Marley

 

Photo du film "Marley"

 Le documentaire de Kevin Mac Donald consacré au chanteur Bob Marley (1945 – 1981) nous immerge dans une vie exceptionnelle, intimement mêlée aux mouvements d’indépendance, à l’affirmation d’une identité noire et au Reggae.

 Bob Marley est né dans les hauteurs de la Jamaïque, dans des conditions proches de celles des hauts de la Réunion. Son père était un contremaître de domaine agricole d’ascendance anglaise, sa mère une descendante d’esclave. Dès l’enfance, Robert Marley fut à la fois exclu par la famille blanche de son père, et rejeté par ses condisciples noirs. Sa chance fut que sa mère était une personnalité exceptionnelle, tentant sa chance d’abord à Trenchtown, un bidonville de Kingston, puis aux Etats-Unis dans le Delaware. L’une des premières chansons de Bob, Corner Stone, est construite sur l’image évangélique de la pierre rejetée par les bâtisseurs et devenue pierre d’angle.

 Bob Marley est à la quête de son identité en adoptant un style de musique typiquement jamaïquaine mais accessible pour le public international, en particulier les noirs d’Afrique et d’Amérique ; et aussi en se convertissant au Rastafari, un messianisme afro-américain qui, entre autres croyances, considérait l’Empereur d’Ethiopie Haïlé Sélassié comme une incarnation du Christ. De fait, la visite de l’Empereur Messie à la Jamaïque en 1966 déclencha l’hystérie des foules.

 Kevin Mc Donald observe que si le portrait de Bob Marley orne tant de chambres d’étudiants de par le monde, c’est parce que, comme Che Guevara, il symbolise la possibilité d’un monde différent et meilleur. C’est aussi parce que de son enfance misérable, de son identité déchirée il a reçu de fortes vibrations que la musique et les paroles de ses chansons ont transformées en un torrent d’énergie.

 Le film est fondé sur des images d’archive et sur les témoignages de proches du chanteur. Certaines images sont profondément émouvantes, comme ce concert pour la paix pendant lequel Marley obtint que les leaders de formations politiques au bord de la guerre civile se serrent la main. Certains témoins sont des personnages hauts en couleurs et les spectateurs rient de bon cœur à certaines de leurs répliques.

Pure

Pure, roman d’Andrew Miller (Hoder, 2011) nous transporte à Paris sous le règne de Louis XVI, une ville fétide en quête d’assainissement.

 Jean-Baptiste Baratte, jeune ingénieur frais émoulu de l’Ecole des Ponts, monte à Paris après une première expérience professionnelle dans les mines de Valenciennes. Il se voit confier une mission d’assainissement : démanteler le cimetière et l’église des Innocents, près des Halles et de Saint Sulpice. Des centaines de milliers de personnes y ont été inhumées au cours des siècles, dont, au temps des épidémies, des dizaines de milliers de pestiférés précipités dans des fosses communes. Le lieu est devenu un foyer de puanteur et d’infection. Le dix-huitième siècle commande l’ordre, la raison et la propreté.

 Jean-Baptiste fait venir de Valenciennes une troupe de trente mineurs encadrés par Lecoeur, l’un de ses anciens condisciples. La tâche est considérable : il faut creuser des puits de plus de vingt mètres de profondeur, en extraire les ossements et les entreposer en tas en attendant que des prêtres les conduisent en procession jusqu’à une carrière désaffectée.

 Le voisinage ne reste pas indifférent. Ziguette, la fille des Monnard, les logeurs de Jean-Baptiste, est si profondément perturbée qu’elle tente d’assassiner l’ingénieur dans son sommeil. Jeanne, la petite fille du sacristain, et Armand, l’organiste de l’église, deviennent au contraire ses alliés. La vie aux Innocents est marquée par la routine, celle des puits que l’on creuse, des ossements que l’on extrait, des repas pris sur le chantier, de la visite hebdomadaire de prostituées aux mineurs dans leur campement. Il y a aussi une part d’inattendu, les mineurs menaçant d’arrêter le travail si on ne leur donne pas une dose de tabac, un viol suivi d’un suicide, des accidents du travail, l’incendie de l’église.

 Andrew Miller s’attache à une rencontre imprévue. Dans le quartier des Innocents, Jean-Baptiste remarque une jeune femme, Héloïse. Celle-ci vend son corps aux commerçants du voisinage. Jean-Baptiste en tombe instantanément amoureux. Quelques mois plus tard, il l’aborde. « Tu m’aimes », dit-elle. « Oui ». « Pourquoi ? «  Pourquoi ? » « Tu dois savoir », dit-elle. « Bien sûr », dit-il, quoique qu’en fait il n’ait jamais pensé qu’il lui fallut une raison pour l’aimer. « Tu m’as regardé », dit-il. « Je t’ai remarqué ? » « Oui ». « C’est vrai », dit-elle. « Je t’ai en effet remarqué ». « Tu étais en train d’acheter du fromage », dit-il. Elle approuve de la tête. « Tu avais l’air perdu ». « Toi aussi ». « Perdue ? ». « Décalée ». « Si j’acceptais (de venir vivre avec toi) », dit-elle après d’autres pauses pendant lesquelles elle semble peser soigneusement chacun de ses mots, « je devrais être libre d’aller et venir comme le je veux.  Je suis trop vieille pour prendre des ordres de toi et de quiconque ». « Tu serais libre ».

