Le Big Bang en question

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L’émission scientifique de la chaine britannique BBC2 « horizon » était le 9 mars consacrée à une question provocante : « est-ce que tout ce que nous savons de l’univers est faux ? ».

L’émission est tournée à la manière d’un thriller : images répétitives d’une expérience de gonflage et de « big bang » d’un ballon dans un hangar glacial, visages de scientifiques dans un miroir déformant, musique anxiogène. Elle inclut aussi des interviews de cosmologues d’universités américaines et anglaises, des images d’un télescope au Nouveau Mexique et un reportage sur un laboratoire installé dans une mine désaffectée du Minnesota, à 800 mètres de profondeur, pour tenter de prouver l’existence de l’antimatière.

La théorie du big bang, c’est-à-dire la création de notre univers par explosion et inflation à partir d’un noyau infiniment petit, est née d’un modèle mathématique qui, à partir de l’observation de la situation actuelle de l’univers, est capable de remonter le temps. Il a un très grand pouvoir explicatif : les phénomènes observés répondent bien, en général, à ce qu’il prédit. Mais avec les progrès des instruments d’observation, des anomalies apparaissent dans les températures ou les vitesses de rotation des galaxies. Les galaxies ne se comportent pas comme le modèle dit qu’elles devraient se comporter.

Pour intégrer les anomalies, le modèle doit ajouter de la gravité et inventer un phénomène invisible (« noir ») qui équilibre les équations. C’est ainsi qu’est apparue la « matière noire », qui serait invisible et pourrait traverser la matière que nous connaissons, ce qui explique l’installation du laboratoire dans le sous-sol du Minnesota. D’autres anomalies ont été constatées, ce qui a rendu nécessaire l’introduction dans le modèle de « l’énergie noire », qui remplirait le vide intergalactique. Plus récemment, d’autres observations ont conduit des cosmologues à faire l’hypothèse d’un « flux noir » qui pourrait provenir d’autres univers.  

Tout ce que nous savons de l’univers est-il faux ? Jamais la mathématique n’a été aussi développée et jamais notre observation de l’univers n’a été aussi riche. Mais l’histoire de la création racontée par la théorie du big bang a besoin de tant d’additifs « noirs » qu’un doute s’installe. Une révolution scientifique, pareille à la découverte de la loi de la relativité il y a un siècle, est-elle imminente ?

L’émission « Horizon » de BBC2 peut être vue sur http://www.bbc.co.uk/iplayer/

Photo du télescope spatial Hubble, galaxie spirale, http://www.hubblesite.org/

Documentaires britanniques

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Toutes les chaines de télévision britanniques présentent des documentaires d’une très grande qualité, pour la plupart réalisés selon un langage très codifié.

Les documentaires britanniques embrassent une grande variété de sujets : voyages, histoire, peinture, religions, architecture. Ils sont très souvent passionnants, ils fournissent une masse d’information et offrent des images magnifiques. Beaucoup de ces films ont été coulés dans le même moule. Un présentateur, homme ou femme, jeune ou âgé mais toujours sympathique et dynamique, en occupe le centre. Il a un discret signe de reconnaisance : un chapeau, une coupe de cheveux, un accent. On le voit se promener dans les rues ou arpenter des ruines, ou conduire dans des routes lointaines. Il nous prend à témoin de ses étonnements et en parle avec une passion communicative. De quelque événement qu’il soit le témoin, il tient à y participer : selon le contexte, il dansera avec des zoulous, accomplira des rites de purification, s’engagera dans une lutte gréco-romaine.

L’un de ces présentateurs mérite une mention spéciale : Paul Merton, vedette le lundi soir sur la chaine Five d’une émission intitulée « Paul Merton en Europe ». La dernière émission le montrait à Milan, visitant une boutique de mode dans le salon d’exposition de laquelle vit en permanence un jeune italien, avec son lit, son salon et, au rez-de-chaussée, la place de parking de sa Porsche. On le voyait à Florence assistant à un match de football à la mode Renaissance aux règles abscondes. A Rome, il visitait un home pour chats abandonnés, sous les ruines du bâtiment où Jules César fut assassiné. C’est bien enlevé et plein d’un humour typiquement britannique.

