La population de Grande Bretagne

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Le quotidien britannique The Guardian vient de publier une série de suppléments intitulés « dossiers factuels » (fact files) sur divers aspects de la Grande Bretagne : www.guardian.co.uk/datablog. Le premier de ces dossiers était consacré à la population. Voici quelques uns de mes étonnements.

Il y avait en Grande Bretagne 1.98 enfants par femme en 2008 contre 2.71 en 1960. La fécondité reste cependant beaucoup plus élevée que dans d’autres pays européens, notamment ceux du sud.

Environ 6 millions de personnes sont venues habiter en Grande Bretagne depuis 1997, et 4 millions l’ont quittée. Plus de 11% de la population n’est pas blanche.

Il y a eu 232.990 mariages en 2008, deux fois moins qu’en 1972. Mais les mariages durent un peu plus longtemps : 11,5 ans en 2008 et 10,2 ans dix ans plus tôt. En 2007, 44% des naissances ont eu lieu hors mariage, elles n’étaient que 6% en 1961.

Les prénoms les plus fréquemment donnés aux petits garçons en 2008 étaient Jack, Oliver et Thomas ; aux filles, Olivia, Ruby et Emily.

37 millions de Britanniques se disent chrétiens, sept millions ne se réclament d’aucune religion, les Musulmans sont 4.5 millions, les Hindous 0.6 million, les Sikhs 0.3 million, les Juifs 0.3 million et les Bouddhistes 0.1million. La fréquentation des églises est actuellement de 6% de la population, contre 11% il y a trente ans.

Photos : Maison du Parlement à Londres, « transhumances »

Le Royaume d’Ifé

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Le British Museum présente jusqu’au 6 juin une belle exposition intitulée « Kingdom of Ife, sculptures from West Africa ».

Ainsi que le dit le prospectus de l’exposition, « Le Royaume d’Ifé était une cité-Etat puissante, cosmopolite et riche en Afrique de l’Ouest (dans ce qui est maintenant le sud-ouest du Nigéria). Il prospéra comme un centre politique, spirituel et économique du douzième au quinzième siècles de notre ère. Il fut un point de convergence de réseaux commerciaux locaux et de longue distance. Cette exposition majeure présente des exemples exquis de sculptures d’Ifé en cuivre, en pierre cuite et en pierre. »

La découverte des statues d’Ifé à partir de 1910 révolutionna la compréhension de l’art africain par les occidentaux. Jusque là, les masques rituels nous avaient orientés vers une interprétation abstraite, rituelle, stylisée. Les sculptures d’Ifé sont au contraire naturalistes. Les visages sont multiples, scarifiés de multiples façons. Les artistes ont voulu leurs œuvres ressemblantes. Sans aucun doute, ce sont des hommes puissants d’il y a plus d’un demi millénaire que nous contemplons tels qu’ils étaient de leur vivant.

Il se dégage de ces œuvres beauté, force et sérénité.

Photo : couverture du catalogue de l’exposition

Nouvelle ère politique en Grande Bretagne

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Quel que soit le résultat des élections législatives au Parlement Britannique le 6 mai prochain, quelque chose de très profond parait avoir changé : le bipartisme entre Conservateurs et Travaillistes semble bien mort.

En un sens, la Grande Bretagne est déjà entrée dans le tripartisme. Pour la première fois, un débat télévisé a été organisé entre les « premier-ministrables » ; et pour la première fois,  le troisième parti, Libéral-Démocrate, a été invité.

Son leader, Nick Clegg, est apparu comme le grand vainqueur du premier des trois débats. Du coup, son parti est crédité d’environ 30% dans les sondages, après le Parti Conservateur mais avant le Parti Travailliste.

Dans The Observer du 25 avril, Will Hutton stigmatise « un système de votre grotesque » qui contribue à une Grande Bretagne injuste. Et pour cause. Utilisant le logiciel de simulation de sièges de la BBC, le journaliste découvre que si les trois partis se partageaient chacun 30% des voix, les Travaillistes obtiendraient 315 sièges, les Conservateurs 206 et les Libéraux Démocrates seulement 100. Imaginant que les Conservateurs obtiennent 33%, les Libéraux 30% et les Travaillistes 27%, les Travaillistes obtiendraient malgré tout une majorité de sièges (262), les Conservateurs arriveraient en deuxième position (257) et les Libéraux Démocrates seraient à la traine avec 102 sièges.

Le système du premier concurrent arrivé au poteau dans chaque circonscription a été défendu jusqu’à présent tant par les Travaillistes que par les Conservateurs. Ces derniers escomptaient une victoire écrasante qui leur aurait permis de redessiner à leur guise la carte électorale.

Cette fois, il semble que les choses vont changer. Il y a de fortes chances que les Britanniques élisent un « Parlement suspendu » (Hung Parliament) sans majorité absolue. Les Libéraux Démocrates marchanderont alors leur participation au Gouvernement contre une loi électorale. Et même si un parti obtient la majorité absolue, la sous-représentation au Parlement des Libéraux Démocrates poserait un problème de légitimité tel qu’il ne pourrait être ignoré. Une dose de proportionnelle devrait être de toute manière injectée dans le système.

Photo : Nick Clegg, Gordon Brown et David Cameron avant le second débat télévisé, sur Sky News. Photo The Guardian

Inégalités en Grande Bretagne

  

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Le quotidien britannique The Guardian s’est fait l’écho récemment des recherches d’un universitaire de Sheffield, Danny Dorling, qui tendent à prouver que les inégalités s’accroissent en Grande Bretagne, malgré les politiques impulsées par le Parti Travailliste.

Dorling indique qu’à Londres, les 10% les plus riches ont un patrimoine moyen de £933.563 contre un maigre £3.420 pour les 10% les plus pauvres, soit un facteur 273. « L’écart de richesse a produit un inquiétant écart de santé. L’espérance de vie à la naissance du groupe le plus riche croit chaque année d’un an, alors que les plus pauvres ne voient presque aucun accroissement. En 2008, une femme née dans les quartiers huppés de Kensington et Chelsea pouvait espérer jusqu’à 88 ans et neuf mois – un an auparavant elle aurait pu atteindre 87.9 ans. A Glasgow, par contraste, les femmes peuvent espérer vivre jusqu’à 77.1 ans en 2007, mais elles n’ont gagné qu’un mois en 2008 pour atteindre 77.2 ans. »

Danny Dorling souligne que les riches tendent à se séparer du reste de la société, à vivre dans des quartiers isolés, à envoyer leurs enfants dans des écoles différentes. Cette ségrégation choisie peut avoir un effet négatif pour le Parti Conservateur : son électorat est de plus en plus concentré dans quelques circonscriptions. Comme l’élection est par scrutin uninominal à un tour, le parti manque d’électeurs dans les circonscriptions populaires : le Parti Travailliste pourrait remporter plus de sièges aux élections du 6 mai même s’il obtient moins de voix.

Le chercheur identifie six ensembles de croyances – élitisme, exclusion, préjugé, avidité et désespoir, qui remplacent les cinq fléaux sociaux à l’aube de l’Etat Providence : l’ignorance, le besoin, l’oisiveté, la misère noire et les maladies. Il considère que les politiciens britanniques ont accepté et encouragé l’idée que l’inégalité est fâcheuse mais inévitable au lieu de la voir, d’abord et avant tout, comme injuste. Il affirme que les politiques travaillistes les plus progressistes, comme la réduction de la pauvreté chez les enfants, sont rendues inutiles par un système élitiste qui permet aux « super-riches » d’accumuler des niveaux record de richesse.

(Photo : yacht Odyssey II, www.shipphotos.co.uk)