Soirée de Fado à Villenave d’Ornon

 

Fado à Torres Vedras. Source : site Internet de la ville.

 La ville de Villenave d’Ornon, dans la banlieue de Bordeaux, fête les vingt ans de son jumelage avec Torres Vedras, au nord-ouest de Lisbonne.

 Pour marquer l’évènement, des chanteurs et guitaristes de Fado de Torres Vedras avaient fait le déplacement à Villenave d’Ornon. Une soirée avait été organisée au « Cube », une salle polyvalente installée au cœur d’un complexe sportif. Le tour de chant fut d’une qualité remarquable.

 Des tables circulaires avaient été installées sur le parterre. A l’entracte, du vin, des charcuteries et des pâtisseries furent servis. Une bonne partie de l’assistance était de la nombreuse communauté portugaise à Bordeaux, malgré la concurrence déloyale du match de football Bordeaux – Benfica au stade et à la télévision ! Nous fîmes connaissance d’Alonso et de sa famille. Il est charcutier traiteur sur les marchés de la région, et est présent pendant l’été sur le marché du mercredi à Maubuisson. Nous nous sommes promis de nous y retrouver en juillet août.

 Les jumelages ont parfois mauvaise presse aujourd’hui. On les considère comme une relique de l’après-guerre, quand la réconciliation des peuples européens était cruciale. On y voit un cadre protocolaire propre à flatter les notables mais sans réel intérêt pour la population. On voudrait qu’ils soient davantage centrés sur la coopération économique.

 Le jumelage de Villenave d’Ornon et de Torres Vedras est une réalité vivante et populaire. Il est possible qu’il doive sa vitalité à la présence en Gironde d’une communauté portugaise vibrante et attachée à ses racines. Comme toute forme sociale, le jumelage n’existe et ne se développe que par l’action d’hommes et de femmes qui s’y investissent.

La soirée au Cube m’a rendu présents par la pensée mes anciens collègues de Lisbonne, António, Luciana, Luís, Pedro, Raúl… et l’aventure humaine que nous avons vécue ensemble de 2003 à 2007.

Une rue de Torres Vedras. source : site Internet de la ville.

Edward Burne Jones, le dernier préraphaélite

Après avoir écrit une impressionnante biographie de William Morris, dont « transhumances » a donné une note de lecture, Fiona MacCarthy s’attaque à l’un des peintres majeurs de l’époque victorienne, Edward Burne Jones (1833 – 1898). Sa biographie de 629 pages, publiée en 2011, a pour titre : « le dernier préraphaélite, Edward Burne Jones et l’imagination victorienne »

 Edward Burne Jones a été un artiste exceptionnellement prolifique. Il a exercé son talent en peinture et, dans le cadre de l’entreprise d’arts décoratifs de William Morris, en tapisserie, lithographie et vitrail. Beaucoup de ses œuvres ne nous parlent guère aujourd’hui : celles inspirées des légendes de chevalerie et du Roi Arthur eurent leur moment d’engouement patriotique pendant la première guerre mondiale ; les jeunes filles épanouies dans leurs longues robes ont parlé à la culture hippie des années soixante. Mais d’autres œuvres, en particulier ses portraits, dénotent un sens de la psychologie exceptionnel.

 Burne Jones était un émotif. A plusieurs reprises, le stress du travail ou des contrariétés personnelles le plongèrent dans une profonde dépression. Ses portraits sont personnels, emprunts d’une forte sentimentalité.

 Son destin a été parallèle à celui de William Morris (1834 – 1896). Ils ont eu une collaboration artistique tout au long de leur vie, associés dans leur jeunesse à la fraternité des préraphaélites. Morris était celui qui donnait aux objets pensés par Burne Jones une réalité physique et commerciale. Mais personnellement ils étaient différents : Morris, né dans une famille d’agent de change, vira progressivement au socialisme ; Burne Jones, de condition modeste, accepta les honneurs, en particulier le titre de baron, et se désintéressa de la politique. L’un et l’autre voulaient produire de la beauté, et pensaient que ce faisant ils affrontaient un problème de société : la misère écœurante des prolétaires, le cancer de la pollution, l’oubli des racines spirituelles de l’Angleterre. Mais Burne Jones considérait que l’artiste devait consacrer toute son énergie à son art, alors que Morris était, avant l’heure, un « intellectuel engagé ». Curieusement, Georgina, l’épouse de Burne Jones, grandie dans une stricte obédience méthodiste, prit le relais de l’engagement politique de Morris après sa mort.

 Fiona MacCarthy suit pas à pas le parcours de Burne Jones, son adulation pour son maître John Ruskin, la crise de son couple lorsqu’il eut une relation passionnée avec la jeune Grecque, Maria Zambaco. Elle nous montre ses domiciles de Londres, la Grange à Fulham, et celui de Rottingdean près de Brighton, devenir progressivement un lieu de rassemblement de tout ce que l’Angleterre et le Continent comptaient d’artistes visuels. Elle nous montre aussi la vie familiale de Burne Jones, dont Rudyard Kipling était le neveu.

