Industry Dinner

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  Chaque année en novembre, les assureurs crédit britanniques se retrouvent pour un dîner de gala qui n’a d’équivalent dans aucun pays au monde.

Le dîner annuel de l’industrie de l’assurance du risque commercial, de la caution et du risque politique est un événement qu’aucun cadre supérieur de compagnie ou de société de courtage ne voudrait manquer. L’invitation est lancée, au nom de la profession, par une compagnie ou un cabinet de courtage désignés par consensus d’une année sur l’autre parmi les volontaires. Elle mentionne que la réception est à 7:00pm, le dîner à 7:45pm et les voitures à 2:00am et que le code vestimentaire est « black tie », habit de soirée.

Un maître de cérémonie en habit rouge s’assure du bon déroulement des opérations. Le dîner commence par le discours du représentant de l’entreprise organisatrice et le bénédicité. Il y a environ 300 personnes installées par tables de 10, chaque compagnie ou société de courtage ayant réservé une ou plusieurs tables. Au dessert, le maître de cérémonie se transforme en commissaire priseur et met aux enchères des lots offerts par les entreprises participantes : le bénéfice ira au profit d’une « charity » (œuvre humanitaire), cette année une association d’aide aux personnes autistes. Il présente ensuite l’humoriste qui fera un one-man-show d’environ une demi-heure. Celui de l’an dernier avait été irrésistible de drôlerie et de cruauté, extrapolant la tonalité catastrophiste du discours inaugural de l’hôte de la soirée. Cette année, un autre comédien a été choisi et c’est franchement loupé : il enchaine des plaisanteries incompréhensibles pour moi, mais dont mes voisins de table m’expliquent qu’elles reposent sur une exploitation de mauvais goût des stéréotypes culturels attribués aux Gallois, aux Irlandais et aux Ecossais.

Le dîner formel s’achève vers 23 heures et commence alors ce que les participants attendent le plus : l’occasion de retrouver, au bar ou sur la piste de danse, d’anciens collègues. « L’industrie » de l’assurance crédit fonctionne à Londres comme une communauté professionnelle. Contrairement à ce qui se passe dans les pays du Continent, passer d’une société de courtage ou d’une compagnie à l’autre n’a pas l’odeur de souffre d’une semi-trahison. Progresser professionnellement en passant d’une entreprise à l’autre est au contraire vécu de manière positive : c’est accepter de prendre des risques, c’est choisir de se frotter à des environnements différents, c’est saisir sa chance. Les connexions entre les participants au dîner annuel sont nombreuses. Tous ont travaillé avec des dizaines d’autres à différentes étapes de leur vie professionnelle. Ils sont heureux de reprendre le fil de ce qu’ils ont vécu ensemble. Les meurtrissures des combats commerciaux et l’anxiété de la crise se diluent dans les vapeurs d’alcool.

(Photo Lloyds: extérieur du bàtiment des Lloyds dans la City à Londres)

Quand un grand client fait faillite

 La page « PME » du  Sunday Times du 9 novembre a publié un article de Rachel Bridge intitulé « comment réagir quand un grand client fait faillite ? »

« Les experts en faillites estiment qu’environ 80% des entreprises qui perdent un grand client ne survivent pas. Selon la Federation of Small Businesses, environ 10% des petites entreprises qui font faillite le font parce qu’un client n’a pas été capable de payer ses factures. Cela veut dire que l’an prochain quelque 3.600 PME au Royaume Uni vont faire faillite à cause d’une faute qu’ils n’ont pas commise. Le problème est d’autant plus grave que les petites entreprises n’ont souvent pas accès à l’assurance crédit, ce qui les laisse complètement vulnérables si quelque chose tourne mal. »

La première règle, disent les experts consultés par la journaliste, est de faire un diagnostic clairvoyant sur les possibilités de survie de l’entreprise après la catastrophe que représente la faillite d’un grand client et sur les conditions de cette survie. Elles passent le plus souvent par la négociation de délais de paiement avec des fournisseurs et d’une extension des lignes de crédit par la banque. S’il est indispensable de réduire la taille de la structure, il faut le faire d’un coup. La journaliste cite Keith Hunt, managing partners de Results International : « la règle d’or, coupez profond et coupez sec. Le pire que vous puissiez faire au personnel, c’est de débiter des tranches de salami, supprimant un poste une semaine et un autre la suivante (…) Vous devez communiquer très clairement ce que vous faites ». Il faut aussi ne pas craindre d’investir, comme cette agence de marketing qui, après la perte d’un grand client, se lança dans une opération commerciale pour en conquérir de nouveaux et recruta un directeur de la création poids lourd dans sa profession.

L’article souligne aussi l’importance d’une gestion active du crédit clients. Il faut par exemple facturer d’avance aux clients les sommes correspondant aux investissements que l’on est obligé de faire dans le cadre de contrats passés avec eux, et vérifier régulièrement leur solvabilité.

 

La guerre de Spike

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Le Place Theatre de Watford vient de produire une pièce drôle et émouvante : « Adolf Hitler, mon rôle dans sa chute, de Spike Milligan », en tournée dans une vingtaine de villes du Royaume Uni jusqu’en mai 2010.

