Desert Crossings

Desert Crossings

Le Palace Theatre de Watford vient de programmer « Desert Crossings » (traversées du désert), une chorégraphie du Sud-Africain Gregory Magoma sur une musique originale de Steve Marshall.

 Desert Crossings est produite par State of Emergency, une compagnie britannique qui promeut le théâtre africain. L’ambition de Magoma est d’évoquer par la danse l’inexorable dérive des continents au long des temps géologiques, qui sépare par des milliers de kilomètres les côtes de la Namibie et du sud de l’Angleterre, pourtant si semblables. L’aventure humaine, la musique, les corps en mouvement, sont capables de réunir ce que les forces telluriques ont distancié.

 C’est bien de forces telluriques qu’il s’agit au début du spectacle. Les cinq danseurs sont agités de spasmes qui parcourent leurs corps jusqu’au bout des doigts. « Desert Crossings, dit Magoma, crée un voyage au milieu de vastes déserts, des mers et des montagnes et est un paysage où le physique et le métaphysique, le corporel et le spirituel, le céleste et le spirituel, fusionnent.

 La bande sonore crée une atmosphère d’étrangeté : le bruit d’un ruisseau, un ouragan, des murmures, un rythme de batterie, du silence, des battements de pieds. Les danseurs sont comme habités par une force qui vient du fond des millénaires et offrent une performance d’une intensité exceptionnelle.

Le Prénom

 

« Le Prénom », film d’Alexandre de la Patellière, est une comédie bien enlevée où l’on rit beaucoup.

 Avant d’être un film, Le Prénom a été une pièce de théâtre à succès écrite par Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière. La version cinématographique n’innove pas vraiment : la transposition au grand écran emprunte peu au langage propre du cinéma, ce qui est décevant. Toutefois, ce théâtre filmé est bien enlevé, mordant et drôle.

 Pierre (Charles Berling) et son épouse Zabou (Valérie Benguigui) sont des bobos de gauche, lui professeur à la Sorbonne, elle enseignante de collège. Ils invitent le frère de Zabou, Vincent (Patrick Bruel), sa jeune épouse Anna (Judith El Zein) et un ami d’enfance, Claude (Guillaume de Tonquédec) à une soirée tajines. L’ombre de la mère de Zabou et Vincent, Françoise (Françoise Fabian) plane sur la soirée.

 Vincent a réussi dans la vie et ne se prive pas de le faire sentir à sa sœur et son beau-frère qui peinent à masquer la jalousie derrière des convictions socialistes. Le dernier succès de Vincent : il va être père. Le roman « Adolphe » de Benjamin Constant lui donne l’idée d’une plaisanterie qui ne manquera pas de faire sortir ses hôtes de leurs gonds. Le but recherché est atteint : Pierre et Zabou s’étranglent d’indignation à l’idée que leur futur neveu puisse porter le prénom du plus grand criminel de l’histoire. Mais les sentiments se sont emballés, et rien ne peut arrêter l’ouragan qui va dévaster la routine des relations familiales. Anna confesse que les prénoms que ses hôtes ont donnés à leurs enfants l’horripilent. Vincent confesse à Claude qu’on le surnomme « la Prune » car on le suspecte d’homosexualité. Claude confesse qu’il est l’amant de Françoise, la mère de Zabou et Vincent. Zabou confesse à Pierre sa frustration d’avoir tout sacrifié à son mari…

 Après cette soirée désastreuse, la famille pourrait être détruite. Mais nous sommes en comédie, et tous se retrouvent pour la naissance de l’enfant de Vincent et Anna… qui s’avère être une fille. Du coup, les heureux parents se trouvent à court de prénoms !

 Photo du film « Le Prénom » : Patrick Bruel et Charles Berling.

Venise peinte par Turner

Dans l’une des salles consacrées à Turner à la Tate Britain, un tableau m’a captivé : Venise vue des marches de l’hôtel Europa, exposé pour la première fois en 1842.

 « Venise a sûrement été construite pour être peinte par… Turner », écrivait John Ruskin. On reconnait dans ce tableau de 1842 la Douane de Mer, Saint Georges, et les « zitelle » (La Salute et La Presentazione). Cette image restitue de manière magique l’esprit de la ville de la lagune. Venise est esprit, vapeur, brume. Venise est canal, ondulation, reflets. Venise est opulence, culture, renaissance.

 Le tableau de Turner est fortement structuré. Pourtant, on ne discerne pas de rivages. Palais et églises appartiennent au monde de l’air et de la mer, aucune rive ne les sépare. Ce qui structure la représentation, c’est la lumière. C’est bien la Venise que nous connaissons, mais transfigurée en une cité immatérielle, onirique et lumineuse.

 Illustration : « The Dogano, San Giorgio, Clitella from the steps of the Europa », Joseph Mallard Turner, 1842.

Angelica Garnett (1918 – 2012)

 

Angelica Garnett à Charleston House, photo The Guardian

Angelica Garnett, dernière survivante du Groupe de Bloomsbury, est décédée à Forcalquier le 5 mai à l’âge de 93 ans.

 « Transhumances » a à plusieurs reprises évoqué le Groupe de Bloomsbury, ce collectif d’intellectuels et d’artistes exceptionnels (Virginia Woolf, John Maynard Keynes, Duncan Grant…) qui a fortement marqué la vie culturelle en Grande Bretagne dans la première moitié du vingtième siècle : « le groupe de Bloomsbury à Charleston House » (2 octobre 2011) évoquait leur lieu de vie ; « Vanessa et Virginia » (12 novembre 2011) la relation d’amour et de jalousie des deux sœurs Vanessa Bell et Virginia Woolf ; « affectueusement trompée », le difficile chemin de la fille de Vanessa, Angelica Garnett, pour construire son identité propre.

 Angelica, artiste et écrivaine, vient de mourir, et avec elle la dernière survivante du Groupe de Bloomsbury. Dans The Guardian du 7 mai, Frances Spalding dresse son portrait. Je cite un passage de son article qui traite de la relation d’Angelica avec la France.

 « Sa mère rappelait souvent à Angelica qu’elle avait du sang français dans les veines, car son arrière – arrière grand-mère avait été mariée au Chevalier de l’Etang, un membre de la Cour de Marie-Antoinette. Mais il n’y avait guère besoin de cette connexion lointaine pour stimuler l’intérêt de la jeune fille pour tout ce qui était français, y compris l’art. Dans son enfance, il y avait de longues périodes passées dans le sud, principalement dans une petite villa en périphérie de Cassis.

 Quand elle eut 18 ans, elle fut envoyée vivre pendant une période dans une famille à Paris afin d’apprendre la langue. Dans son vieil âge, elle remarquait que sa vie avait été « mêlée à la France de manière lâche et envahissante aussi longtemps que je m’en souvienne, et que rien en cette vie ne serait le même ou n’aurait la même saveur sans cette connexion ». Il se trouve que le pays devint son chez-elle permanent et elle passa ses 30 dernières années à Forcalquier. »