A La Réunion, Saint Gilles

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Grâce à l’hospitalité des cousines de Brigitte, Saint Gilles les Bains, à 40km au sud ouest de Saint Denis de La Réunion, est depuis trente ans notre base de vacances tropicales. On se baigne à la plage dans une eau à 28 degrés, on flâne au jardin botanique, on s’immerge dans le monde marin de l’aquarium, on se délecte d’un apéritif en mer au coucher du soleil.

La plage

La plage de Saint Gilles est une bande de sable doré miraculeusement sauvegardée de la voracité des roches noires volcaniques. Elle s’adosse à la pente qui du Grand Bénare et du Maido  n’en finit pas de plonger dans l’Océan.

Le soleil règne sur la plage de Saint Gilles. Le matin, il naît dans les Hauts. A mesure que le jour s’avance et que les nuages s’accrochent aux pentes, il s’avance vers la mer, et une course de lenteur s’engage. Généralement, le soleil esquive les nuages et brille jusqu’à rejoindre l’horizon et disparaître en un crépuscule somptueux. A midi, la luminosité est exceptionnelle, et exaspère les contrastes de couleurs, du noir de la roche à l’or du sable, du bleu profond de l’Océan au vert de la Canne, sur les hauteurs.

La plage de Saint Gilles est un lieu où alternent chaleur torride et immersions bienfaisantes. Elle est un lieu où se montrent et se regardent les corps, dans la grâce particulière des vacances tropicales.

On trouve sur la plage de Saint Gilles toutes les générations, des plus jeunes enfants à des personnes âgées. On trouve des personnes seules, des bandes de jeunes, des couples et des familles nombreuses. On trouve des français, des allemands et des italiens, des créoles et des zoreils, des vacanciers et des résidents. On y trouve toutes sortes de races et toutes sortes d’accents. Certains amateurs de plage sont déjà cuits par le soleil, d’autres se frictionnent de crème.

Sur la plage de Saint Gilles bronzent des lecteurs de Voici, d’Arlequin, de Patricia Cromwell et de littérature classique. Des jeunes jouent au volley ball et au beach ball. Au large, d’autres attendent la vague et se lancent dans la glisse en une mêlée indescriptible.

La plage de Saint Gilles sent bon les embruns. Espace de farniente, espace de rencontre, elle est aussi fenêtre ouverte sur l’Océan et sur le monde.

Le Jardin d’Eden

Le Jardin d’Eden est un parc botanique créé par l’ingénieur agronome Philippe Kaufmant il y a une quinzaine d’années. Il est la preuve que tout pousse à l’Ile de La Réunion : nous sommes dans la partie sèche de l’île, mais grâce à une irrigation abondante, la végétation est luxuriante. Il est organisé par thèmes : palmeraie, plantes médicinales, plantes odorantes, plantes tinctoriales (à l’origine de teintures)… Au fil des années, il s’est étendu. Nous découvrons cette année un rucher, dont les ruches sont habillées en cases créoles. Le jardin aquatique est arrivé à maturité, avec des roseaux deux fois la taille d’un homme et de splendides lotus.

Un jardinier nous présente  un « endormi » (caméléon) sur une branche en plein soleil. Les visiteurs pourront ainsi le photographier sans utiliser leur flash, qui peut rendre l’animal aveugle.

La promenade dans le jardin d’Eden est paradisiaque. La chaleur est atténuée par l’ombre d’arbres immenses. Les fleurs nous offrent une symphonie de couleurs. On se trouve imprégné de toute une gamme de senteurs. Brigitte photographie les feuilles de plantes exotiques, à la recherche des motifs géométriques qui inspireront son prochain tableau.

L’aquarium

La Réunion tourne le dos à l’Océan. De manière emblématique, sa voie la plus fameuse, la « route en corniche », se contente de l’effleurer de manière tangentielle. L’Ile vit pour ses îlets, ses plantations de cannes, ses cirques. L’Aquarium de Saint Gilles en est le reflet inversé. Il révèle un monde de lumière et de cavernes, construit par le corail à partir de milliers d’organismes élémentaires. La partie immergée de l’île représente cinq fois celle connue des terriens. Elle abrite des millions d’êtres vivants, de la langouste dont le mouvement coordonné des pattes tient du miracle permanent, aux balistes et poissons clown polychromes, aux requins dont la trajectoire est si pure, jusqu’aux méduses gracieuses livrées au caprice des vagues.

Le Grand Bleu

Le Grand Bleu est un bateau promenade qui peut emmener une cinquantaine de passagers. Pendant la journée, il recherche les bans de dauphins et stationne en aplomb de fonds coralliens que sa coque transparente permet d’admirer. Le soir, il propose d’admirer le coucher du soleil avec un apéritif de punch planteur, de samosas et de bonbons piment. Le soleil se couche vite à La Réunion. En l’espace d’une demie heure, l’horizon s’embrase, les nuages se vêtent de pourpre, les pentes sont caressées de rouge et d’ocre. Le retour s’effectue à la nuit tombée. Les hauts de l’île se parsèment de mille feux. La sonorisation du Grand Bleu diffuse des ségas et des maloyas.

Photo « transhumances »

La Réunion, Patrimoine Mondial de l’Humanité

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L’Ile de La Réunion vient d’être inscrite par l’UNESCO au Patrimoine Mondial de l’Humanité.

