Pour le cycliste parcourant les dunes du littoral aquitain au début de l’automne, l’arbouse est une amie, jolie à regarder, fondante dans la bouche, nourrissante et rafraîchissante à la fois.
Mes premières journées de préretraité à Maubuisson m’apportent un moment de plaisir chaque année espéré et répété. Par une fraîche matinée, je pars à bicyclette dans la pinède, pédalant seul sur les pistes sous le faible soleil d’automne. Au bord du chemin, enracinés dans le sable et isolés du ciel par la futaie, les arbousiers sont en fleurs et en fruits. Leurs petites feuilles vertes, un peu épaisses, sont dressées. Leurs fleurs pâles ressemblent à des cloches de muguet et regardent le sol. Les arbouses, de jaune pâle à rouge vif, pendent par grappes de deux ou trois. Elles semblent protégées par une coquille hérissée d’écailles fines, mais cette coquetterie laisse vite place au ravissement.
Dans la bouche, le fruit se transforme en une fine pâte que les ignorants jugeront fade, mais qui s’installe doucement dans la nuance de cette saison d’humus qui invente son moment entre le sec et le gel. L’ours symbole de Madrid ne s’y est pas trompé : dressé sur ses pattes arrière, il déguste son fruit favori, l’arbouse !
Photo d’arbouses : « transhumances »
L’ours aux arbouses, symbole de Madrid. Photo www.jmrw.com
Justin Welby, 56 ans, vient d’être désigné comme archevêque de Cantorbéry et chef de l’Eglise Anglicane. Son parcours est atypique.
Justin Welby est actuellement évêque de Durham, l’un des évêchés les plus anciens d’Angleterre. En cela sa promotion peut sembler normale. Ce qui l’est moins, c’est qu’il occupe ce poste depuis un an seulement, après avoir été curé doyen de Liverpool. Ce qui est encore plus extraordinaire, c’est que cet homme, qui a eu six enfants, a mené une carrière brillante de cadre supérieur dans l’industrie avant de changer de voie. Comme le premier ministre Cameron ou le maire de Londres Johnson, il suivit ses études secondaires dans la prestigieuse « public school » d’Eton. Il fit son parcours universitaire à Cambridge. Il fut trader et financier au sein des compagnies pétrolières Elf Aquitaine et Entreprise Oil et décida un jour d’abandonner son salaire mirobolant et de se faire prêtre.
Dans The Guardian, Andrew Brown et Lizzy Davies écrivent : « peu de vieux Etoniens pensent que les plus gros problèmes auxquels le Comté de Durham est confronté sont les prêteurs requins et les drames qu’ils provoquent, ainsi que le haut chômage des jeunes ». Il n’y a pas beaucoup de cadres supérieurs d’entreprises pétrolières qui diraient que « la rémunération des principaux dirigeants d’une bonne centaine d’entreprises au Royaume uni est outrageante et même obscène… Nous devons arriver au point où il y ait une reconnaissance générale du fait qu’être payé un grand nombre de fois plus que la rémunération d’autres personnes n’est pas acceptable dans une société qui souhaite être heureuse et stable. » C’est pourtant ce qu’a dit Welby dans une interview avec un autre évêque dans Living Church, un magazine américain, au début de cette année. Membre de la commission parlementaire sur les scandales bancaires, en particulier la manipulation du Libor, il a l’occasion d’y exprimer ses positions.
Justin Welby a un esprit vif et acéré. Affable, attentif aux autres, pratiquant à merveille l’autodérision qui rend les Anglais si attachants, on ne lui connait pas d’ennemis. Partisan de l’ordination de femmes évêques mais hostile au mariage homosexuel, membre du courant évangélique de l’Eglise Anglicane, ses positions sont celles qu’on peut attendre aujourd’hui du chef de cette Eglise.
Ajoutons qu’il a travaillé en France pour Elf Aquitaine dans les années 1980 et que c’est un francophile passionné.
La chaîne de télévision Arte a diffusé le 21 octobre le film « The Magical Mystery Tour » réalisé par les Beatles en 1967, précédé d’un documentaire sur les conditions de sa production.
