Europe, éveille-toi

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Le quotidien britannique The Guardian a publié le 20 mai un article de Timothy Garton Ash intitulé : « l’Europe  marche comme un somnambule vers son déclin. Il nous faudrait un Churchill pour la réveiller ». http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2010/may/19/europe-sleepwalk-decline-wake

« Quelqu’un peut-il me sauver de l’europessimisme ? Je me sens plus déprimé au sujet de l’état du projet européen que je ne l’ai été pendant des décennies. L’eurozone est en danger mortel. La politique étrangère européenne avance au pas d’un escargot ivre. Les moteurs historiques de l’intégration européenne sont perdus ou toussotent. Les leaders européens réarrangent les transats sur le pont du Titanic tout en enseignant au reste du monde la navigation maritime. »

L’auteur analyse l’impuissance croissante de l’Europe, patente au sommet climatique de Copenhague et le basculement du pouvoir vers le Pacifique.

(….) « Pendant plus de 50 ans après 1945, il y avait cinq grandes forces motrices du projet européen. C’étaient : le souvenir de la guerre, un souvenir personnel profondément motivant jusqu’à la génération d’Helmut Kohl et de François Mitterrand ; la menace soviétique à l’Europe occidentale et le désir des peuples d’Europe Centrale et de l’Est d’échapper à la domination soviétique et de trouver la liberté et la sécurité ; le soutien américain à l’intégration européenne en réponse à la menace soviétique ; la République Fédérale d’Allemagne, désireuse de réhabiliter l’Allemagne post-nazi au sein de la famille européenne et aussi de gagner le soutien des voisins européens à la réunification allemande ; et la France, avec son ambition ambivalente pour une Europe menée par la France. Ces cinq forces motrices sont maintenant absentes ou grandement affaiblies.

A la place, nous avons un ensemble de nouvelles raisons pour le projet. Elles incluent des défis mondiaux comme le réchauffement climatique et le système financier mondialisé, qui ont un impact croissant sur les vies de nos citoyens, et les pouvoirs émergents d’un monde multipolaire. Dans un monde de géants, elles aident à être un géant soi-même. Mais des raisons, un raisonnement intellectuel, n’est pas la même chose qu’une force motrice affective, fondée sur l’expérience personnelle directe et un sens immédiat de menace. Nous n’avons pas ce sentiment dans l’Europe d’aujourd’hui. Tant si l’on considère leur niveau de vie que leur qualité de vie, les Européens ne se sont jamais si bien portés. Ils ne se rendent pas compte à quel degré de radicalité les choses doivent changer de manière à ce qu’elles puissent rester les mêmes.

Il faudrait un nouveau Winston Churchill pour expliquer cela à tous les Européens, dans la poésie du « sang, sueur et larmes ». Au lieu de cela, nous avons Angla Merkel, Nicolas Sarkozy, Silvio Berlusconi et maintenant David Cameron (…) D’où alors viendra le dynamisme ? Je ne sais pas. Oui, je suis passé à travers de nombreux moments d’europessimisme auparavant ; il y a eu de tels moments aussi loin que je me souvienne. Chaque fois l’Europe est sortie des ornières d’une manière ou d’une autre, pour faire un autre pas en avant. Les concurrents mondiaux de l’Europe ont tous leur lot de gros problèmes. Dans 10 ans, les historiens vont peut-être regarder en arrière et rire de l’Euroscepticisme de 2010. Mais seulement si l’Europe s’éveille au monde dans lequel nous sommes.

Europe, éveille-toi ! »

Photo « transhumances » : gisant dans la cathédrale de Lincoln

Bangalore

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Plusieurs membres de mon équipe de Watford sont allés à Bangalore étudier les possibilités de sous-traitance de processus actuellement exécutés en Grande Bretagne.