Depuis trente ans que, grâce à Brigitte, j’ai un lien tout spécial avec La Réunion, mon enthousiasme n’a jamais faibli. J’aime la géologie spectaculaire de cette Ile volcanique glissant en pente raide dans la mer et creusée en son centre de trois effondrements vertigineux, les cirques de Cilaos, Mafate et Salazie. J’aime les plants de canne dans le vent, les flamboyants et les litchis. J’aime sa population d’origines, de races et de religions mêlées. J’aime sa cuisine de caris et de massalés. J’aime ses musiques et ses danses.

Les Réunionnais peuvent être fiers de leur île. Je suis heureux de mon rendez-vous en novembre avec un site classé au Patrimoine Mondial de l’Humanité.

Photo « transhumances » : case créole à Hell Bourg dans le Cirque de Salazie.

Chronique Réunionnaise (5)

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Voici la dernière des chroniques inspirées par notre récent voyage à l’Ile de la Réunion.

Case créole

Nous visitons la case créole d’un ami dans le centre de Saint Denis. La construction est complètement en bois, de la varangue aux salles de réception au rez-de-chaussée et aux chambres à l’étage. La cuisine est dans une dépendance, afin d’éviter le risque d’incendie. La maison diffuse un intense sentiment de sérénité. Les boiseries, plancher, plafond, parois et meubles, absorbent totalement les bruits extérieurs. Notre hôte parle de « l’énergie » de sa maison.

Airbus 380

Nous parlons de l’événement de ces dernières semaines : l’atterrissage de l’Airbus A380 à l’aéroport Roland Garros le 11 novembre. La compagnie locale Air Austral a le projet d’affréter deux de ces appareils à partir de 2014 dans une configuration de 800 places et de mettre en place une navette « low-cost » depuis Paris. La continuité territoriale avec la métropole est l’une des toutes premières priorités des Réunionnais et de leurs édiles.

Tram train

Le projet de « tram train » consiste à relier Sainte Marie, dans le nord de l’île, à Saint Paul, dans l’ouest, en desservant l’aéroport, le port et la capitale Saint Denis. En ville, la ligne aura les caractéristiques du tramway. Entre les villes, il circulera comme un train. Chaque rame pourra transporter 250 personnes. Pour Paul Vergès, le président de la région Réunion, le tram train est un investissement « structurant » nécessaire pour le développement de l’île dans les prochaines décennies. Les adversaires du projet critiquent son coût «pharaonique » : 1,6 milliards d’euros, qu’ils estiment sous-évalués. Ils doutent de l’appétit des Réunionnais pour un moyen de transport qui sera plus lent que la voiture individuelle, d’autant plus que l’achèvement cette année de la Route des Tamarins a desserré l’étau des embouteillages. La décision de lancer le projet vient d’être différée de six mois dans l’attente de financements.

Chronique réunionnaise (4)

Café pointu de Bourbon

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A Saint Louis, La Maison Rouge est consacrée à la promotion du café endogène de l’Ile de la Réunion, le « café pointu de Bourbon ». Une salle d’exposition y accueille des pièces du musée d’arts décoratifs de l’île.

A Saint Louis, nous visitons la Maison Rouge, un centre consacré à la promotion du café pointu de Bourbon et qui abrite des expositions temporaires du Musée d’Arts Décoratifs de l’Océan Indien (Madoi). Nous visitons la plantation de café, installée en 2003. Le guide nous explique que le café indigène de l’Ile de la Réunion, dit café pointu en raison de la forme de ses grains, constituait la principale culture d’exportation au dix-huitième siècle, avant de disparaître complètement un siècle plus tard à la suite de cyclones et de maladies. Quelques plants ont été découverts par un agronome japonais. La Région a décidé de relancer ce café, et Maison Rouge est à la fois un laboratoire de recherche et une vitrine.  Nous sommes invités a une dégustation : c’est un café fort en goût, un peu amer, qui peut se faire une place dans les cafés haut de gamme. Il y a toutefois un long chemin a parcourir : la récolte sera très faible cette année en raison des pluies. Une menace plus grande encore est commerciale : nous avons acheté dans une grande surface un produit étiqueté « café pointu de Bourbon » qui ne contient que 1.6% de café indigène…

Nous sommes invités à un atelier olfactif. Il s’agit de reconnaître à l’aveugle des parfums de café, citronnelle, jasmin, tabac. Je me rends bien vite compte de la pauvreté de mon vocabulaire olfactif. Ce sens, le plus primordial de tous, est celui que nous développons le moins.

Une salle a été consacrée à une exposition temporaire intitulée « Chroniques Indiennes ». Nous avions déjà visité une exposition du Madoi dans une case créole près du Jardin de l’Etat à Saint Denis, sur le thème « Le Jardin des Lettrés ».  Peu de pièces sont exposées ici mais elles sont bien mises en valeur et commentées. Je suis ému par une statue représentant un ange chrétien, mais dont le corps est sculpté sur le modèle d’une divinité hindoue. Une petite statue de Bon Pasteur de Goa est aussi touchante. A partir d’une fenêtre ajourée du Rajasthan, un programme interactif donne des informations sur l’art de l’arabesque dans le monde musulman, spécialement du temps de la dynastie Moghol.