Attention ! Paul Merton visite la France la semaine prochaine !

(Photo : Paul Merton)

Deneuve, « Je veux voir »

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TV5 Europe vient de diffuser le film « Je veux voir » dans lequel Catherine Deneuve joue son propre rôle de spectatrice du Liban en ruine.

En visite au Liban en 2007 à l’occasion d’un gala, Catherine Deneuve demande à voir les séquelles des guerres, y compris celle déclenchée par Israël l’année précédente. Son voyage d’une journée à Beyrouth et dans le sud libanais est l’objet du film de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, « Je veux voir », de 2008.

Les fonctionnaires de l’Ambassade de France déconseillent ce périple : l’otage Deneuve n’aurait pas de prix ! Mais on ne résiste pas à une Diva. Voici Catherine passagère d’une voiture conduite par Rabih Mroué, une star du cinéma libanais et  escortée par une équipe de tournage et des gardes du corps.

L’expérience est traumatisante. Dans la banlieue de Beyrouth, l’équipe se voit interdire de filmer les immeubles détruits, mais il est difficile de comprendre par qui : par des habitants du quartier ? Par des autorités, de droit ou de fait ?

Rabih s’arrête dans le village du Sud Liban où il a passé son enfance. A son désespoir, il ne retrouve pas, parmi les ruines, la maison familiale. Le village est peuplé, mais nul ne vient lui parler et lui proposer de l’aide : hostilité de la population à l’égard d’intrus « voyeurs » ? Isolement par les autorités, françaises ou locales ? Nous ne le saurons pas davantage.

Le périple s’achève à la frontière avec Israël. Des chasseurs bombardiers passent à basse altitude à la vitesse du son et leur double bang est terrifiant. Rabih se trompe de route et s’engage dans un chemin non sécurisé. Par crainte des mines, les gardes du corps font irruption et bloquent le véhicule. Au poste frontière, d’interminables négociations s’engagent entre la force d’interposition de l’ONU et l’armée israélienne sur ce qu’il sera possible de filmer ou non.

Aux abords de Beyrouth, la voiture avance lentement le long d’un immense chantier en bord de mer où l’on sépare les gravas des immeubles détruits des armatures métalliques. Celles-ci sont récupérées, ceux-là sont rejetés à la mer. Une musique lancinante diffuse un intense sentiment d’absurdité.

Pendant tout le voyage, Catherine et Rabih échangent quelques regards et des paroles d’une affligeante banalité. Catherine parle plusieurs fois de la ceinture de sécurité, minuscule point d’ancrage dans le chaos. Catherine n’a rien de Deneuve. C’est une femme vieillie, effarée par ce qu’elle voit. Son regard dénote l’effroi, l’incrédulité et le dégoût. Mais c’est elle qui a voulu voir et elle se tient à cette résolution, courageusement.

(Affiche du film « Je veux voir »)

Transatlantic Sessions

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 La chaine culturelle anglaise BBC 4 présente « Transtlantic Sessions », une émission d’une demi-heure consacrée à la musique folk écossaise, irlandaise et américaine qui suscite l’enthousiasme.

Il est possible d’écouter la dernière « Transatlantic Session » sur http://bbc.co.uk/programmes/b00gtlnv. Le principe est que des musiciens se retrouvent pendant trois jours dans une vieille maison au cœur de l’Ecosse avec une équipe de télévision. Il y a un groupe permanent et des chanteurs ou instrumentistes folk d’Ecosse, d’Irlande ou d’Amérique invités. La salle dans laquelle ils jouent est haute de plafond, mais suffisamment petite pour que musiciens et chanteurs soient tout proches les uns des autres. Une grande variété d’instruments est utilisée du violon à l’accordéon, de la guitare à la cornemuse et du piano à la harpe celtique. Le réalisateur parvient à rendre palpable l’intimité du lieu et la jouissance des musiciens s’émulant les uns les autres dans la recherche de la perfection. C’est un pur délice.