Le Havre

 

Blondin Miguel et André Wilms dans "Le Havre"

Le film « Le Havre » du réalisateur finlandais Aki Kaurismäki (2011) sort actuellement sur les écrans londoniens.

 Londres est présent en filigrane dans tout le film : c’est la destination que s’était fixé un groupe d’immigrants d’Afrique noire interceptés dans un conteneur par la police sur le port du Havre. Mais un adolescent, Idrissa (Blondin Miguel), parvient à s’enfuir. Il trouve refuge auprès de Marcel (André Wilms), un homme maintenant âgé qui a abandonné la vie d’écrivain bohême pour vivre auprès de sa femme Arletty (Kati Outinen) dans le dénuement mais entouré de gens qui l’aiment. Marcel, confronté à l’épreuve de l’hospitalisation d’Arletty, mobilise ses amis pour un objectif : permettre à Idrissa de rejoindre sa mère de l’autre côté de la Manche.

 C’est un film vraiment étrange, que beaucoup de critiques ont adoré et beaucoup de spectateurs détesté. L’anachronisme y est constant : les cargos dans le port du Havre sont des porte-conteneurs et les fourgons des policiers sont flambant neufs. Mais les voitures sont des Peugeot 403 et des Renault 16 ; les boutiques et le bistrot appartiennent aux années cinquante ; le nom de la chienne de Marcel, Laika, fleure bon l’aventure spatiale soviétique. Le nom de l’épouse de Marcel, Arletty, est tout droit sorti du Paris de l’entre-deux guerres. La silhouette du Commissaire Monet (Jean-Pierre Daroussin) et celle du dénonciateur (Jean-Pierre Léaud) évoquent la France de Vichy.

 La manière de parler et de se comporter des personnages est empruntée et théâtrale comme dans un film de Truffaut, auquel la présence de Jean-Pierre Léaud constitue un clair hommage. L’étrangeté de leur parler est renforcée par la présence d’acteurs non français, en particulier Kati Outinen.

 Si le style est décalé, le sujet du film est au contraire central dans la société française d’aujourd’hui : de la Jungle de Calais aux docks du Havre, nombreux sont les migrants fascinés par le mirage d’un avenir en Angleterre. Le film de Kaurismäki est dérangeant et inconfortable : c’est peut-être ainsi que le metteur en scène vise juste. Il jette le trouble chez le spectateur, car ce qu’il y a à voir est troublant.

Les Chariots de Feu

Le thème des « Chariots de Feu » est omniprésent dans les Jeux Olympiques de Londres.

 « Les Chariots de Feu » est un film écrit par Colin Welland et réalisé par Hugh Huston en 1981. La musique synthétique était signée de Vangelis. Il reçut cette année là 4 Oscars. Il ressort actuellement sur les écrans londoniens à l’occasion des Jeux Olympiques. C’est qu’il raconte le triomphe de deux athlètes britanniques aux JO de Paris en 1924 et vient opportunément enraciner l’euphorie ambiante dans un passé glorieux.

 Les Chariots de Feu, en en particulier la musique, ont été présents tout au long de la préparation des Jeux Olympiques de Londres, du voyage de la flamme tout autour du pays à la cérémonie d’ouverture. On se rappellera longtemps l’orchestre symphonique interprétant majestueusement le générique du film pendant que Rowan Atkinson (Mr Bean) joue délicieusement le rôle d’un claviste affecté à jouer une unique note et s’ennuyant à mourir.

 « Les Chariots de Feu » est loin d’être un grand film. L’histoire d’Eric Lidell, fils d’un pasteur épiscopalien écossais missionnaire en Chine et déchiré entre sa propre vocation de missionnaire et le talent que Dieu lui a donné d’être rapide, et celle d’Harold Abrahams, fils d’un banquier juif de la City et mal accepté par l’Establishment de son collège à Cambridge, ne convainc jamais vraiment.

 La reconstitution historique des JO de Paris dans le vieux stade de Colombes est intéressante, tant elle fait ressortir le contraste avec la sophistication d’aujourd’hui : les coureurs du 100m creusent eux-mêmes leurs starting-blocks dans la cendrée !

