L’humour de Steve Bell

 

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Les caricatures de Steve Bell dans le quotidien britannique The Guardian sont une merveille d’humour et de pertinence. Je ne résiste pas au plaisir de reproduire celle-ci, réalisée d’après Charles Adams, qui fait suite aux récrimitations du pape contre les lois britanniques contre les discriminations. Le pape semble étonné de se retrouver en compagnie de personnages aussi bizarres, mais il est l’un d’entre eux.

Documentaires britanniques

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Toutes les chaines de télévision britanniques présentent des documentaires d’une très grande qualité, pour la plupart réalisés selon un langage très codifié.

Les documentaires britanniques embrassent une grande variété de sujets : voyages, histoire, peinture, religions, architecture. Ils sont très souvent passionnants, ils fournissent une masse d’information et offrent des images magnifiques. Beaucoup de ces films ont été coulés dans le même moule. Un présentateur, homme ou femme, jeune ou âgé mais toujours sympathique et dynamique, en occupe le centre. Il a un discret signe de reconnaisance : un chapeau, une coupe de cheveux, un accent. On le voit se promener dans les rues ou arpenter des ruines, ou conduire dans des routes lointaines. Il nous prend à témoin de ses étonnements et en parle avec une passion communicative. De quelque événement qu’il soit le témoin, il tient à y participer : selon le contexte, il dansera avec des zoulous, accomplira des rites de purification, s’engagera dans une lutte gréco-romaine.

L’un de ces présentateurs mérite une mention spéciale : Paul Merton, vedette le lundi soir sur la chaine Five d’une émission intitulée « Paul Merton en Europe ». La dernière émission le montrait à Milan, visitant une boutique de mode dans le salon d’exposition de laquelle vit en permanence un jeune italien, avec son lit, son salon et, au rez-de-chaussée, la place de parking de sa Porsche. On le voyait à Florence assistant à un match de football à la mode Renaissance aux règles abscondes. A Rome, il visitait un home pour chats abandonnés, sous les ruines du bâtiment où Jules César fut assassiné. C’est bien enlevé et plein d’un humour typiquement britannique.

Attention ! Paul Merton visite la France la semaine prochaine !

(Photo : Paul Merton)

Le pape contre l’Equality Bill

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 Le pape Benoît XVI vient de critiquer les lois introduites par le Parti Travailliste britannique contre les discriminations.

Le pape s’adressait le 1er février à 35 évêques catholiques britanniques venus à Rome en visite « ad limina ». Il annonça sa visite d’Etat au Royaume Uni, probablement en septembre. Jean-Paul II avait effectué une visite « pastorale » en 1982.

Il s’en est pris aux lois impulsées par le Parti Travailliste et en particulier à « l’Equality Bill », défendue au Parlement par la ministre Harriett Harman. Cette attaque survient à quelques semaines des élections générales.

« Votre pays, a-t-il dit, est bien connu pour son ferme engagement en faveur de l’égalité d’opportunité pour tous les membres de la société. Pourtant, comme vous l’avez justement indiqué, l’effet d’une partie de la législation destinée à achever ce but a été d’imposer d’injustes limitations à la liberté des communautés religieuses d’agir selon leurs croyances. D’une certaine manière, elle viole la loi naturelle sur laquelle se fonde l’égalité de tous les êtres humains et par laquelle elle est garantie ». Il a invité les catholiques britanniques à se faire entendre d’une seule voix et avec un zèle missionnaire dans ce débat.

De nouveau, c’est le statut des homosexuels et des transsexuels qui est au cœur de la position pontificale. Le Gouvernement veut empêcher que quiconque les discrimine dans l’exercice de leurs droits. L’Eglise prétend les écarter des institutions qu’elle contrôle, même si leur personnalité et leur compétence professionnelle les qualifie pour les postes à pourvoir. Elle exige aussi que les associations d’adoption dans son giron puissent refuser a priori les couples homosexuels.

Au premier abord, la position du pape peut s’analyser comme une demande d’exemption de la règle commune, ce qui en soit pose problème. Mais la référence à la « loi naturelle » fait dresser l’oreille. Qui peut interpréter la loi naturelle ? Pas le Parti Travailliste, semble-t-il, selon le Saint Père ! Seule l’Eglise Catholique détient la plénitude de la vérité. Il est de son devoir « missionnaire » d’exercer son influence dans les cabinets ministériels et les parlements. Et si elle exerce le pouvoir, peut-on lui reprocher d’imposer à tous ce bien inestimable qu’est la loi naturelle ? Que faire alors des irréductibles ? L’ombre de l’Inquisition est-elle si loin ?

