Français et Britanniques en affaires

Préparatif pour le Jubilée dans un pub de Watford. Photo "transhumances"

La chambre de Commerce Française en Grande Bretagne a organisé le 12 juin à la Résidence de l’Ambassadeur de France en Grande Bretagne un débat consacré aux différences culturelles dans les relations d’affaires franco-britanniques.

 Un premier débat de ce type avait été organisé il y a deux ans. « Transhumances » en avait rendu compte le 25 septembre 2010 sous le titre « Britanniques et Français en affaires ». La structure du débat était la même : deux personnalités répondent aux questions de Peter Alfandary, vice-président de la Chambre et animateur de son forum interculturel, puis réagissent aux questions et contributions de l’assistance. Les deux invités, Sylvia Jay et Vincent de Rivaz, ont plusieurs points communs : ils sont tous deux détenteurs des plus grandes distinctions de la République et du Royaume, la légion d’honneur et «Commanders of the British Empire » (CBE) ; l’un et l’un et l’autre exercent des responsabilités dans deux entreprises françaises au Royaume Uni, L’Oréal et EDF ; ils ont l’un et l’autre vécu des deux côtés de la Manche. Elle est Anglaise, il est Français.

 Peter Alfandary alerte contre le piège de la ressemblance. Beaucoup de choses rapprochent les Britanniques et les Français, particulièrement à l’heure de la mondialisation. Il ne faudrait toutefois pas minimiser les différences culturelles. Un  britannique cadre supérieur d’une banque française raconte la mésaventure qui lui est arrivée lors d’une de ses premières réunions au siège de la banque à Paris. Il avait doucement répliqué à un collègue français : « je ne suis pas sûr d’être d’accord avec vous ! » A Londres, cela signifie « je suis radicalement hostile à votre proposition ». A Paris, on comprit qu’il l’approuvait tout à fait.

 Les Français prennent parfois « l’understatement », la minimisation de ce que l’on formule, pour de l’hypocrisie. Il suffit pourtant de savoir décoder. Dire que l’on a un léger problème quand on est au bord de la catastrophe, que l’on trouve un plat intéressant lorsqu’il est exécrable ou qu’une décision est brave lorsqu’elle est inepte, n’est-ce pas plus élégant et moins offensant que d’appeler vulgairement un chat un chat ? Il est vrai que décoder n’est pas toujours évident. Vivre à l’étranger requiert de l’humilité : il ne faut pas hésiter à faire répéter ou à reformuler lorsqu’on a le sentiment de ne pas comprendre. La capacité des Anglais à demander et à offrir spontanément de l’aide est probablement une qualité les distingue des Français.

 Lorsqu’un Anglais arrive en retard à une réunion, il cherche une place le plus discrètement possible ; un Français va faire le tour de la table pour saluer les participants. L’un et l’autre se veulent polis. Pour le premier, la politesse consiste à ne pas déranger ; pour le second, à ne pas omettre les salutations.

 Certains comportements managériaux s’enracinent fortement dans l’éducation. Le système éducatif français sélectionne et promeut une élite et décourage impitoyablement les médiocres ; le système britannique  cherche la réussite du plus grand nombre. Beaucoup d’entreprises françaises fonctionnent encore sur la culture du blâme et de la peur ; au contraire, c’est une culture d’encouragement qui prévaut au Royaume-Uni.

 Y a-t-il plus d’égalitarisme dans la culture managériale au Royaume-Uni qu’en France ? On peut citer les considérables efforts consentis pour promouvoir la différence et éviter la discrimination par sexe, race ou âge. A Londres, nul ne se sent jugé de haut parce qu’il parle avec l’accent de Newcastle ou de Cardiff, voire de New Delhi. A Paris en revanche, on traitera avec condescendance quelqu’un qui s’exprime avec l’accent chti, marseillais ou antillais. Sans doute faudrait-il approfondir ce débat sur l’égalité. De nombreux sociologues notent que les différences culturelles de classes sont bien plus sensibles, dès la petite enfance, en Grande Bretagne qu’en France, pays où l’aristocratie se gagne au mérite, au sortir de l’adolescence, dans les grandes écoles.