 D’Héloïse, Miller dit : « la peine et la rage sont passées par là ; elle les a tirées comme un buisson épineux dans ses propres entrailles, et elles l’ont meurtrie, elles ont laissé des milliers de petites cicatrices, mais elles ne l’ont pas tuée. Et maintenant ceci. Une nouvelle vie. » Héloïse est une pure dans le cadre souillé du cimetière des Innocents.

 Le roman d’Andrew Miller est traversé par les antagonismes de classe. Un monde sépare Jean-Baptiste, pourtant fils d’un petit artisan normand, des mineurs de Valenciennes, qui parlent le flamand et ignorent le français. Un monde sépare aussi Jean-Baptiste du Ministre qui commissionne ses travaux mais ne manifeste pas le moindre intérêt pour sa personne. Jean-Baptiste se surprend à éprouver pour les Monnard le même mépris dont l’accable le Ministre.

 Aux Innocents, du passé on fait table rase. Le parti de l’avenir avance, mais sa victoire ne se fera pas sans violence.

Thriller Live

Thriller Live. Photo The Guardian

Le Lyric Theatre de West End à Londres donne une comédie musicale, « Thriller Live », en hommage à Michael Jackson.

 Comment rendre hommage à un artiste exceptionnel en utilisant de bons acteurs, chanteurs et danseurs, sans que la différence de qualité saute aux yeux ?

 Thriller Live n’échappe pas à ce risque. Le début de la comédie musicale met en scène un adolescent censé figurer Michael lorsqu’il faisait ses débuts avec les Jackson 5. Mais la médiocrité du gamin saute aux yeux : il chante juste et danse correctement, mais on ne peut croire un seul instant qu’il sera plus tard le roi de la pop music. Les interventions pesantes d’un récitant insistant sur les dizaines de millions d’albums vendus accentuent un sentiment de malaise.

 La seconde partie du spectacle fait oublier l’impression de gâchis que donnent les premières scènes. C’est à un concert de Michael Jackson que l’on assiste qui, peu à peu, nous entraîne dans son rythme endiablé. La comédie musicale suit un fil chronologique, et les dernières chansons et chorégraphies révèlent Jackson au sommet de son art. Les acteurs sont des hommes et des femmes qui, par la multiplicité de leurs talents, parviennent à produire le kaléidoscope des facettes du génie de l’artiste.

 La mise en scène, les costumes, les lumières, sont fortement sexualisés. C’est au fond assez étrange pour rendre hommage à un personnage dont le positionnement était l’ambiguïté, androgyne, ni noir ni blanc, lunaire.

Corruption, le nouveau défi des entreprises

La Grande Bretagne s’est dotée en 2010 d’une nouvelle législation contre la corruption, le « Bribery Act ». Le livre de Nick Kochan et Robin Goodyear, « Corruption, the New Corporate Challenge » (corruption, le nouveau défi des entreprises, Palgrave MacMillan 2011) s’adresse aux dirigeants d’entreprise et met en perspective la nouvelle loi.

 La corruption est un phénomène d’ampleur phénoménale. Selon la Banque Mondiale, les paiements de commission atteindraient 1.000 milliards de dollars, soit  plus de 3% de l’économie mondiale. Le pourcentage de ce prélèvement ne cesse de croître.

 Kochan et Goodyear détaillent comment la corruption fausse le marché et détruit les communautés. Ils citent Angel Gurria, Secrétaire Général de l’OCDE : « la corruption est le cancer de la mondialisation ». Ils décrivent la mise en place de législations pour combattre ce fléau, en particulier aux Etats Unis avec le Foreign Corrupt Practises Act de 1977.

 Le Bribery Act britannique définit les délits de « soudoiement » (« bribe ») et de corruption passive (« reception of bribe »). Il innove en instituant une responsabilité pénale des entreprises : elles commettent un crime si elles ne mettent pas en place des procédures efficaces pour prévenir la corruption.

 Les réactions de nombre d’entreprises britanniques, en particulier celles qui vendent dans des pays classés par Transparency International avec un indice de corruption élevé, se sont élevées contre cette loi en faisant valoir qu’elles étaient pénalisées en comparaison de celles qui opèrent dans un contexte législatif plus laxiste tel, selon elles, les entreprises françaises.

 Le livre de Kochan et Goodyear est un ouvrage de management, qui fournit aux dirigeants d’entreprises des points de repère juridiques et de nombreuses études de cas.