Fiers de voter

 

Photo "The Guardian"

Voter à Londres pour l’élection présidentielle française constitue une épreuve. Mais c’est un témoignage vivant du prix que les citoyens attachent à l’exercice de la démocratie.

 Après le fiasco de 2005 – de nombreux électeurs n’avaient pu exercer leur droit de vote à cause d’une organisation insuffisante – un second groupe de bureaux de vote a été installé au nouveau collège bilingue de Kentish Town, en plus du site habituel du Lycée Charles de Gaulle de South Kensington.

 Nous y arrivons vers midi. Une queue s’est déjà formée à l’extérieur de l’établissement. Dans la cour de récréation, un parcours a été aménagé entre des rubans fixés à des chaises de plastique. Il y a là des centaines de personnes qui avancent pas à pas, beaucoup de jeunes parents accompagnés de bébés ou de gamins, des personnes âgées, des personnes d’allure prolétarienne, d’autres plus chic. Des conversations se nouent dans la file, invariablement amorcées par l’averse qui menace et l’inconfort de l’attente, et se poursuivant ensuite par des échanges sur la condition d’expatrié à Londres ou les mérites comparés de l’enseignement dans le système français et anglais.

 Après une heure et demie, le serpent humain débouche finalement au nirvana : les salles où ont été installés les registres, les isoloirs et les urnes. On oublie le temps perdu à piétiner et on se trouve fier d’avoir mérité un droit précieux : celui de choisir son président.

Gestuelle de la campagne présidentielle

Dans The Guardian du 8 avril, Lizzy Davies déchiffre la gestuelle des candidats à l’élection présidentielle française.

 S’appuyant sur les réflexions d’un expert dans le langage corporel des politiciens français, Stephen Bunard, Lizzy Davies évoque le fossé entre ce que l’on montre et ce qui est dit pendant la campagne électorale française. Le langage corporel peut exprimer des non-dits.

 Du côté de Nicolas Sarkozy, ce qui frappe ce sont les gestes dominateurs : le sourcil droit froncé, l’index pointé et surtout le haussement d’épaule, qui signifie selon Stephen Bunard, la volonté de réussir. Mais le candidat exprime aussi des faiblesses, dénotées par le grattage du nez. Et ses gestes figuratifs sont ceux de quelqu’un qui cherche à convaincre les autres de quelque chose qui n’est pas tout à fait vrai.

 François Hollande singe, selon Bunard, le François Mitterrand de 1981 et 1988 : le doigt pointé, les mains jointes, le buste incliné sur le pupitre, le salut des deux mains, le mouvement des poings serrés… Il souligne la prédominance de la main droite aux dépens de la main gauche, celle de la spontanéité. Le candidat socialiste est quelqu’un qui se contrôle.

 Marine Le Pen joue le jeu de la séduction, présentant une image pas si lointaine de la Princesse Diana. Elle expose le profil gauche de son visage plus que le droit, elle lève les yeux au ciel. Elle lève fréquemment les bras, une indication de l’implication de la personne dans ce qu’elle dit.

 Jean-Luc Mélanchon lève, lui aussi, les bras, un peu trop selon Bunard, car lorsque le mouvement des mains dépasse les épaules, cela peut dénoter une tendance autocratique. Mais c’est la bouche de Mélanchon qui intéresse le plus le spécialiste de la gestuelle : la lèvre supérieure droite tend à se relever – ce qu’on appelle lèvre de chien – un signe de mépris, alors que sur la gauche la bouche peut se pencher, un signe d’amertume.

 Enfin, François Bayrou fait un usage plus modeste de ses mains, ce qui indique aussi la sincérité. Mais ce qui frappe le plus l’analyste est le fait qu’il ne cligne pratiquement pas des yeux, seulement deux fois dans une vidéo de deux minutes et demie, ce qui dénote un état d’hyper-contrôle, que l’on pourrait peut-être attribuer à son bégaiement dans l’enfance.

 Les analyses de Stephen Bunard portent une lumière intéressante sur la campagne présidentielle. Je ne suis pas tout à fait certain de leur caractère impartial et scientifique. Le haussement d’épaule de Sarkozy marque-t-il vraiment une volonté de réussir, ou bien est-il une forme de dérision ? Hollande « singe-t-il » Mitterrand ? Du moins le mot (« to ape ») semble particulièrement péjoratif et partisan.

 Photos du Nouvel Observateur.

Le Cri de la Grèce

Le caricaturiste du Guardian Steve Bell s’est inspiré de la peinture d’Edvard Munch “Le Cri” pour évoquer la situation de la Grèce après la mise en œuvre du plan de sauvetage de l’Union Européenne et du Fonds Monétaire International.

 « Le Cri » a été peint par Edvard Munch en quatre versions différentes. L’aquarelle (1895) appartenant à un collectionneur privé, vient d’être mise aux enchères par Sotheby à New York au prix de 80 millions de dollars. Comme le dit Simon Shaw, directeur des collections impressionnistes et modernes de Sotheby, « le Cri de Munch est l’image qui définit la modernité… Instantanément reconnaissable, c’est l’une des images très peu nombreuses qui transcendent l’histoire et atteignent la conscience universelle. »

 Steve Bell utilise le Cri pour évoquer la situation de la Grèce, étranglée par ses créanciers. Il est probable que l’accord écarte le risque systémique qui pesait sur les banques européennes et mondiales. Il est possible qu’il permettre à la Grèce, avec un produit national brut un quart moins élevé qu’avant la crise, de redémarrer sur une base assainie et de trouver son chemin au sein de l’Euro. Dans l’immédiat, ce que ressentent les Grecs, c’est l’angoisse des faillites d’entreprises, des pertes d’emploi, de la misère. Edvard Munch était Norvégien, mais son tableau illustre bien les sentiments de ce grand peuple de la Méditerranée.

A droite, toute !

Le président de la République a choisi de mener la campagne pour sa réélection sur des thèmes de droite dure, immigration et aides sociales. C’est probablement un bon choix de tactique politicienne. Est-ce bon pour la France ?

 Faire campagne sur des thèmes de droite présente de nombreux avantages pour l’actuel président de la République. Si le parti majoritaire parvient à empêcher le Front National de réunir les 500 signatures nécessaires a la candidature de Marine Le Pen, les sondages montrent que les chances de Nicolas Sarkozy sont considérablement accrues, pour peu qu’il parvienne à rallier les électeurs d’extrême droite frustrés de leur candidate. De plus, si sa performance comme président est, de l’avis même de ses partisans, pour le moins inégale, chacun reconnaît en lui un excellent débateur et un redoutable candidat. Se battre sur des thèmes en noir et blanc sera pour lui plus facile que d’expliquer des nuances. Enfin, en cas de défaite, une campagne sur des thèmes sans ambigüité construirait les bases d’une opposition virulente et « sans états d’âme » ouvrant la perspective d’un retour rapide au pouvoir.

 La campagne qui s’annonce flattera les sentiments de peur, de frustration, d’envie, de xénophobie que la récession alimente puissamment. C’est sans doute un bon calcul à court terme  pour le parti actuellement majoritaire. Est-ce bon pour notre pays ?

 Illustration : couverture du Figaro Magazine du 11 février, dans lequel le président Sarkozy annonçait les thèmes de sa probable candidature, photo Le Monde.