 On ne peut surestimer l’importance du verre de bière après 16h le vendredi. A la City, il ne s’agit pas seulement du vendredi d’ailleurs, mais de tous les jours à partir de 5 heures de l’après-midi, avec des dizaines de personnes massées sur les trottoirs de dizaines de pubs quel que soit le temps. On y trouve des assureurs, des banquiers, des brokers, des concurrents. On y parle de tout, de la famille, du sport et du business. Il s’y forme un véritable mercato, comme entre les clubs de football, où l’on identifie et débauche les talents. Le marché financier de Londres tire sa vitalité de cette promiscuité dans la bière et le vin blanc. C’est peut-être cela qui fait de la Grande-Bretagne une « trading nation », une nation commerçante. La culture du pub est bien différente de celle du repas d’affaires français. Le pub est ouvert et multidirectionnel. Le repas d’affaires est ciblé et instrumental. Le repas d’affaires est une affaire de raison ordonnée à un but. Le pub est un espace émotif ouvert. Il y a peut-être là une vraie différence culturelle dans le milieu des affaires entre la France et la Grande Bretagne.

La Mackintosh House à Glasgow

 

Le salon de Mackintosh House. Photo Hunterian Art Gallery.

La ville de Glasgow, comme Manchester ou Birmingham, est née de la révolution industrielle. Son urbanisme en damier et ses édifices victoriens ne sont pas particulièrement esthétiques. Mais la ville tente de se réinventer belle. Elle s’appuie pour cela sur une icône de l’Art Nouveau, Charles Rennie Mackintosh et son épouse Margaret Macdonald.

 Il n’y a pas vraiment de quartier ancien à Glasgow. La Cathédrale était certainement au centre de la petite ville moyenâgeuse. C’est aujourd’hui un très beau témoignage de l’art gothique, illuminé de vitraux installés ces dernières années. Mais elle semble toute petite à côté de l’immense hôpital victorien qui la jouxte. Elle est dominée par une colline nécropole à la gloire des commerçants et industriels qui firent la fortune de la ville au dix-neuvième siècle, comme Colin Dunlop, décédé en 1837. Elle est aujourd’hui située à près de 2 km de George Square, qui marque le centre de la ville moderne.

 Au nord-ouest de Glasgow, on traverse un quartier très résidentiel puis un joli parc, on passe non loin du Helvingrove Museum et l’on parvient à l’Université. Celle-ci abrite, dans un bâtiment moderne, la Hunterian Art Gallery, actuellement fermée pour réaménagement, à l’exception de la Mackintosh House.

 La maison de l’architecte, designer et artiste Charles Rennie Mackintosh (1868 – 1928) et de son épouse Margaret Macdonald Mackintosh (1864 – 1933), artiste et designer, est actuellement accolée à la Hunterian. En réalité, elle se situait du vivant des artistes à quelques centaines de mètres plus loin. Ce que nous voyons aujourd’hui est une reconstruction de certaines pièces dans leurs dimensions d’origine et leur agencement initial, décorées avec du mobilier et selon le design des deux artistes.

 La maison est petite, mais chaque pièce constitue un éblouissement. Le salon, blanc avec des touches de couleurs, est inondé de lumière. La salle à manger est plus sombre, meublée avec des chaises de bois obscur dotées d’un dossier tout en hauteur. Des rayures donnent de la profondeur à la chambre à coucher, dont les murs et le plafond sont animés de bandes parallèles. Le spectateur reste saisi par l’harmonie de l’ensemble, la créativité, le sens de la retenue dans une évocation tout en nuances.

 Mackintosh et Macdonald sont associés à l’Art Nouveau. Il y a du vrai : certains de leurs posters font penser à Alfons Mucha, certaines de leurs peintures à Gustav Klimt. Mais on est loin de l’effusion végétale de Horta à Bruxelles, Gaudi à Barcelone, ou encore Vallin, Gallé, Majorelle ou Gruber à Nancy. L’esthétique de Mackintosh et Macdonald est plus abstraite, elle se fonde largement sur des formes à angle droit ; elle est aussi plus modeste, laissant de grands espaces vides de décoration, riches seulement d’une peinture à plat soigneusement posée dans un délicat antagonisme ou une subtile complémentarité avec d’autres surfaces.

