Copie Conforme

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« Copie Conforme », le dernier film du réalisateur iranien Abbas Kiorastami, nous propose un fascinant portrait de femme.

Dans une petite ville de Toscane, un critique d’art (joué par le chanteur d’opéra William Shimell) donne une conférence sur son dernier livre consacré à la valeur des reproductions. Au premier rang, une femme (Juliette Binoche) semble boire ses paroles ; comme le dira son jeune fils, elle est fascinée par l’orateur. Elle l’invite à passer ensemble l’après-midi. Il y a tant de réserve et de distance entre eux, elle semble si écartelée entre le désir de la rencontre et la timidité, qu’on croit qu’ils viennent de faire connaissance.

En réalité, ils sont maris et femme depuis quinze ans, mais elle élève seule leur fils. Elle tente de faire sa reconquête. Elle l’entraîne dans le village où ils ont passé leur nuit de noce, près d’un sanctuaire censé porter chance aux dizaines de couples qui viennent s’y faire photographier et reproduisent ainsi le modèle originel du mariage parfait. Désespérant de retrouver un homme sur l’épaule de qui reposer sa tête, elle se maquille et met ses plus belles boucles d’oreille et le supplie de la regarder.

L’homme finit par lui déclarer qu’elle est plus belle aujourd’hui qu’au jour de leurs noces, mais le malentendu est insurmontable. Il n’est pas possible de remonter le temps, de remonter de la copie à l’original et de l’original au modèle. Le film laisse un profond sentiment de frustration et de tristesse, mais cette profondeur abyssale fait la beauté de l’œuvre cinématographique.

Juliette Binoche a reçu pour ce rôle la palme de la meilleure actrice au Festival de Cannes. « Quand mon personnage lui parlait comme s’il était son mari, je parlais à William exactement comme s’il était mon mari », dit Juliette. « Alors que nous travaillions ensemble, nos rythmes discordants tombaient bien et nous n’avons jamais essayé de briser ce rythme. Jouer, c’est comme peler un oignon, vous devez retirer chaque couche pour en révéler une autre ». Elle dit aussi « je n’ai pas le sentiment d’avoir des racines. Les racines que je peux avoir sont plus à l’intérieur de moi que là où je vis ». Et encore : « Mon but a toujours été d’avoir des expériences humaines dans mon travail ».

Photo du film « Copie Conforme ».

Good Will Hunting

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La chaîne de télévision britannique BBC3 vient de diffuser le film de Gus Van Sant « Good Will Hunting » (1997). Il raconte le chemin d’un jeune surdoué pour surmonter les blessures de l’enfance et s’inventer un destin.

Le titre anglais du film, Good Will Hunting est un jeu de mots. Il signifie « le bon Will Hunting », du nom du personnage principal ; il veut aussi dire « à la chasse de la valeur latente », en référence aux actifs incorporels qui font la valeur d’une entreprise. Car Will (joué par Matt Damon) est un incroyable génie autodidacte. A côté d’une immense culture littéraire et historique, il est capable à 20 ans de résoudre des équations insolubles pour des étudiants du Massachusetts Institute of Technology.

Will vit solitaire dans une petite maison d’un quartier populaire de Boston, dévorant les livres d’une bibliothèque. Ses relations sociales sont Chuckie (Ben Affleck) et sa bande de copains ouvriers en bâtiment qui se retrouvent chaque jour au bar ou en boîte. Il travaille à l’Université, mais comme appariteur.

C’est que Will a vécu une enfance traumatisante, dont il se culpabilise. Se frotter aux autres ranime d’insupportables blessures. Il évite toute relation véritable.

Deux bouleversements surviennent dans sa vie. Il tombe amoureux d’une étudiante, Skylar, (Minnie Driver). Il échappe à la prison s’il accepte de travailler pour un professeur de mathématiques et se soumet à une thérapie. Le thérapeute, Sean Maguire (Robin Williams) est issu du même quartier de Boston et a vécu une enfance semblable. Une relation forte et initialement conflictuelle se développe entre Sean et Will. Parallèlement, paniqué par la demande de Skylar d’aller vivre avec elle en Californie, ce qui signifierait quitter Boston et son cocon et prendre le risque d’une vie de couple, Will rompt avec elle.

