Le livre de cantiques des Conservateurs

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Le Parti Conservateur britannique vient à son tour de faire connaître son programme électoral. Son « manifeste » ressemble à un recueil de cantiques.

Si le manifeste travailliste s’inspire de l’esthétique communiste, celui du Parti Conservateur a l’austérité d’un livre de prières. La couverture, bleu sombre, est intitulée « invitation à rejoindre le gouvernement de la Grande Bretagne ».

Le journaliste du quotidien The Guardian David Hare souligne d’ailleurs la connotation religieuse de ce programme dans un article publié le 14 avril et intitulé : « une dose de médecine Tory : se rendre meilleur par l’exhortation ». Parlant de l’opération de lancement du programme comme d’une réunion de prière, il écrit : « à intervalles réguliers, comme dans une église Baptiste, chacun était invité à « s’avancer » et à « aider à gérer le pays. »

Le Parti Conservateur entend associer étroitement les usagers à la gestion des écoles, des bibliothèques ou des parcs. Il entend ainsi réaliser une « grande société » (big society) dans laquelle les citoyens auront leur mot à dire dans le fonctionnement et le financement des services publics locaux. Mais la délégation à la société civile de fonctions actuellement remplies par l’Etat risque de renforcer les inégalités. Praticable dans le quartier huppé de Chelsea, le désengagement de l’Etat aurait des conséquences graves dans des zones défavorisées. L’exhortation à devenir individuellement et ensemble meilleurs peut contenir en germe une régression sociale.

Photo : Parti Conservateur

Eyjafjallajokull

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 Le nuage de cendres dissipé par le volcan islandais Eyjafjallajokull a entraîné l’annulation de notre vol de Londres Luton à Milan Malpensa.

Nous nous faisions une joie de retrouver Milan à l’occasion d’un voyage professionnel. Nous y avions vécu avec un grand bonheur de 1997 à 2001. Un aller et retour en train samedi jusqu’à Venise devait ajouter à notre voyage une touche romantique. Le romantisme vient du nord.

Un volcan islandais se réveille et crache un majestueux panache de fumée et de cendres. Eyjafjallajokull tousse, et le transport aérien européen est enrhumé ! Nous touchons du doigt combien notre monde est interdépendant. Notre voyage italien est annulé pour les caprices d’un dieu Vulcain voisin du Groenland.

A la suite du séisme de la crise financière, le Gouvernement Britannique avait placé l’Islande sur la liste des Etats terroristes pour pouvoir bloquer des fonds spéculatifs. Va-t-il placer sous séquestre les fumerolles du Eyjafjallajokull ?

Photo : The Guardian

Deuil polonais

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L’écrasement au sol près de Smolensk (Russie) de l’avion du président polonais Lech Kaczynski a provoqué en Pologne une émotion qui n’est pas sans rappeler celle des Britanniques lors de la mort de la Princesse Diana.

Je dois avouer que cet événement ne m’a pas bouleversé dès le premier instant. Je n’aimais pas Lech Kaczynski et son jumeau Jaroslaw. Comme le dit The Guardian, il s’agit de leaders politiques de la droite européenne populiste avec une ligne pré-moderne sur les droits des femmes et des homosexuels. Lech Kaczynski était en faveur de la peine de mort, s’était opposé avec force au traité de Lisbonne, préférait le lien avec les Etats-Unis à l’intégration européenne.

Je n’aime pas non plus l’émotion qui entoure les accidents d’avion. Leur médiatisation me semble exagérée, alors que tant d’hommes, de femmes et d’enfants meurent chaque jour d’accidents ordinaires, de maladies ou de misère.

Toutefois, l’émotion du peuple polonais me touche : le vide à la tête de l’Etat, le sentiment de perdre des dizaines de visages familiers, sinon amis, la blessure de Katyn ravivée (le massacre par les Soviétiques il y a 70 ans de milliers d’officiers polonais). Je suis aussi frappé par l’empathie de l’opinion russe, malgré la méfiance et les malentendus.

Les Nations se construisent de moments forts, heureux et tragiques. Comment ce deuil changera-t-il  la Pologne ?

Photo The Guardian : marée de bougies devant le Palais Présidentiel à Varsovie

Les lendemains qui chantent des Travaillistes

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La couverture du programme du Parti Travailliste britannique pour les élections du 6 mai occasionne un choc : on se croirait retourné aux lendemains qui chantent de l’Union Soviétique et au grand bond en avant chinois.

Une famille avec deux jeunes enfants contemple le lever d’un immense soleil portant l’inscription « a future fair for all », un avenir juste pour tous. Ils ne sont pas représentés dans un quartier de bureaux, dans une zone industrielle ou au centre d’une ville, mais dans un paysage de campagne. La couverture du « manifeste » du Parti Travailliste nous prend à contre-pied. Si la connotation rustique peut faire penser à la « force tranquille » de Mitterrand en 1981, le style graphique est sans l’ombre d’un doute directement inspiré du réalisme socialiste, celui de l’Union Soviétique avant guerre, celui de Mao ensuite.

Les spécialistes de la communication du Parti Travailliste ne sont pas des novices. Ils ont certainement voulu ce style rétro. Pourquoi ? Pour paraphraser Paris Match, leur intention a sans doute été de contrebalancer le poids des mots par le choc de l’image. Les mots du programme parlent d’approfondir les réformes initiées par Tony Blair, en commençant par l’administration publique. Ils ont de quoi faire fuir l’électorat populaire – le Parti Socialiste en a fait l’expérience en France. Il faut donc fixer l’électorat populaire, pour éviter qu’il ne manifeste sa déception en donnant ses voix à l’extrême droite ou aux Conservateurs. L’utilisation de la bonne vieille imagerie communiste est une grosse ficelle, mais elle peut marcher. Le message qu’elle donne est en quelque sorte celui du Guépard : tout changer pour que rien ne change !

Photo : The Guardian, illustrant un article de Oliver Burkeman le 13 avril.