),  Verger, Succulentes, Palmiers. Le silence est troublé par les chants d’oiseaux et le vent dans les arbres. Les arômes se mêlent et se démêlent, s’invitent et s’effacent avec le vent et les déplacements du visiteur. La peau passe de la brûlure du soleil au zénith à la consolation des parages ombragés. Tout est lignes, volumes, couleurs. Tout est profusion, vertige, excès.

Photo « transhumances ». Site Internet du Conservatoire : http://www.cbnm.org/

WikiLeaks

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Au-delà du débat sur la justesse morale ou la pertinence politique des fuites organisées par WikiLeaks et relayées par de grands journaux européens tels que Le Monde ou The Guardian, il faut reconnaître qu’elles apportent un éclairage intéressant sur les informations à la disposition de décideurs tels qu’Hillary Clinton, la Secrétaire d’Etat américaine.

Je suis pour ma part convaincu que WikiLeaks et l’idéologie de la totale transparence qui lui est sous-jacente sont dangereux. Les diplomates et les cabinets ministériels, comme les individus eux-mêmes, ont besoin d’un espace intime dans lequel ils peuvent sortir du cadre et penser librement. La crainte que tout puisse être mis un jour sur la place publique peut renforcer la langue de bois et décourager tout effort collectif pour comprendre la réalité comme elle est et non comme on aimerait qu’elle soit.

Il reste que les révélations de Wikileaks sur les courriers diplomatiques sont intéressantes. « Transhumances » a consacré le 31 octobre un article à la mort de l’ancien président argentin Nestór Kirchner, une personnalité complexe, difficile à caractériser. Dans Le Monde du 29 novembre, Paulo A. Paranagua se fait l’écho des interrogations d’Hillary Clinton.  Le portrait de Kirchner frappe par sa profondeur psychologique et sociologique. Je cite une partie de son article.

« En juin 2006, un mémo confidentiel obtenu par WikiLeaks et examiné par Le Monde s’attache à décrire le mode opératoire « unique » du dirigeant péroniste, le « style K ».

Souvent « erratique », il se caractérise par « la tension extrême sur le court terme ». « Employant à l’occasion une rhétorique de gauche, populiste, Kirchner a démontré dans la pratique que ses inclinations idéologiques étaient toujours moins importantes que les nécessités politiques locales « . Et de préciser : « cela ne veut pas dire que Kirchner n’a pas de sympathies pour la gauche, mais qu’elles sont complètement subordonnées à ses intérêts politiques et à ses ambitions personnelles ».

« La politique étrangère du gouvernement Kirchner est toujours subordonnée aux considérations politiques internes, ajoute le texte. Le président Kirchner n’est pas doué pour la diplomatie et ignore souvent les règles élémentaires du protocole. Pour prendre ses décisions, Kirchner compte sur un groupe de vieux conseillers de plus en plus réduit, la plupart d’entre eux sans expertise sur l’international, les affaires ou l’économie. »

Sur un terrain plus personnel, « le profil psychologique de Kirchner comprend le besoin de garder toujours le contrôle de la situation, la prise de décisions rapides et définitives, la lutte constante contre ceux qu’il perçoit comme des ennemis, et la tendance à répondre aux défis par la confrontation plutôt que par la négociation. »

A ce propos, le mémo cite une confidence du secrétaire légal et technique du chef de l’Etat, Carlos Zannini : « Le président et moi, nous nous levons chaque matin, regardons les journaux, et essayons d’imaginer comment survivre ce jour-là ». Des « changements rapides de tempérament » caractérisent le comportement présidentiel. « L’état de santé de Kirchner exacerbe et détermine peut-être ses émotions et sa psychologie. Le président Kirchner souffre d’irritation intestinale depuis des années. »

Selon des médecins américains, cela suscite souvent une personnalité « rigide, méthodique, consciencieuse, avec des tendances obsessionnelles compulsives ». « D’où le peu d’attention pour le protocole de cérémonies longues ou les horaires rigides, qui ne permettraient pas à Kirchner d’avoir un accès rapide aux toilettes. »

Un mémo de juillet 2006 créditait M. Kirchner de « succès majeurs » sur le plan politique et économique, mais considérait qu’il avait démesurément renforcé l’exécutif au détriment des deux autres pouvoirs. Il avait ainsi « affaibli le système argentin de contre-pouvoirs » et « affaibli des institutions démocratiques déjà fragiles ». »

Photo « transhumances » : l’intérieur du Dolomieu, le cratère du Volcan de La Fournaise. On peut « lire » sur cette paroi l’histoire éruptive du volcan.