Flottille

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L’arraisonnement meurtrier de la flottille humanitaire pour Gaza a inspiré à Steve Bell, du quotidien britannique The Guardian, un dessin cruel.

Dans le dessin de Steve Bell, le drapeau israélien porte la tête de mort des pirates et le barbelé du blocus de Gaza.

Au journal du soir de France 2 le 31 mai, un officiel israélien tentait de justifier l’agression. La flottille soi-disant humanitaire n’était qu’un masque du Hamas ; les soldats étaient en état de légitime défense et n’ont tué que pour se défendre. Pas un mot sur l’illégalité du blocus de Gaza, condamné par une résolution des Nations Unies. Pas un mot bien sûr sur l’illégalité d’un acte de piraterie commis dans les eaux internationales. Pour ce porte-parole, l’opération était légitime ; elle était couronnée de succès puisque les bateaux arraisonnés ont été interceptés.

L’autisme des dirigeants israéliens est dangereux pour Israël lui-même. Les voisins les mieux disposés, Egypte et Turquie, arrivent à bout de patience. Le jour, peut-être pas si lointain, où les Etats-Unis considèreront que leurs intérêts ne coïncident plus totalement avec ceux d’Israël, des craquements se produiront.

Illustration de Steve Bell, The Guardian, 1er juin 2010

Prague, capitale baroque

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Prague est restée profondément marquée par la contre-réforme catholique consécutive au Concile de Trente. Elle est l’une des capitales européennes de l’art baroque.

On respire à Prague une ambiance italienne. Cela ne nous étonne pas. Pendant notre séjour de quatre ans à Milan, nous avons souvent eu le sentiment de vivre dans une cité d’Europe orientale. Que le contraire se vérifie dans la capitale tchèque n’est qu’un juste retour des choses.

Certaines églises ont la façade bombée, comme à Raguse ou Noto, sans toutefois atteindre le degré de raffinement du baroque sicilien. Bien que l’église de Saint Marie des Neiges soit placée sous la responsabilité des Franciscains, l’exubérance des ses statues de saints extatiques ou douloureux, ses dorures et ses colonnades torsadées ne dépareraient pas à Palerme ou à Naples.

Dans le Palais Schwartzenberg, tout près du Palais Royal, un musée d’art baroque présente, au rez de chaussée, des statues contemporaines de celles du Pont Charles. Elles expriment avec force une religion sensuelle faite de mouvement, de douleur et d’exaltation.

Trois cents ans plus tard, Alfons Mucha, figure marquante de l’Art Nouveau, développa un style fleuri, épique et généreux fortement inspiré par le baroque. Un musée lui est consacré. Il présente notamment les affiches réalisées pour annoncer des pièces jouées par Sarah Bernhardt.

Photo « transhumances », le Pont Charles.

Week-end à Prague

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Une réunion professionnelle à Prague nous a donné l’occasion de découvrir cette ville remplie d’histoire. « Transhumances » y consacrera plusieurs articles.

Nous étions le week-end dernier à Berlin. Prague nous plonge dans une tout autre ambiance. La capitale allemande nous est apparue austère, horizontale, quadrillée par de grandes avenues monotones. Le site de Prague, dans un coude de la rivière Vltava, a comme un petit air d’opérette avec son château au faîte de la colline, le Pont Charles et ses statues baroques, ses musiciens et ses caricaturistes, et les dômes des églises de la vieille ville.

La vieille ville a conservé sa configuration médiévale, avec des rues étroites et tortueuses interdites aux automobiles. On ne sait d’ailleurs comment les voitures se fraieraient un passage dans le flot compact des touristes accourus en masse ce week-end de Pentecôte. Il y a toutefois une exception : des guimbardes d’avant guerre, retapées de couleurs pimpantes, proposent un circuit pour 1.200 couronnes, environ 40 euros. Sur la rivière, des dizaines de bateaux offrent une promenade sous le pont Charles, parfois au son d’un orchestre de jazz.

La grand-place, surmontée par la statue de Jean Hus et l’horloge astronomique, est transformée ce soir en espace de concert. Une foule en liesse toute grimée de bleu, blanc et rouge célèbre la victoire de l’équipe nationale de hockey sur glace.

Il y a des centaines de boutiques de souvenirs, dont les spécialités sont le cristal de Bohême et la marionnette. L’offre de restaurants est pléthorique, et les restaurants tchèques peinent à soutenir la concurrence des italiens. J’ai particulièrement apprécié un ragoût de porc servi avec de la choucroute et de la purée de pommes de terre, et arrosé d’une délicieuse bière brune. Une autre attraction touristique est le concert de musique baroque. Plusieurs églises ou palais en proposent chaque soir.

Les artères de la ville moderne, bien ombragés, sont parcourues par des tramways que l’on croirait sortis d’un musée des chemins de fer urbains. Des attelages de deux voitures brinquebalantes des années cinquante croisent des rames ultramodernes, profilées et silencieuses.

Photo « transhumances »

Oscillations

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L’Espace Lhomond, près du Panthéon à Paris, a présenté du 28 au 30 mai une exposition de peintures et sculptures de Corinne Dauger illustrées par des textes d’Annie Armelin intitulé « Oscillations ».

Nous avons rencontré Corinne et Annie à Madrid il y a quelques années par l’intermédiaire de Marie Noëlle Condé, qui animait un atelier d’écriture. C’est avec Marie Noëlle que nous visitons l’exposition « Oscillations ».

Le catalogue de l’exposition s’ouvre par une toile intitulée « fly away ». Le paysage est urbain, des bureaux, des logements, un centre commercial peut-être. Il s’en dégage un sentiment d’irréalité, en partie en raison des nuages cotonneux, qui retiennent la lumière tout en la diffusant. Enchâssé dans le tableau principal, un panneau noir supporte l’image d’une jeune femme vue de dos sur une balançoire. Ses cheveux blonds suivent et amplifient l’oscillation. Elle vit au rythme ondulatoire de la ville. Le titre de l’œuvre suggère qu’elle s’enfuit, mais son pouls semble battre au contraire au rythme de la métropole.

Le poème d’Annie illustrant le tableau s’intitule « le fil » et parle d’abîme et d’insouciance. J’aime les œuvres de Corinne, qui ont souvent pour cadre des gares, des carrefours, des lieux de la vie de tous les jours transfigurés par l’imagination de l’artiste. Les textes d’Annie, imprimés sur métal à côté de chaque tableau, leur ajoutent une autre dimension.

Site de Corinne Dauger : www.corinnedauger.com