Ce voyage d’études s’inscrivait dans un projet visant à identifier des tâches manuelles répétitives qui sont actuellement exécutées à Watford et qui pourraient être transférées à moindre coût à nos collègues indiens. L’idée est de maintenir le même nombre de salariés en Grande Bretagne malgré une croissance de 10% par an. Elle est aussi d’accroître la compétence du personnel dans le service aux clients et la maîtrise des risques.

La mission d’étude a été impressionnée par ce qu’elle a trouvé à Bangalore. Les collègues indiens travaillent dans des bureaux peut-être plus modernes et fonctionnels que ceux que nous occupons à Watford, malgré un loyer 80 fois inférieur. La plupart d’entre eux détiennent un double diplôme universitaire, en ingénierie et en finance. Le taux de chômage des jeunes diplômés est si élevé que même des emplois peu qualifiés sont fébrilement recherchés.

Nos collègues indiens utilisent tous les systèmes informatiques de l’entreprise et les maîtrisent dans le détail. Le temps d’apprentissage de nouveaux procès est minimal. Des contrôles de qualité sont systématiquement mis en place et appliqués rigoureusement. Nous découvrons que si nous pensions leur confier des tâches que l’on n’a pas pu encore informatiser, ils sont capables de prendre en charge des fonctions qualifiées.

Nos collègues indiens travaillent par équipes pour s’adapter aux fuseaux horaires de Tokyo, de Paris et de New York. Bien souvent, la journée s’achève pour eux lorsque toutes les tâches ont été menées à bien.

Nous touchons du doigt la réalité de la mondialisation. L’avance de l’occident en termes de technologie et d’organisation se réduit à grande vitesse. Mon équipe de Watford doit évoluer vers des fonctions à plus grande valeur ajoutée, exécutées dans une organisation de dimension internationale : même avec de la formation, tous en seront-ils capables ?

Illustration : pièce Disconnect de Anupama Chandrasekhar

Concert au Royal Festival Hall

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Nous avons assisté le 20 mai à un concert au Royal Festival Hall de Londres. Au programme, Bernstein, Barber et Prokofiev.

Le site du Royal Festival Hall au bord de la Tamise est remarquable. On y accède depuis la station de métro Embankment par une passerelle qui offre une vue magnifique sur la City. C’est le premier jour de vrai printemps, et la foule est nombreuse, nonchalante, heureuse. Les concerts à Londres ont en général lieu vers 19h30, ce qui permet de dîner en ville avant de reprendre sans stress le métro ou le train pour rentrer chez soi.

Le programme de ce soir est proposé par le Philarmonia Orchestra, dirigé par le jeune chef d’Orchestre ukrainien Kirill Karabits. Il interprète des œuvres de Bernstein, Barber et Prokofiev. Le moment le  plus le émouvant est le concerto pour violon op. 14 composé par Samuel Barber en 1939.

Kirill Karabits est habité par la musique, qu’il interprète sans partition. Jusqu’à l’extrémité de ses doigts, son corps exprime jusqu’à la moindre nuance, de la violente entrée en scène des percussions à la délicate ondulation d’instruments à cordes. Le violoniste Gil Shaham semble comme un ange, surhumain dans sa virtuosité et sa sensibilité, comme plongé dans une attitude contemplative.

Photo : Kirill Karabits

Helmut Newton

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Le musée de la photographie de Berlin, ouvert en 2004 dans les locaux d’un ancien casino, abrite 1000 œuvres prêtées par le photographe australien d’origine allemande Helmut Newton (1920 – 2004).

Newton a photographié des célébrités, artistes, hommes politiques, sportifs. Mais c’est sa fascination pour la femme, son obstination à la représenter à la fois impudique et mystérieuse, entre la beauté plastique et la tension érotique.

Une vidéo présente le travail de Newton, les heures passées avec un modèle pour obtenir exactement la lumière, la courbe du corps, l’expression du visage qui feront d’un instantané un trésor pour l’éternité.

Illustration : photo de Helmut Newton. www.helmutnewton.com