Flottille

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L’arraisonnement meurtrier de la flottille humanitaire pour Gaza a inspiré à Steve Bell, du quotidien britannique The Guardian, un dessin cruel.

Dans le dessin de Steve Bell, le drapeau israélien porte la tête de mort des pirates et le barbelé du blocus de Gaza.

Au journal du soir de France 2 le 31 mai, un officiel israélien tentait de justifier l’agression. La flottille soi-disant humanitaire n’était qu’un masque du Hamas ; les soldats étaient en état de légitime défense et n’ont tué que pour se défendre. Pas un mot sur l’illégalité du blocus de Gaza, condamné par une résolution des Nations Unies. Pas un mot bien sûr sur l’illégalité d’un acte de piraterie commis dans les eaux internationales. Pour ce porte-parole, l’opération était légitime ; elle était couronnée de succès puisque les bateaux arraisonnés ont été interceptés.

L’autisme des dirigeants israéliens est dangereux pour Israël lui-même. Les voisins les mieux disposés, Egypte et Turquie, arrivent à bout de patience. Le jour, peut-être pas si lointain, où les Etats-Unis considèreront que leurs intérêts ne coïncident plus totalement avec ceux d’Israël, des craquements se produiront.

Illustration de Steve Bell, The Guardian, 1er juin 2010

Réception à Westminster

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Etre invité dans les salons du Parlement britannique quelques semaines après l’élection constitue une expérience intéressante.

Il est fréquent que des entreprises ou des associations, parrainées par des Membres du Parlement ou des Lords, organisent des cocktails dans les salons de la House of Parliament et leurs balcons surplombant la Tamise. Je participe régulièrement à la réception de printemps de l’association des exportateurs britanniques, Bexa.  Nous sponsorisons cet événement et y invitons des clients.

Voyant que je suis arrivé à  l’avance, un policier en faction m’invite à me rendre la galerie des visiteurs de la Chambre des Communes. Les mesures de sécurité sont sévères et une vitre nous sépare des quelques députés qui, dans la salle des séances, débattent de l’engagement britannique en Afghanistan. La disposition de la salle des séances est clairement antagonique : Majorité et Opposition se font face au lieu d’être disposées en hémicycle. Une vaste table les sépare, sur laquelle est disposé un sceptre. Deux personnages en perruque siègent à l’extrémité de la table ; derrière eux, le Speaker, ou président du Parlement. Aujourd’hui, l’ambiance est polie : le nouveau secrétaire d’Etat à la Défense rend hommage au travail de son prédécesseur, assis en face de lui. D’ici peu de temps, d’autres débats donneront lieu à des vociférations soigneusement codifiées.

Bexa avait invité à son cocktail le ministre du commerce extérieur du « shadow cabinet » conservateur, Geoffrey Clifton-Brown. Malheureusement pour ce dernier, le poste est finalement revenu à un libéral démocrate, Ed Davey. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, Geoffrey vante les mérites de la coalition et présente chaleureusement son heureux rival. Au fair-play britannique s’ajoute l’humour décapant du président de Bexa, Sir Richard Needham. Les exportateurs présents au cocktail sont plutôt optimistes : si nous avons résisté à la crise de 2008 et 2009, la gueule de bois européenne ne nous fait pas peur.

(Photo The Guardian : ouverture de la session du Parlement par la Reine).

Europe, éveille-toi

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Le quotidien britannique The Guardian a publié le 20 mai un article de Timothy Garton Ash intitulé : « l’Europe  marche comme un somnambule vers son déclin. Il nous faudrait un Churchill pour la réveiller ». http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2010/may/19/europe-sleepwalk-decline-wake

« Quelqu’un peut-il me sauver de l’europessimisme ? Je me sens plus déprimé au sujet de l’état du projet européen que je ne l’ai été pendant des décennies. L’eurozone est en danger mortel. La politique étrangère européenne avance au pas d’un escargot ivre. Les moteurs historiques de l’intégration européenne sont perdus ou toussotent. Les leaders européens réarrangent les transats sur le pont du Titanic tout en enseignant au reste du monde la navigation maritime. »

L’auteur analyse l’impuissance croissante de l’Europe, patente au sommet climatique de Copenhague et le basculement du pouvoir vers le Pacifique.