En 1967, les Beatles connaissent la gloire depuis déjà 4 ans. Ils sont avides de nouvelles expériences et en ont les moyens, de la découverte des effets hallucinogènes du LSD à la recherche d’autres formes d’expression que la chanson. Immergés dans la contre-culture, ils rêvent de la faire partager au plus grand nombre. Leur formidable notoriété et l’argent qu’ils possèdent par millions leur donne envie de se lancer dans la réalisation d’un film.
Le scénario est ténu. Un autocar emmène un groupe de touristes dans un voyage magique et fantastique, sans plus de scénario qu’un « trip » aux hallucinogènes. De fait, s’assoupir pendant un long trajet en autocar ouvre les vannes du rêve et du fantasme. C’est cette rêverie sans queue ni tête que les Beatles mettent en branle dans leur film, parmi des paysages anglais et avec des passagers anglais à qui l’absurde est familier. Il y a dans le film des morceaux d’anthologie : Ringo Starr entretient avec sa tante Jessie une relation aussi conflictuelle que puérilement affectueuse ; le major en retraite Bloodvessel, qui ne rate aucun magical mystery tour et se prend pour le guide, s’éprend de Jessie ; le serveur de restaurant John Lennon sert à la pelle des spaghettis à la volumineuse Jessie. Le guide fait observer que le paysage à gauche de l’autocar est tout à fait quelconque… mais à droite ! La campagne anglaise se transforme magiquement en un paysage du Far West, puis en surface lunaire. Un officier éructe des ordres inarticulés jusqu’à ce que Ringo lui demande innocemment « que voulez-vous dire ? » et lui coupe ses effets. L’autocar entre par mégarde ou par magie dans un anneau de vitesse et le dispute à une Rolls Royce et une Mini, parfaits symboles de l’esprit britannique.
La BBC programma le film le 26 décembre 1967, et cela heurta la sensibilité de beaucoup de téléspectateurs qui attendaient, au lendemain de Noël, une programmation plus en ligne avec la période des fêtes. Le film fut oublié jusqu’à sa récente restauration, 45 ans après. Le spectateur de 2012 n’est pas choqué par l’esthétique du film : l’underground d’hier a pris sa place dans le courant dominant. Il rit de bon cœur aux situations comiques de collégiens imaginées par les Beatles. Il est ému par les chansons qu’ils interprètent, telle The Fool on the Hill. Et surtout, il est frappé par la diversité des passagers de l’autocar et le regard empathique que portent sur chacun les cinéastes quel que soit leur âge et leur aspect physique.
Paul McCartney reconnait que The Magical Mystery Film ne restera pas comme une œuvre marquante du cinéma. Mais il aide à comprendre le profond enracinement des Beatles dans la contreculture des années soixante et se laisse regarder avec nostalgie, attendrissement et un ravissement certain.
Lorsqu’on évoque la misère, on pense spontanément aux bidonvilles de Mumbai ou aux favelas de Rio de Janeiro. Elle est pourtant parfois toute proche.
A la sortie de la petite ville médocaine de Lesparre, je m’arrête pour prendre une autostoppeuse. La femme, âgée de trente-cinq ans environ, est essoufflée. Il se dégage de son corps une odeur rance. Elle me dit qu’elle est venue pour se faire payer une allocation, mais que son dossier était incomplet et que la somme attendue ne lui serait payée que dans quelques jours. C’est pour elle une catastrophe. Les gamins sont à la maison pour les vacances de Toussaint. Ils ne bénéficient pas de la cantine scolaire. Il faut acheter de quoi manger. Elle devra faire la manche. Je la laisse à l’entrée d’un lotissement d’Hourtin. Nous sommes à 20km de notre maison de Maubuisson. J’ai dans le coffre de la voiture l’apéritif de notre dîner de ce soir entre amis.
La veille au soir, Arte avait diffusé un documentaire de Julien Hamelin intitulé Cantine à l’Indienne. A Hubi, dans le sud-ouest de l’Inde, une ONG finance une usine de production de repas scolaires. Le produit est un plat unique composé de riz, de légumes et d’épices que les enfants mangent à la main dans des gamelles. Il est distribué en conteneurs à des centaines d’écoles. Il permet à ces centaines de milliers d’écoliers de rester scolarisés.
A Hourtin, la misère ne se voit pas, elle est comme transparente. Transparente, mais abjecte, comme à Hubi.