Terence Alan Milligan, dit Spike (1918 – 2002) a été désigné par un sondage de la BBC en 1999 comme « la personne la plus drôle des 1000 dernières années. » Musicien de jazz, scénariste de pièces pour la radio, écrivain, il publia sept tomes de ses mémoires de guerre. La pièce montée par Tim Caroll s’inspire de plusieurs d’entre eux : « Adolf Hitler, mon rôle dans sa chute » ; « Monty, son rôle dans ma victoire » et  « Mussolini, son rôle dans ma chute ». Il demanda que sur sa tombe l’on inscrivît : « je vous avais bien dit que j’étais malade ! »

Autant dire qu’il n’y a ni fait d’armes ni héroïsme dans la guerre de Spike. Affecté à un régiment d’artillerie, il est piètre soldat, et de Dunkerque à  Dieppe, puis de l’Afrique du Nord à l’Italie, sa terreur des canons ne fait que croître jusqu’à ce qu’il termine sa guerre en 1944, classé psychonévropathique dans un camp de réhabilitation près de Naples. Sa contribution à la défaite d’Hitler, c’est de ne s’être jamais laissé impressionner par l’idéologie nazie. Avec un groupe de copains, ils forment un orchestre de jazz et pratiquent entre eux un humour déjanté sur lequel la guerre n’a pas de prise.

Jouée par cinq acteurs remarquables, dont un débutant, Sholto Morgan, dans le rôle de Spike, la pièce est menée tambour battant, avec des chansons, des effets scéniques, des moments d’une irrésistible drôlerie, et d’autres nostalgiques ou tragiques comme cette scène où Spike communique par téléphone avec un soldat pendant un bombardement jusqu’à ce que le silence, définitif, s’établisse au bout de la ligne.

Comme le dit la présentation de la pièce, « haute comédie et tragédie entrent en collision à mesure que nous suivons Spike et son quartet de jazz, à la dérive sur la marée des grands événements historiques. Pour utiliser les mots de Milligan lui-même, la pièce fusionne joyeusement la comédie, la chanson et la danse – montrant comment l’humour, la musique et la camaraderie permirent à un groupe d’infortunés jeunes gens de prévaloir contre la puissance de la machine de guerre nazie ».

Euroscepticisme Tory(de)

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 Le leader Conservateur David Cameron vient d’annoncer la politique européenne de son parti. Il s’est attiré une riposte d’une clarté inattendue du Secrétaire d’Etat français aux Affaires Européennes, Pierre Lellouche.

David Cameron a annoncé le 4 novembre que son parti revenait sur sa promesse de soumettre l’approbation du traité de Lisbonne à référendum. En contrepoint de cette reculade, le leader Tory tint des propos d’un euroscepticisme torride : « plus jamais un gouvernement britannique n’autorisera que des pouvoirs soient transférés à l’Union Européenne, comme ils l’ont été par le Traité de Lisbonne, sans l’accord du peuple britannique (…) On a dit aux gens que nous allions rejoindre un Marché Commun, et il s’avéra que c’était une Union Européenne. On leur a dit qu’ils auraient leur mot à dire sur la constitution européenne, mais cette promesse n’a pas été tenue. » Il indiqua qu’un gouvernement Tory ferait voter une loi sur la souveraineté nationale garantissant que l’autorité ultime serait celle du Parlement, qu’un référendum serait organisé avant un éventuel passage à l’Euro et avant tout transfert de compétences à l’Union Européenne, qu’il chercherait à exempter le Royaume Uni du respect de la charte des droits fondamentaux et à rapatrier à Londres la législation sociale et sur l’emploi. »

Le lendemain, la Une du quotidien The Guardian titrait : « France : les Tories « autistes » châtrent la Grande Bretagne ». Il est vrai que, dans un entretien avec le journal, Pierre Lellouche, Secrétaire d’Etat français aux Affaires Européens, n’y allait pas par quatre chemins.

« Les Tories ont une ligne et ne font que répéter la ligne. Cela donne une bizarre impression d’autisme (…) C’est pathétique. Il est tout simplement triste de voir la Grande Bretagne, qui est si importante en Europe, se couper du reste et disparaître de l’écran radar. Je sais qu’ils vont revenir, mais j’espère que le voyage sera court (…)  J’ai dit à William Hague (son homologue dans le « shadow cabinet » Tory) : allez-vous en pour deux ou deux ou trois ans. Compte tenu de votre situation politique et économique, vous allez vous retrouver tout seuls et vous reviendrez. Allez-y,  faites le. C’est mon message pour eux… Vous voulez être marginalisés, allez-y. Mais c’est une perte de temps pour nous tous. »

Le parti Conservateur a quitté l’an dernier le Parti Populaire Européen de Berlusconi, Merkel et Sarkozy pour s’allier à de petites formations dont certaines flirtent avec l’extrême droite et l’antisémitisme. Sa probable arrivée au pouvoir dans les prochains mois promet des jours difficiles pour l’Europe.

(Photo Conservative Party: David Cameron and William Hague)