Degas et le Ballet, peindre le mouvement

La Royal Academy of Arts de Londres présente jusqu’au 17 décembre une exposition intitulée « Degas and the Ballet – Picturing movement » (Degas et le Ballet, peindre le mouvement).

 Le peintre Edgar Degas (1834 – 1917) est connu comme l’un des fondateurs du mouvement des impressionnistes. L’exposition qui lui est consacrée à la royal Academy of Arts explore un thème pourtant peu répandu parmi les impressionnistes : le mouvement. Tout au long de sa carrière, Degas a consacré des dizaines de dessins, de peintures et de pastels à l’étude des ballerines de l’Opéra.

 Au même moment, un autre art naissait, obsédé lui aussi par le mouvement : la photographie. Dans les années 1860, le Français François Willème qui sculptait de l’argile à partir de photos prises au même moment par plusieurs appareils photographiques disposées en cercle autour d’un sujet. Vingt ans plus tard, profitant des progrès de la technique photographique, l’Anglais Muybridge réalisa des instantanés d’humains et de chevaux en mouvement et parvint, en assemblant ces instantanés, à projeter le mouvement complet. En 1895, les Frères Lumière inventèrent la technique cinématographique.

 Degas était fasciné par ces nouvelles technologies. Il s’en inspirait pour sa propre peinture et devint lui-même, à partir de 1895, un excellent photographe.

 L’interaction de la peinture et de la photographie est pour moi l’une des révélations de cette exposition. La première exposition des peintres impressionnistes eut lieu en 1874 dans le studio du photographe Nadar. Degas est probablement le lien le plus solide entre un art ancien qui cherchait à se réinventer et un art naissant.

 Illustration : Edgar Degas, danseuses sur la scène, 1874

Gerhard Richter : Panorama

La Tate Modern de Londres consacre une exposition rétrospective au peintre allemand Reinhard Richter, né en 1932.

 Le titre de l’exposition, Panorama, indique son ambition : présenter l’œuvre de l’artiste dans sa diversité. A l’exception sans doute des toiles construites à partir d’une photo, retravaillée de manière à ce qu’elle perde son focus et se dissolve dans le flou, il n’y a pas de « style Richter » immédiatement reconnaissable, comme ceux d’un Miró ou d’un Dali. On voit dans l’exposition des portraits, des tableaux abstraits vibrants de couleurs, des interprétations de toiles du Titien ou de Vermeer, des jeux de vitres ou de miroirs. Toute sa vie, Richter s’est cherché.  Un moment particulier de cette recherche se situe dans les années soixante-dix. L’artiste ressent un grand vide, à la fois lié au poids écrasant du passé nazi de l’Allemagne et à un doute sur l’avenir de la peinture comme art. Une salle présente côte à côte une toile uniformément grise et une carte des couleurs présentées sous la forme de petits carrés ordonnés de manière aléatoire ; dans la toile grise comme dans la carte des couleurs, l’art de peindre est ramené à sa plus simple expression, celle de l’uniformité ou celle de la mathématique.

 J’ai aimé les paysages de mer dont le ciel est, lui aussi, élaboré à partir de photos de vagues. J’ai trouvé intéressante la salle intitulée « 18 octobre 1977 », date de la mort – officiellement par suicide » d’Andreas Baader et de deux de ses compagnons. Une dizaine d’années plus tard, travaillant à partir de photos d’époque, Richter tente de reconstituer l’atmosphère de ce moment historique traumatisant.

 Illustration : Emma nue dans un escalier. 1966

Art Nouveau à Bruxelles

Poignée de porte de l'hôtel Aubecq, Victor Horta

Autour de la figure emblématique de Victor Horta, Bruxelles est une capitale de l’Art Nouveau au même titre que Barcelone autour d’Antoni Gaudi.

 L’Art Nouveau s’est développé dans le design, l’architecture et les arts décoratifs de 1890 à 1910 environ. Il a pris appui sur les nouvelles possibilités offertes par les matériaux, en particulier l’acier, pour donner aux volumes courbure et légèreté.

 Il faut mériter la maison-musée de Victor Horta, rue Américaine. Nous faisons la queue longuement sous la pluie, et les visiteurs sont admis au compte-goutte.

 La salle à manger est étonnante. Les murs et le plafond sont dallés de céramique blanche. Des meubles et des éléments décoratifs en bois précieux donnent à la pièce vie, mouvement et chaleur. L’architecte concilie ainsi luminosité et intériorité. Une vaste porte fenêtre donne sur un jardin luxuriant.

 L’Art Nouveau est végétal. Si la salle à manger ouvre sur un entrelacs de plantes, les poignées de portes, les lampadaires, la rampe d’escalier forment des arabesques de serpents et de lianes.

 L’escalier se rétrécit insensiblement à mesure que l’on monte, et la rampe s’élève doucement sans que l’on s’en rende compte. C’est que l’ascension n’est pas seulement une modalité fonctionnelle pour aller d’un étage à l’autre. L’escalier est un puits de lumière dont l’origine est une verrière colorée, qui tient lieu de plafond. Sur la verrière se dessinent des motifs végétaux.

 Bruxelles recèle beaucoup de merveilles de l’Art Nouveau, tel l’Hôtel Métropole et l’ancien grand magasin qui abrite aujourd’hui le Centre Belge de la Bande Dessinée.

 Aujourd’hui encore, la ville est passionnée de design. L’Hôtel Crowne Plaza, où nous descendons, a été restauré il y a quelques années dans l’esprit de Klimmt. C’est coloré, ingénieux, optimiste.

 

Verrière du Centre Belge de la Bande Dessinée, Victor Horta

Photos « transhumances ».

Le Musée Magritte de Bruxelles

J’ai eu l’occasion de voir à Liverpool l’exposition « René Magritte, le principe de plaisir ». Je retrouve le peintre belge dans le musée qui lui est entièrement consacré sur la Place Royale de Bruxelles.

 Le musée a été ouvert il y a deux ans dans le cadre rénové de l’Hôtel Altenloh de la Place Royale à Bruxelles. Il est organisé sur 5 niveaux, dont 3 pour les collections elles-mêmes. Il se visite de haut en bas, dans un ordre chronologique correspondant à des périodes de la vie de l’artiste : 1898 – 1929, 1930 – 1950 et 1951 – 1967.  Dans la salle d’accueil, au sous-sol, des comédiennes portent un cadre vide et l’essaient dans différentes positions sur une photo de l’artiste coiffé de son légendaire chapeau melon. Le cadre se déplace ensuite dans le groupe des visiteurs et quelques-uns se trouvent encadrés comme objets d’une œuvre d’art mouvante. C’est une bonne introduction à la peinture volontairement « hors du cadre » de Magritte.

 Environ 200 œuvres de Magritte sont exposées, parmi lesquelles ce qu’il désignait comme « travaux imbéciles », des affiches de publicité qui dénotent pourtant son style puissant et original. On trouve aussi des photos des personnalités qui ont fortement influencé l’artiste, en particulier le groupe surréaliste.

 Des phrases de Magritte sont mises en exergue, et mises en parallèle de ses œuvres. J’apprécie particulièrement celle-ci : « j’aime l’humour subversif, les tâches de rousseur, les genoux, les longs cheveux de femme, le rêve des jeunes enfants en liberté, une jeune fille courant dans la rue ».

 Illustration : couverture du livre « qu’est-ce que le surréalisme ? » par André Breton, illustrée par René Magritte