 Ce qui reste du film est la scène du générique où l’on voit un groupe d’athlètes courir sur la longue plage de St Andrews et traverser la fin du parcours du célèbre golf pour regagner leur hôtel. Pour cette scène et pour la musique de Vangelis qui l’accompagne, les Chariots de Feu est incontestablement un « film culte ».

 Le mot « les chariots de feu » fut emprunté à l’Ancien Testament par le poète William Blake et mis en musique dans l’un des choraux les plus connus de l’Eglise Anglicane : Jérusalem.

Les Chariots de Feu

La Part des Anges

 

Avec La Part des Anges, Ken Loach nous propose une réjouissante comédie qui opère la transsubstantiation du moût fétide de vies prolétaires en un divin whisky.

  Dans la première scène du film un homme que l’on devine simple d’esprit marche en équilibre sur l’arête du quai d’une gare pendant qu’un train s’approche. D’un haut parleur, une voix lui ordonne de se reculer ; il recule en effet, jusqu’à tomber sur la voie. Robbie, Rhino, Albert et No, les héros de La Part des Anges, sont eux aussi en permanence sur le fil du rasoir, menacés d’être écrasés par la violence qui passe, sommés par une autorité anonyme de rentrer dans le rang.

 Ils comparaissent tous les quatre le même jour face à un tribunal correctionnel qui les condamne à des travaux d’intérêt général. Chaque matin, un minibus les emmène à une salle des fêtes à repeindre ou un cimetière à nettoyer. Leur superviseur, Harry (John Henshaw) croit profondément en la possibilité d’une rédemption. Il a une passion, le whisky. Sur son temps libre, il emmène sa troupe de pieds nickelés à une séance de dégustation et à une visite de cave. Robbie (Paul Branningan) se découvre un talent de goûteur. Il organise avec ses nouveaux amis, déguisés en association écossaise de promotion du whisky, un raid sur le contenu d’un tonneau qui se vend aux enchères pour un million de sterlings. Cette ultime mauvaise action a des relents de Robin (ou Robbie) des Bois, prendre aux riches pour distribuer aux pauvres ; elle permet surtout à Robbie d’échapper à son destin de chômeur et d’accéder à un vrai emploi.

 La part des anges, c’est la part du whisky qui s’évapore et que personne ne boira jamais. Robbie n’est pas un ange. La procédure de condamnation à des travaux d’intérêt général lui impose une confrontation à sa victime, et c’est à glacer le sang : l’homme qu’il a sauvagement agressé, sans raison, restera handicapé à vie. Les anges, ce sont Luke, le bébé né de l’union de Robbie et de Leonie, venue d’une classe sociale supérieure, tiraillée entre son amour et l’ostracisme de son père. C’est aussi Harry, auquel Robbie laissera une bouteille de soda remplie de l’inestimable whisky accompagnée d’un billet « la part des anges ; merci de m’avoir donné une chance ».

 L’idée du scénariste Paul Laverty est puissamment originale. Je suis loin d’avoir compris tous les dialogues, dits dans le patois et avec l’accent de Glasgow. Mais je suis sorti du cinéma avec un bienfaisant sentiment d’optimisme.

Un bonheur n’arrive jamais seul

« Un bonheur n’arrive jamais seul », film de James Huth avec dans les rôles principaux Sophie Marceau et Gad Elmaleh est une aimable comédie qu’il est agréable de regarder un soir de vacances.

 Le film joue sur une situation classique : Sacha, musicien de jazz génial mais incapable de se fixer dans la vie (Gad Elmaleh) tombe amoureux de Charlotte, une bourgeoise appartenant à l’Establishment (Sophie Marceau). Que la belle Charlotte soit l’épouse d’un magnat de l’audiovisuel, qui peut terrasser la carrière professionnelle de Sacha pimente l’intrigue mais ne la change pas vraiment. Ce que Sacha ne peut accepter, c’est qu’entrer dans la vie de Charlotte, c’est devenir le père virtuel des trois jeunes enfants qu’elle a eus de deux unions. C’en est fini de la vie de bohême, des copains, de l’imprévu. Mais Sacha tombe amoureux des enfants de Charlotte, en même temps que de Charlotte elle-même : un bonheur n’arrive jamais seul !

 Le film exploite au maximum les qualités de mime et de bateleur que Gad Elmaleh exhibe sur scène ainsi que la beauté solaire de Sophie Marceau. C’est loin d’être un grand film, mais on passe un bon moment.