Backbeat

Jouée au théâtre Duke of York’s de Covent Garden à Londres, la comédie musicale Backbeat raconte l’histoire de la naissance des Beatles, entre Liverpool et Hambourg de 1960 à 1962.

 La comédie musicale est dérivée du film homonyme réalisé par Iain Softley en 1994. Pour la mise en scène, Softley lui-même s’est associé à Stephen Jeffreys.

 En 1960, les Beatles sont cinq : aux côtés de John, Paul et George se trouvent Pete Bust, qui sera brutalement remercié trois ans plus tard par le nouveau producteur du groupe et remplacé par Ringo Starr, et un cinquième homme, Stuart Sutcliffe.

 Stuart (joué par Nick Blood) et John (Andrew Knott) se sont rencontrés à l’académie d’art de Liverpool. Stuart est un médiocre musicien mais, fasciné par la personnalité de John, ne peut lui refuser de faire partie de son groupe. A Hambourg, Stuart rencontre une jeune photographe allemande, Astrid Kircherr (Ruta Gedmintas) et en tombe éperdument amoureux. Cette rencontre réveille en lui sa vocation de peintre. Il est déchiré entre sa fidélité à John, qui exige de lui qu’il se fonde dans le groupe, et sa propre ligne de vie. Accepté à l’Académie de Hambourg, il se résout à quitter les Beatles mais décède brutalement à l’âge de 22 ans d’une hémorragie cérébrale, probablement suite à une bagarre quelques mois auparavant.

 La comédie musicale nous montre l’enfantement des Beatles, d’un groupe de rock parmi d’autres aux quatre garçons dans le vent dont le look, la voix et les chansons marqueront les années soixante d’une marque indélébile. A Hambourg, ils doivent jouer 6 heures par soirée dans un club louche et vivent dans une débauche de bière, de cigarettes et de prostituées (dans Backbeat, les acteurs fument tant sur scène que cela en devient gênant pour les spectateurs). Peu à peu, leur style s’affirme. Paul interprète pour John la chanson qu’il vient de composer, Love me do. Après une première réaction de mépris, John propose à Paul une intonation, un rythme plus affirmés. Lorsqu’Astrid dessine pour le groupe un costume à pan droit et col serré et qu’elle remplace leur chevelure à la Elvis par la coupe au bol, les Beatles sont prêts pour la célébrité.

 Backbeat nous dépeint un John Lennon dominateur et manipulateur bien que fragile. Astrid dit à Stuart : « John veut le monde et Paul va trouver les moyens pour qu’il l’obtienne ». Dans les griffes de John, Stuart est un être torturé. Une belle scène de la pièce est celle de la mort de Stuart dans les bras d’Astrid, qui s’était vêtue d’une tenue de soirée étincelante pour le séduire mais se trouve soudain confrontée à l’atroce absence de l’être aimé.

 Photo : Andrew Knott et Ruta Gedmintas dans Backbeat.

Le Musée d’Archéologie Nationale

Le Musée d’Archéologie Nationale de Saint Germain en Lay mérite une visite.

 Le musée occupe le château de Saint Germain, une bâtisse du seizième siècle dont le parc surplombe la Seine. Le terme « Antiquités Nationales » est si large qu’en réalité deux musées pourraient coexister. Une grande part des collections est consacrée à la préhistoire (paléolithique et néolithique), à l’âge du bronze et l’âge du fer. Une autre part présente des objets de la Gaule romaine et du bas Moyen Age.

 En France, la préhistoire commence vers 500.000 ans avant Jésus-Christ avec l’homme de Tautavel. Les collections du musée suivent un strict ordre chronologique. On voit tout au long du paléolithique, jusqu’au sixième millénaire, les outils devenir de moins en moins rudimentaires. Vers 20.000 avant Jésus-Christ apparaissent des motifs décoratifs, dont certains sont des figures abstraites dont le sens nous échappe, d’autres des représentations d’animaux. La plus célèbre pièce du musée est le portrait d’une femme, la Dame de Brassempouy, une petite sculpture de 3.65cm de haut taillée dans de l’ivoire de Mammouth, trouvée dans la grotte du Pape dans les Landes. On reste émerveillé par la résilience de l’humanité, confrontée au cours des millénaires à ces changements climatiques radicaux et capable de domestiquer le feu, de construire des armes de chasse de plus en plus efficaces puis, à partir de 6.000 environ, d’inventer un mode de vie sédentaire puis l’écriture.

 En comparaison de la vaste préhistoire, la période de la Gaule romaine et du bas Moyen Age couvre un espace de temps très court : quelques centaines d’années seulement. Mais les collections sont riches. Les objets sont superbement éclairés et ont pour beaucoup une grande valeur artistique.

