Gianni et les femmes

Après « le déjeuner du 15 août », dont « transhumances » a récemment présenté une recension, Gianni Di Gregorio a réalisé un second film, « Gianni e le donne », « Gianni et les femmes ».

 Di Gregorio joue lui même, comme dans le précédent film, le rôle de Gianni, un préretraité d’une bonne soixantaine d’années qui traine son ennui dans les rues de Rome. Gianni est environné de femmes : son épouse, avec qui il ne partage plus grand-chose ; sa fille, qui a imposé à la maison son petit ami et son oisiveté ; la voisine d’en dessous, une charmante jeune fille toujours sur les nerfs dont il promène le grand chien, Riccardo ; et surtout sa mère (Valeria De Franciscis), quatre vingt quinze ans et toute sa tête, qui mène la grande vie et l’appelle à tout bout de champ.

 Gianni est un gentil garçon qui, comme dans le « déjeuner du 15 août », ne sait pas dire non et se laisse envahir. Mais voilà que son ami Alfonso l’encourage à relever la tête et à se trouver une amante. De fait, les femmes adorent Gianni. Mais de drague malheureuse en fiasco, il se rend compte qu’elles adorent en lui le chevalier servant, le tonton ou le grand-père et jamais l’amant.

 Gianni voit dans la glace les poches sous ses yeux, il voit dans un vieillard promenant son chien l’exacte image de ce qu’il est en train de devenir. Le film glisse peu à peu vers une indicible tristesse, celle du lent et impitoyable vieillissement. Mais ce que les mots peinent à dire, le langage cinématographique de Di Gregorio l’exprime de manière poignante.

 Photo du film « Gianni et les femmes » : Gianni Di Gregorio et Valeria De Franciscis.

David Hare, je me sens anxieux

« C’est absurde », dit le scénariste britannique David Hare à Stuart Jeffries, journaliste au Guardian, « mais je me sens anxieux » (The Guardian, 3 septembre 2011).

 « Transhumances » a croisé plusieurs fois David Hare : en juillet 2011, pour son portrait de l’Archevêque de Cantorbéry ; en avril 2010 pour un article intitulé « le livre de Cantiques des Conservateurs » ; et en octobre 2009 pour sa pièce « the power of yes » sur la crise financière.

 David Hare s’est fait une spécialité : transmuter l’actualité en art. Ses pièces ont ainsi pour thèmes la privatisation des chemins de fer, l’invasion de l’Irak ou la faillite de Lehman Brothers. Mais il dit se trouver dans l’embarras : « C’est très dur d’écrire quand il semble que les pays ou les gouvernements ne contrôlent pas leurs propres destinées. Ils semblent livrés aux caprices d’un système qui a échoué de manière catastrophique et qui est tenu pour défectueux par ceux qui l’ont soutenu en première ligne (…) Nous avons une génération de leaders – Merkel, Sarkozy, Obama, Cameron – qui ne semblent pas avoir la moindre idée de ce qu’ils font. La politique n’est plus rien que des gens qui disent des paroles d’espoir avec leurs doigts croisés.

 « Pour moi l’expérience est très semblable à celle de la fin des années soixante dix. Nous nous attendions à ce que la Grande Bretagne sombre dans l’anarchie ou vire à gauche – et la Grande Bretagne vira à droite. Cela me réduisit au silence pendant quatre ans. Je ne savais pas quoi dire. »

 Photo « The Guardian » : David Hare.

La basilique Saint Julien de Brioude

 La basilique Saint Julien de Brioude, dans le Massif Central, est un chef d’œuvre de l’art roman.

 Nous quittons Anne et Benoît, qui nous ont chaleureusement accueillis dans leur superbe maison en Ardèche, et traversons le Massif Central de Privas au Mont Dore en remplissant nos yeux de paysages somptueux et en visitant à Brioude et Saint Nectaire des trésors de l’art roman.

 La basilique Saint Julien de Brioude est particulièrement intéressante. Elle présente de magnifiques chapiteaux. Un grand nombre de murs ont conservé leurs fresques d’origine – on sait que les églises du Moyen Age étaient intérieurement recouvertes de peintures et ignoraient la pierre nue que nous admirons tant aujourd’hui.

 Un artiste coréen, Kim en Joong, a été choisi il y a quelques années pour dessiner des vitraux seyant à cet édifice multiséculaire. Le résultat est excellent : le graphisme et les couleurs sont modernes mais participent de la même élévation d’âme que les architectes du onzième siècle avaient su insuffler à la basilique.

 Photo « transhumances »

Joan Miró, l’échelle de secours

L’exposition « Joan Miró, the ladder of escape » se termine dimanche 11 septembre à la Tate Modern à Londres.

 Nous avions visité le musée Miró à Barcelone et son atelier à Palma de Majorque. L’exposition de la Tate Modern me remet au contact de cet artiste puissant.

 Les premières peintures de Joan Miró, au début des années vingt, sont figuratives mais déjà emplies de symboles qui, en quelques années, vivront leur vie propre (en particulier, l’échelle, pont entre la terre où les pieds sont solidement posés et le ciel. C’est la créativité de l’artiste qui émerveille. Il invente son chemin, aidé par la pensée surréaliste qui l’invite à mettre l’inconscient aux commandes, mais surtout attentif à ne pas se censurer. A la fin de sa carrière, il travaillera sur des toiles partiellement brûlées et, à l’imitation de Pollock, sur le dégoulinement de la peinture sur une surface verticale.

 L’exposition insiste sur l’osmose entre Miró et son temps. Il n’a été militant de la gauche catalane que marginalement. Mais ses œuvres sont pénétrées de la souffrance du peuple catalan sous l’interminable dictature franquiste.

  Illustration : « l’échelle de secours » de Joan Miró, 1971.