 Plusieurs bâtiments de Glasgow ont été dessinés par Charles Mackintosh avant que la chute des commandes liée à la première guerre mondiale le pousse à la faillite et à l’exil, d’abord à Londres, puis en France à Port Vendres. La Glasgow School of Arts est de ceux-là. Nous n’avons pu visiter l’intérieur, car l’Ecole était occupée par des étudiants en examen. Mais la façade est intéressante par ses proportions harmonieuses et par l’usage, toujours en petite touche, de la ferronnerie, pour animer les volumes.

Façade de la Glasgow Scool of Arts par C. R. Mackintosh. Photo "transhumances"

Jubilée

 

Street Party à Edimbourg, photo The Telegraph

Les fastes, la parfaite organisation et l’enthousiasme général des Britannique pour le Jubilée de Diamant de la Reine Elizabeth II ont été unanimement soulignés par les commentateurs. C’est pourtant la multiplication d’événements locaux, les « street parties », qui suscite le plus mon admiration.

 Partout au Royaume Uni, les citoyens ont dressé des tables dans la rue, pavoisé les maisons et le mobilier urbain et partagé leur repas, la bière et le vin. Dans certaines villes, comme Greenwich, plusieurs milliers de personnes ont ainsi occupé la chaussée et fraternisé avec des inconnus. Dans des localités plus petites, l’initiative est venue d’individus qui ont contacté leurs voisins, demandé l’autorisation de la maréchaussée et organisé des agapes dont on se souviendra longtemps, pour le repas partagé par des gens ordinairement séparés par leur quant-à-soi et pour la ferveur commune dans une extraordinaire célébration.

 Dans « The Big Issue » (4 – 10 juin), le journal des sans-abri, son fondateur et rédacteur en chef John Bird, s’exprime ainsi : « dans l’esprit de la plupart des gens, « jubilée » est devenu une variante de « jubilation » : des raisons d’être joyeux, pour ainsi dire. Mais il y a un sens plus profond qui remonte aux Egyptiens et, à partir d’eux, aux Hébreux. Et c’est « pardon ».

 « Pas seulement « vous êtes pardonnés », mais « vos dettes sont pardonnées ». De temps à autre, un jubilée, qui se produisait habituellement tous les 25 ou 50 ans, signifiait que l’on restituait aux pauvres la liberté et les terres qu’ils pouvaient avoir auparavant. Et leurs dettes étaient annulées.

 C’était une tentative pour restaurer la justice, ou un certain niveau de justice, de façon à atteindre de nouveau un équilibre social, plutôt que d’avoir un petit nombre de gens très riches et une masse de gens pauvres. Il s’agissait de mettre fin à l’anomalie qui consiste en ce que les pauvres deviennent plus pauvres et les riches plus riches.

Tout en se défendant d’anti-monarchisme, John Bird suggère que, à l’occasion de son jubilée, la Reine attribue aux paroisses, aux villes et aux hameaux les biens confisqués à l’Eglise durant la Réforme et devenus patrimoine royal.

 Il faut réallouer des ressources précieuses, dit John Bird. Et une année du jubilée pourrait être le bon moment pour un certain pardon des dettes et une certaine redistribution. »

Street Party à Chalfont St Giles, Buckinghamshire. Photo The Telegraph

Les eaux sombres du Loch Lomond

A une cinquantaine de kilomètres au nord de Glasgow, la région des Trossachs offre aux randonneurs plusieurs sommets de plus de 900 mètres et des lacs magnifiques, dont le Loch Lomond.

 « Loch Lomond » est un nom familier aux lecteurs des albums de Tintin : c’est celui du whisky favori du Capitaine Haddock. Dans la réalité, c’est un lac étroit de 37 km de long qui se faufile dans un paysage de moyenne montagne.

 Lorsque nous empruntons le sentier littoral, le temps est plutôt ensoleillé. Le chemin progresse le plus souvent sous une futaie, mais il traverse aussi des prairies parsemées de fougères et de bleuets. La surface du lac est sombre et l’imagination s’égare dans les profondeurs de légendes englouties.

Photos « transhumances ».