 L’auteur nous montre un homme humain, dans la fécondité artistique comme dans ses faiblesses, et aussi comme un homme drôle. Toute sa vie, Burne Jones a dessiné des histoires pour les enfants et des caricatures pour ses amis. Leur reproduction dans le livre est particulièrement émouvante.

Portrait de Georgina Burne Jones

Bordeaux et ses ponts

Feu d’artifice pour l’inauguration du Pont Chaban-Delmas depuis la rive droite. Photo Sud-Ouest

Depuis le 16 mars 2013, la ville de Bordeaux compte un cinquième pont routier : le pont Chaban-Delmas. Quatre de ses ponts ont été construits dans les cinquante dernières années, ce qui témoigne d’une profonde rupture dans l’histoire de la ville.

 L’inauguration du pont a été célébrée dans une ambiance festive, avec un magnifique feu d’artifice et l’entrée dans la ville, sous les acclamations de dizaines de milliers de spectateurs, du trois-mâts Belem. Les Bordelais sont fiers de la prouesse technique que représente cet ouvrage dont le tablier se relève lors du passage des navires et dont l’esthétique futuriste fera partie de l’identité de la ville.

 Une parade nautique avait été annoncée pour accompagner le Belem. On avait en tête celle qui avait marqué le jubilée de la Reine Elizabeth sur la Tamise l’an dernier. La parade se limita à une poignée d’embarcations, soulignant cruellement combien Bordeaux s’est vidée de sa réalité maritime. Pour la conserver, les Bordelais luttèrent contre la construction du Pont de Pierre, achevé en 1821 et qui empêchait l’accès des bateaux de haute mer en amont. Ils acceptèrent en 1860 la passerelle Eiffel pour le chemin de fer. Mais ils résistèrent plus de 150 ans à la construction de nouveaux ponts routiers. La digue des résistances bordelaises fut brisée sous l’action de Jacques Chaban-Delmas, maire pendant près de 50 ans et personnage politique d’envergure nationale. Un nouveau pont urbain, le Pont Saint Jean, fut construit en 1965, et deux ponts permettant le franchissement de la Garonne par la Rocade furent jetés en 1967 (Pont d’Aquitaine) et 1993 (Pont François Mitterrand).

 Bordeaux conserve la nostalgie d’une époque où des dizaines de navires déchargeaient sur ses rives et où un dense réseau de navettes et de bacs assurait le trafic d’une rive à l’autre. Le surcoût lié à la fonction élévatrice du Pont Chaban-Delmas est considérable, alors que le nombre de paquebots de croisière ou de grands voiliers attendu à Bordeaux est faible. Mais le fiasco de la parade nautique réveille une blessure dans l’âme bordelaise. Le site de Bordeaux, dans un coude de la Garonne, a bien la forme du croissant de lune devenu son emblème. Mais la ville ne mérite plus le titre de « port de la Lune ».

 Le maire de Bordeaux, Alain Juppé, l’a bien compris. Il vient de faire adopter un schéma d’aménagement pour la vie du fleuve afin de redonner au port de la Lune sa vocation de vrai port et y faire revenir des bateaux. Des pontons seront créés, une navette fluviale mise en place. Mais remonter le courant de l’histoire s’annonce difficile.

Le Belem sous le Pont Chaban-Delmas. Photo Sud-Ouest

Chenilles processionnaires

En mars, il est fréquent de rencontrer sur les pistes cyclables de la forêt médocaine de longues files de chenilles, les chenilles processionnaires du pin.

 A première vue, la colonne de chenilles ne se distingue guère d’une branche de pin. Ce n’est qu’en mettant pied à terre que le cycliste comprend que ce qui a l’apparence d’une branche est en réalité une file de larves qui se meut par l’action conjuguée de ses dizaines de membres. On admire l’ingéniosité du stratagème de dissimulation. On est étonné par l’action collective de ces êtres primitifs qui se choisissent un chef – en réalité une cheftaine – et parviennent à avancer au même rythme, reconstituant la colonne lorsqu’elle est rompue.

 On ne peut que rester stupéfait de la complexité du processus par lequel les papillons pondent des larves, les larves muées en chenilles tissent un nid soyeux, s’assemblent au printemps pour chercher un endroit ensoleillé où elles s’enfouissent dans un trou, tissent leur cocon, se transforment en chrysalide puis, des mois ou des années après, en papillons.

 Chenilles et papillons nous fascinent. Mais la coexistence entre nous autres humains et les chenilles processionnaires du pin n’est pas facile. Les processions ont une fâcheuse tendance à avancer sur le bitume, surface régulière et chaude que les chenilles adorent ; il en résulte pour elles un fort taux de mort par écrasement. Une chenille morte ou stressée émet des poils microscopiques fortement urticants et allergisants. Vivante, c’est une grande consommatrice d’aiguilles de pins et fragilise les arbres.

 Des programmes de lutte contre la chenille processionnaire du pin sont régulièrement engagés. Comme toutes les espèces, chenilles et papillons ont pourtant leur place dans la chaine alimentaire : elles constituent un aliment de choix pour les mésanges et d’autres oiseaux.

Photo « transhumances »