(….) « Pendant plus de 50 ans après 1945, il y avait cinq grandes forces motrices du projet européen. C’étaient : le souvenir de la guerre, un souvenir personnel profondément motivant jusqu’à la génération d’Helmut Kohl et de François Mitterrand ; la menace soviétique à l’Europe occidentale et le désir des peuples d’Europe Centrale et de l’Est d’échapper à la domination soviétique et de trouver la liberté et la sécurité ; le soutien américain à l’intégration européenne en réponse à la menace soviétique ; la République Fédérale d’Allemagne, désireuse de réhabiliter l’Allemagne post-nazi au sein de la famille européenne et aussi de gagner le soutien des voisins européens à la réunification allemande ; et la France, avec son ambition ambivalente pour une Europe menée par la France. Ces cinq forces motrices sont maintenant absentes ou grandement affaiblies.

A la place, nous avons un ensemble de nouvelles raisons pour le projet. Elles incluent des défis mondiaux comme le réchauffement climatique et le système financier mondialisé, qui ont un impact croissant sur les vies de nos citoyens, et les pouvoirs émergents d’un monde multipolaire. Dans un monde de géants, elles aident à être un géant soi-même. Mais des raisons, un raisonnement intellectuel, n’est pas la même chose qu’une force motrice affective, fondée sur l’expérience personnelle directe et un sens immédiat de menace. Nous n’avons pas ce sentiment dans l’Europe d’aujourd’hui. Tant si l’on considère leur niveau de vie que leur qualité de vie, les Européens ne se sont jamais si bien portés. Ils ne se rendent pas compte à quel degré de radicalité les choses doivent changer de manière à ce qu’elles puissent rester les mêmes.

Il faudrait un nouveau Winston Churchill pour expliquer cela à tous les Européens, dans la poésie du « sang, sueur et larmes ». Au lieu de cela, nous avons Angla Merkel, Nicolas Sarkozy, Silvio Berlusconi et maintenant David Cameron (…) D’où alors viendra le dynamisme ? Je ne sais pas. Oui, je suis passé à travers de nombreux moments d’europessimisme auparavant ; il y a eu de tels moments aussi loin que je me souvienne. Chaque fois l’Europe est sortie des ornières d’une manière ou d’une autre, pour faire un autre pas en avant. Les concurrents mondiaux de l’Europe ont tous leur lot de gros problèmes. Dans 10 ans, les historiens vont peut-être regarder en arrière et rire de l’Euroscepticisme de 2010. Mais seulement si l’Europe s’éveille au monde dans lequel nous sommes.

Europe, éveille-toi ! »

Photo « transhumances » : gisant dans la cathédrale de Lincoln

Bangalore

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Plusieurs membres de mon équipe de Watford sont allés à Bangalore étudier les possibilités de sous-traitance de processus actuellement exécutés en Grande Bretagne.

Ce voyage d’études s’inscrivait dans un projet visant à identifier des tâches manuelles répétitives qui sont actuellement exécutées à Watford et qui pourraient être transférées à moindre coût à nos collègues indiens. L’idée est de maintenir le même nombre de salariés en Grande Bretagne malgré une croissance de 10% par an. Elle est aussi d’accroître la compétence du personnel dans le service aux clients et la maîtrise des risques.

La mission d’étude a été impressionnée par ce qu’elle a trouvé à Bangalore. Les collègues indiens travaillent dans des bureaux peut-être plus modernes et fonctionnels que ceux que nous occupons à Watford, malgré un loyer 80 fois inférieur. La plupart d’entre eux détiennent un double diplôme universitaire, en ingénierie et en finance. Le taux de chômage des jeunes diplômés est si élevé que même des emplois peu qualifiés sont fébrilement recherchés.

Nos collègues indiens utilisent tous les systèmes informatiques de l’entreprise et les maîtrisent dans le détail. Le temps d’apprentissage de nouveaux procès est minimal. Des contrôles de qualité sont systématiquement mis en place et appliqués rigoureusement. Nous découvrons que si nous pensions leur confier des tâches que l’on n’a pas pu encore informatiser, ils sont capables de prendre en charge des fonctions qualifiées.

Nos collègues indiens travaillent par équipes pour s’adapter aux fuseaux horaires de Tokyo, de Paris et de New York. Bien souvent, la journée s’achève pour eux lorsque toutes les tâches ont été menées à bien.

Nous touchons du doigt la réalité de la mondialisation. L’avance de l’occident en termes de technologie et d’organisation se réduit à grande vitesse. Mon équipe de Watford doit évoluer vers des fonctions à plus grande valeur ajoutée, exécutées dans une organisation de dimension internationale : même avec de la formation, tous en seront-ils capables ?

Illustration : pièce Disconnect de Anupama Chandrasekhar