 Illustration : la Dame de Brassempouy, Musée d’Archéologie Nationale, Château de Saint Germain en Laye

Art Nouveau à Nancy

Le Musée de l’Ecole de Nancy est tout entier consacré à l’Art Nouveau dans une variété de disciplines : ébénisterie, céramique, luminaire, verrerie, vitrail.

 Nous avions été enthousiasmés par la visite du Musée Horta à Bruxelles. La maison d’Eugène Corbin à Nancy offre les mêmes émotions. Elle nous transporte au tournant des dix-neuvième et vingtième siècles. Dans la ligne des précurseurs britanniques John Ruskin et William Morris, des artistes nancéens s’inspirèrent de la nature. Leur mobilier, leurs vitraux, leurs céramiques sont habités d’arbres, de fleurs, d’oiseaux. Les lignes sont féminines, toutes en courbes, sans rupture ni aspérité. C’est un art total, débordant de vitalité, de couleurs, de chaleur.

 Les artistes de l’Ecole de Nancy sont nés pour la plupart vers 1850 : l’ébéniste Eugène Vallin qui, comme les préraphaélites anglais, avait commencé sa carrière dans le style gothique ; le maître verrier, ébéniste et céramiste Emile Gallé ; l’artiste décorateur et ébéniste Louis Majorelle ; le décorateur et peintre verrier Jacques Gruber. Gallé, Majorelle et les frères Daum ne furent pas seulement des créateurs. Comme William Morris avant eux, ils furent des industriels talentueux.

 Les Galeries Poirel de Nancy consacrent une exposition temporaire à « Jacques Gruber et l’Art Nouveau, un parcours décoratif ». On y découvre le génie multiforme de cet artiste qui trouva sa voie dans l’art du vitrail au moment de l’éclosion de l’Art Nouveau et évolua vers un style toujours coloré mais plus abstrait.

 Il y a quelque chose de fascinant et envoûtant dans l’Art Nouveau. Rien ne choque. Tout enveloppe, protège, caresse. Dans les moments de doute, c’est un réconfort.

 Photo « transhumances » : vitrail de Jacques Gruber au Musée de l’Ecole de Nancy.

George Harrison, vivre dans le monde matériel

Le film de Martin Scorsese, « George Harrison, living in the material world », a été réalisé en 2011, dix ans après la disparition du chanteur. Il nous décrit le parcours d’une personnalité forte et attachante.

 L’affiche du film (diffusé en deux DVD) nous montre le visage de George Harrison émergeant d’une surface liquide sereine, nous fixant d’un regard énigmatique. L’image est bien choisie : elle situe George entre deux mondes, l’eau et l’air étant une allégorie du matériel et du spirituel. Imprégné de spiritualité indienne, Harrison était convaincu que le corps n’est que l’enveloppe provisoire de l’âme. Son épouse, Olivia Harrison, raconte dans le film combien George avait été choqué par l’assassinat de John Lennon, non seulement parce qu’il perdait un ami cher mais aussi parce que celui-ci n’avait pas eu la chance de vivre consciemment ce passage qu’est la mort. George, dit Olivia, s’était entraîné toute sa vie en prévision de ce moment.

 Le film fut projeté en avant première à la Foundation for Art and Creative Technology de Liverpool, et c’est justice. Harrison et les Beatles sont nés à Liverpool, et ils sont traversés par l’énergie de cette ville anglaise et irlandaise, ouverte sur l’Océan, abîmée par la guerre et avide de vivre.

 La période Beatles est d’une extraordinaire fécondité artistique. Soumis à la pression de foules hystériques, le groupe ne trouve d’intimité qu’entre soi et forme une communauté de vie et de création. Peu à peu toutefois, des intérêts divergents s’expriment. Au nombre des raisons qui conduisent à l’éclatement du groupe en 1970 se trouve la frustration de George, dont peu de chansons sont acceptées. Des dizaines de titres inédits serviront de base à sa carrière en solo.

 Qualifié de « Beatle tranquille », s’exprimant d’une voix douce laissant le temps à la réflexion, George Harrison allait aussi au bout de ses passions. Il passa des jours à réciter les mantras de Hare Krishna, apprit la musique indienne aux côtés de Ravi Shankar, initia le premier concert mondial humanitaire (concert pour le Bangladesh en 1971), s’enthousiasma pour la course automobile avec Jackie Stewart, produisit les films des Monty Python, acheta un grand manoir néogothique en ruines, Friar Park à Henley (en amont de Londres sur la Tamise) le restaura, y installa un studio d’enregistrement et se révéla un paysagiste talentueux.

 Ce qui se dégage du film, c’est la capacité de George Harrison à se faire des amis et à les conserver. Ringo Star raconte la visite qu’il lui avait rendue dans la clinique en Suisse où il était hospitalisé, dans les derniers mois de sa maladie. Il avait pris congé, car il devait se rendre à Boston pour rencontrer sa fille, elle-même soignée pour un cancer. « Veux-tu que je t’accompagne ? » lui demanda George.