Sean accule Will : – « écoute mon garçon, ce n’est pas ta faute », répète-t-il à plusieurs reprises jusqu’à ce que celui-ci s’effondre en sanglots, sa carapace enfin percée, son destin enfin ouvert sur la route de la Californie.

Photo du film « Good Will Hunting ».

Le Guépard

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Garibaldi s’est emparé de la Sicile à la tête des « Mille » en 1860, il y a juste cent cinquante ans. C’est l’occasion de revoir le chef-d’œuvre de Luchino Visconti, Le Guépard (1963).

La première scène du film se déroule dans la chapelle du palais des Salina. Affolée par le débarquement des Chemises Rouges à Marsala, la famille se réfugie dans la prière. Il y a toutefois un mouton noir, Tancrède (joué par Alain Delon). Jeune homme fougueux et ambitieux, il a décidé de rejoindre la sédition : après tout, le commanditaire de la révolte contre le roi de Naples est un autre roi, celui de Savoie. Il faut que tout change pour que rien ne change, dit-il à son oncle, le Prince Salina (Burt Lancaster). Celui-ci accepte le pari et mise sur son neveu.

Le Prince Fabrizio Salina est aristocrate jusqu’au bout des ongles. C’est aussi un stratège. Pour que Tancrède réussisse dans le contexte de l’Italie piémontaise, il lui faut de l’argent. Fabrizio organise son mariage avec Angelica (Claudia Cardinale), la fille du maire du bourg où la famille Salina prend ses quartiers d’été. Don Calogero Sedara est influent et riche. L’ambition cynique et débridée de Tancrède associée à la fortune et aux réseaux de Don Calogero devraient maintenir la famille Salina à flot pendant quelques dizaines d’années.

Fabrizio est d’un pessimisme radical. Il ne voit pas de changement possible pour la Sicile : dans cette terre traversée au cours de l’histoire par des envahisseurs, écrasée par un climat rude, les gens ont la nonchalance d’esthètes convaincus de leur supériorité. Il se bat pour le seul objectif qu’il sait pouvoir réaliser, la survie de sa dynastie. Mais il sait qu’à sa génération, celle les lions et des guépards, succèdera celle des hyènes et des chacals.

Le bal donné à l’occasion des fiançailles de Tancrède et Angelica est une apothéose pour Fabrizio, qui a donné corps à son projet et mis sur orbite l’alliance des Salina et des Sedara. C’est aussi le moment où il voit clairement sa mort approcher. Noble dans le fond du cœur, il la toise sans crainte.

Photo  du film « Le Guépard » : la valse du Prince Salina et Angelica.

Le métier de comédienne

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Dans le film de François Ozon Le Refuge, Isabelle Carré joue le rôle de Mousse, une jeune toxicodépendante qui se retrouve enceinte après la mort par overdose de son compagnon.

La comédienne était elle-même enceinte lors du tournage. « Une seule chose m’inquiétait réellement par rapport au sujet, dit-elle : qu’est-ce que mon enfant pensera quand il verra le film ? Je ne voulais pas qu’il se sente utilisé (…). Isabelle Huppert, qui était aussi à St Jean de Luz, nous a rendu visite et a dit quelque chose qui m’a touchée et rassurée : « C’est formidable quand l’actrice rencontre la femme, quand notre vie de femme se mélange avec la fiction, quand la paroi entre réalité et la fiction devient de plus en plus fine. Ces moments-là sont toujours passionnants. » En même temps, je ne suis pas du tout comme Mousse dans la vie, son histoire n’a rien à voir avec la mienne, j’ai joué un personnage ».  

Isabelle Carré dit qu’en jouant le rôle de Mousse, elle a fait son travail de comédienne, à la fois dans une situation objective proche de son personnage, mais aussi dans une disposition d’esprit opposée. Elle raconte combien la scène d’amour entre Mousse et Paul a été spécialement difficile et fatigante. Mais tant de femmes exercent leur métier jusqu’au huitième mois de grossesse : elle s’est simplement sentie l’une d’entre elles.

Illustration : affiche du film Le Refuge.