La basilique Saint Julien de Brioude

 La basilique Saint Julien de Brioude, dans le Massif Central, est un chef d’œuvre de l’art roman.

 Nous quittons Anne et Benoît, qui nous ont chaleureusement accueillis dans leur superbe maison en Ardèche, et traversons le Massif Central de Privas au Mont Dore en remplissant nos yeux de paysages somptueux et en visitant à Brioude et Saint Nectaire des trésors de l’art roman.

 La basilique Saint Julien de Brioude est particulièrement intéressante. Elle présente de magnifiques chapiteaux. Un grand nombre de murs ont conservé leurs fresques d’origine – on sait que les églises du Moyen Age étaient intérieurement recouvertes de peintures et ignoraient la pierre nue que nous admirons tant aujourd’hui.

 Un artiste coréen, Kim en Joong, a été choisi il y a quelques années pour dessiner des vitraux seyant à cet édifice multiséculaire. Le résultat est excellent : le graphisme et les couleurs sont modernes mais participent de la même élévation d’âme que les architectes du onzième siècle avaient su insuffler à la basilique.

 Photo « transhumances »

Joan Miró, l’échelle de secours

L’exposition « Joan Miró, the ladder of escape » se termine dimanche 11 septembre à la Tate Modern à Londres.

 Nous avions visité le musée Miró à Barcelone et son atelier à Palma de Majorque. L’exposition de la Tate Modern me remet au contact de cet artiste puissant.

 Les premières peintures de Joan Miró, au début des années vingt, sont figuratives mais déjà emplies de symboles qui, en quelques années, vivront leur vie propre (en particulier, l’échelle, pont entre la terre où les pieds sont solidement posés et le ciel. C’est la créativité de l’artiste qui émerveille. Il invente son chemin, aidé par la pensée surréaliste qui l’invite à mettre l’inconscient aux commandes, mais surtout attentif à ne pas se censurer. A la fin de sa carrière, il travaillera sur des toiles partiellement brûlées et, à l’imitation de Pollock, sur le dégoulinement de la peinture sur une surface verticale.

 L’exposition insiste sur l’osmose entre Miró et son temps. Il n’a été militant de la gauche catalane que marginalement. Mais ses œuvres sont pénétrées de la souffrance du peuple catalan sous l’interminable dictature franquiste.

  Illustration : « l’échelle de secours » de Joan Miró, 1971.

Le crépuscule rappelle quelque chose

Le Palace Theatre de Watford accueille en ce début septembre des pièces produites pour le festival d’Edimbourg. L’une d’entre elles est l’œuvre de l’Américain Stephen Belber, « dusk rings a bell » (2010).

 La pièce a pour cadre une villégiature en bord de mer, en hiver. Comme le dit Molly, une femme de 39 ans fière d’être une spécialiste de la communication et de travailler « pour Jeff » à CNN, « la plupart des maisons d’été sont glaciales en hiver. Elles sont rarement isolées mais surtout elles sont simplement émotionnellement froides. Comme des salles de bal à 10h du matin ; ou des avions évidés de tous leurs sièges ; ou une famille dont le seul enfant lit beaucoup trop de livres ».

 En surface, Molly est heureuse. En réalité, au milieu de sa vie, elle a froid. Elle est venue dans la maison de vacances de son enfance récupérer la lettre que la petite fille de quatorze ans qu’elle était avait écrite à la femme de 39 ans qu’elle est maintenant. La gamine incitait l’adulte de demain à avoir confiance. Molly a-t-elle confiance ?

 Le gardien de la résidence, Ray, intercepte Molly après qu’elle a fracturé une fenêtre de la maison et récupéré la précieuse lettre. Ils se reconnaissent. Ils avaient eu un flirt lorsqu’ils étaient adolescents. Ray rêvait d’être chirurgien cardiaque, mais son projet s’est interrompu lorsqu’il a fait 10 ans de prison pour avoir assisté passif à l’assassinat d’un jeune homosexuel. Molly pensait au grand amour, à avoir des enfants, une vie enrichissante. Elle se trouve divorcée, seule et sans enfant.

 Molly et Ray essaient de comprendre ce qui leur est arrivé, et qui sait, à partir de là, d’inventer un avenir affranchi de la peur et de la culpabilité.

 La pièce est jouée derrière le rideau de scène du Palace Theatre, arrangée avec un petit espace scénique et quelques rangées de sièges. Les acteurs, Paul Blair (Ray) et Abi Titmuss (Molly) sont excellents.

 Abi Titmuss, une jeune femme de 35 ans, a une histoire personnelle peu banale. Après avoir exercé le métier d’infirmière, elle a posé pour des magazines masculins tels que « Nuts », a été désignée plusieurs fois comme une des femmes les plus sexy de Grande Bretagne et est devenue célèbre au point de faire l’objet d’écoutes téléphoniques de News of the World. En 2006, elle s’est tournée vers une carrière théâtrale, sans craindre de jouer dans des pièces difficiles et de diffusion limitée, comme celle de Belber.

 J’admire son parcours. Dans la pièce, Ray demande à Molly : « Quelle est la chose la pire que tu aies jamais faite ? » Après une hésitation, Molly lui répond « La pire chose… c’est que je ne prends jamais de risques ». Visiblement, Abi n’est pas Molly.

 Photo : affiche de « dusk rings a bell ».

Le Poët Laval (Drôme)

Le Poët Laval, Château des Hospitaliers
Exposition "la couleur dans tous ses états"

Le Poët Laval est un village médiéval près de Dieulefit dans la Drôme provençale.

 Le village et son château, les Hospitaliers, était en ruines au début du vingtième siècle. Des travaux de restauration ont été menés pendant des dizaines d’années à l’initiative d’une association et par des particuliers qui ont aménagé des hôtels de charme et des ateliers d’artiste. Poët Laval fut aussi une place protestante : on y trouve un petit musée du protestantisme et le point de départ d’un sentier de randonnée qui mène en Suisse et en Allemagne, lieux d’exil des huguenots chassés par les dragonnades.

 Dans le château de Poët Laval se donne jusqu’au 11 septembre une magnifique exposition de Jacqueline Carron (travail sur les couleurs), Sabine Boisson (photographies) et Isabelle Jacquet (sculptures). Les œuvres sont mises en valeur par un éclairage judicieux dans de belles salles aux pierres apparentes.

Vieille rue au Poët Laval

 Dans le village, Naima Carbonare expose dans son atelier « l’Artisterie » des peintures-collages inspirées de la nature.

 Ce village est un hymne à la beauté.

 Photos « transhumances »