Métronome

101223_metronome.1293143450.jpg

Le livre de Lorànt Deutsch, « Métronome » (Michel Lafon, 2009) est sous-titré « l’histoire de France au rythme du métro parisien ».

« Métronome » compte vingt et un chapitres, un par siècle depuis le début de notre ère. A cette époque, Paris s’appelait Lutèce et n’était pas située dans l’ile de la Cité mais, comme l’ont démontré des trouvailles archéologiques sur le chantier de l’A86, sur le site de l’actuelle Nanterre.

Chaque chapitre est construit autour d’une station de métro, de Cité pour le premier siècle à La Défense pour le vingt et unième siècle. Lorànt Deutsch décrit la station et son environnement et nous prend pour la main à la recherche de vestiges du siècle qu’il entend évoquer.

Il choisit dans la grande histoire des événements majeurs dont Paris a été le théâtre, ou au contraire des anecdotes qui dénotent l’ambiance de l’époque. Le style est léger, souvent humoristique mais sans jamais tomber dans la facilité. Des encadrés fournissent des détails surprenants ou amusants : depuis quand Paris est-il Paris ? D’où Saint Cloud tire-t-il son nom ? Boulevard, un mot typiquement parisien ?

J’ai appris beaucoup de choses sur l’histoire de Paris en lisant Métronome. J’ai découvert le formidable personnage de Geneviève, la sainte patronne de la capitale, qui organisa la résistance victorieuse à Attila au cinquième siècle. J’ai appris que le 24 juin 1182, Philippe Auguste prit un décret d’expulsion de tous les juifs, 310 ans avant les Rois Catholiques. J’ai lu comment, écœuré par la lâcheté du roi Philippe le Bon qui, détenu en 1358 à Saint Albans, avait cédé à ses geôliers anglais plusieurs provinces du Royaume de France, Etienne Marcel avait mené une révolte populaire. Et je me suis rappelé les multiples révoltes du peuple de Paris, de la Fronde à la Libération en passant par la Bastille et la Commune.

Métronome est un livre distrayant et enrichissant, écrit par un véritable amoureux de Paris.

La télévision de la nation

101223_strictly-come-dancing.1293124684.jpg

Dans The Guardian du 21 décembre, Joe Moran se livre à une intéressante réflexion sur l’évolution de la télévision : la multiplication des chaînes a-t-elle eu raison du rôle de ciment de la nation que le petit écran a joué dans les années soixante-dix et quatre-vingts ?

Beaucoup de Britanniques regrettent le bon vieux temps où des millions de téléspectateurs regardaient en même temps les mêmes émissions sur les 4 seules chaînes disponibles. Ils communiaient dans une même ferveur, en particulier dans la période de Noël. Le Livre Guinness des Records relève ainsi 28.3 millions de téléspectateurs pour un show spécial en décembre 1977.

« L’ironie, écrit Joe Moran, est que dans l’environnement tiré par le marché créé par le Broadcasting Act de 1990, ceux qui regardaient la télévision le plus – les personnes âgées – furent les plus ignorés parce qu’ils attiraient le moins les annonceurs. Avec l’avènement du digital et de la télé à la demande dans les années 2000, on pensait que c’en serait fini de l’ère de la « consommation télévisuelle linéaire ». On personnaliserait désormais une soirée devant la télévision comme des consommateurs individuels atomisés.

Simplement, ce n’est pas ce qui s’est passé. Des événements télévisuels du samedi soir tels que X Factor (équivalent britannique de la Star Academy) ou Stictly Come Dancing (sans équivalent en France, concours de danse de salon où des célébrités sont associées en couple à un danseur professionnel) ont ressuscité le concept d’émissions en direct regardées par les familles. C’est vrai, le nombre de spectateurs est plus petit que dans les années 1970, mais le potentiel d’implication collective est plus grand. Twitter a permis à de vastes communautés virtuelles de discuter des émissions pendant leur diffusion.

(…) L’une des caractéristiques de  la télévision demeure qu’elle peut être vue par des foules de gens au même moment(…). Même si nos politiciens continuent à réciter le refrain du choix individuel, la popularité constante de la télévision de Noël indique qu’elle est faite pour durer. »

Photo The Guardian, 3 décembre 2010 : Pamela Stephenson et James Jordan dans Strictly Come Dancing

Odyssée

101223_tranport_disruption_st_pancras.1293107998.jpg

Se déplacer en ce mois de décembre neigeux et verglacé est une entreprise incertaine, en raison de l’impraticabilité des routes et des annulations de vols et de trains. Pour les plus chanceux, le voyage se transforme parfois en Odyssée.

Mon vol EasyJet entre Paris Charles de Gaulle et Londres Luton atterrit à minuit et demie, avec trois heures de retard. Plusieurs centaines de personnes font la queue stoïquement au contrôle des passeports. Fatigué, je suis agacé par les pleurs de jeunes enfants. Mais je suis aussi ému par l’infinie patience de nombreux bouts de chou et de leurs parents. Un petit garçon de cinq ans environ, épuisé, supplie sa maman de le porter ; celle-ci explique qu’elle a déjà son petit frère dans les bras, qu’elle ne peut pas, que ce ne sera pas long. Le petit garçon se mort les lèvres et se résigne bravement. Au point de contrôle, un sourire : une policière porte un bonnet de Noël surmonté de cornes de renne. Les Anglais savent ne pas se prendre au sérieux, et cela fait du bien !

Je fais partie des privilégiés. Mon vol n’a pas été annulé. Le précédent l’avait été, et les passagers se sont vus proposer des places pour après Noël. Joe, notre directeur informatique, a passé le week-end à l’aéroport de Francfort et n’a pu rentrer à Londres que mardi par le train et le ferry, via Paris, Calais et Douvres.

La météo nous apprend l’humilité. Nous ne sommes pas tout à fait maîtres de notre destin. Etre transportés en toute sécurité, confortablement et selon l’horaire prévu est un droit que les intempéries peuvent nous dénier.

Photo « The Guardian » : cohue à la gare de l’Eurostar, St Pancras à Londres. Un panneau publicitaire annonce un Noël pétillant à St Pancras.