Les mouvements laïcs et de défense des droits des homosexuels promettent à Benoît XVI une réception pleine de couleurs au Royaume Uni en septembre.

(Photo de www.vatican.va)

Varekai, Cirque du Soleil

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  Le Cirque du Soleil donne au Royal Albert Hall de Londres Varekai, un spectacle total qui associe art du cirque, chorégraphie et musique.

Varekai est le quatorzième spectacle du Cirque du Soleil, qui se définit lui-même comme « un mélange théâtralisé des arts du cirque (sans animaux) et de la rue, appuyé par des costumes loufoques et saugrenus, des éclairages magiques et une musique originale ».

C’est véritablement une superproduction, avec plus de soixante musiciens, clowns, jongleurs, acrobates, danseurs. La machinerie est impressionnante : en arrière de la scène, un décor de tiges de bambou évoque la forêt et camoufle partiellement l’orchestre. Un plateau tournant, des trappes dont s’échappent des fumées et qui engloutissent les personnages, des jeux de lumières créent un sentiment d’irréalité que viennent souligner les costumes improbables des personnages. Au dessus de la scène, une passerelle métallique sert de support aux trapèzes, cordes, tissus, filets utilisés par les acrobates au cours du spectacle et donne à l’action une dimension verticale.

Le génie du Cirque du Soleil est de transposer dans l’esthétique et la sensibilité contemporaines la magie du cirque, faite de jongleurs, de clowns, de trapézistes, de contorsionnistes. Les accessoiristes eux-mêmes participent de la chorégraphie et font disparaître les objets comme par magie. Le spectacle est multidimensionnel. Il se joue littéralement dans les trois dimensions spatiales, mais aussi dans les couleurs et dans les sonorités. Il est radicalement multiculturel, non seulement parce que les membres de la troupe viennent des cinq continents, mais aussi parce qu’il emprunte aux traditions artistiques et musicales d’Europe, d’Amérique, du Moyen Orient, d’Afrique et d’Asie.

Les numéros d’acrobatie sont exécutés avec une extraordinaire virtuosité, mais sont aussi sublimés par la polychromie des costumes et le rythme de la musique et du chant. Les numéros de clown, un grand classique du cirque, sont totalement innovants et franchement désopilants : un prestidigitateur est affligé d’une partenaire qui glisse, trébuche et transforme chaque tour de magie en une hilarante catastrophe ; un crooner interprète une chanson de Jacques Brel et court d’un endroit à l’autre de la scène à la poursuite d’un faisceau de projecteur fantasque.

Il n’y a ni trois coups frappés ni rideau ouvert pour marquer le début du spectacle. Des personnages bizarres apparaissent un à un sur la scène, et le projecteur suit l’activité « d’ouvreurs » atypiques munis d’un plumeau pour dépoussiérer les sièges et le crâne chauve de spectateurs. Peu à peu, on entre dans un univers magique. « En bas, une forêt dense et ténébreuse, le destin appelle, vous interpelle. En haut, une luciole voltige. Soudain, le ciel s’ouvre laissant une brise, douce et invitante, courir jusqu’à vous. Le temps d’un soupir, vous êtes soulevé dans les airs, emporté, transporté, un instant plus tard, vous êtes déposé délicatement dans les bras de créatures de l’abîme… mystiques et espiègles habitants des ténèbres, mais n’ayez crainte ; peu importe où le vent vous emporte, vous serez toujours chez vous. »

Le Cirque du Soleil nous invite à une quête, à errer allègrement, à considérer que c’est une chance que de ne pas trouver ce que l’on cherche, à considérer la crise comme un rite de passage. Dans notre loge du Royal Albert Hall, à l’entracte de Varekai, un jeune homme s’agenouille devant son amie et lui offre une bague de fiançailles. Nous sommes conscients de vivre un exceptionnel moment de poésie et d’apesanteur.

(Photo du spectacle Varekai, www.cirquedusoleil.com)