Balmoralité

La chaine de télévision britannique BBC4 vient de consacrer un documentaire au château royal de Balmoral, dans la région d’Aberdeen en Ecosse.

 Tel qu’il se présente actuellement, le château de Balmoral a été construit par la Reine Victoria et le Prince Albert en 1852. Victoria a laissé le souvenir d’une souveraine triste et austère. Jeune, elle était toute différente : enthousiaste, romantique, amoureuse de son mari Albert. Nous avions déjà rencontré sa trace au château d’Osborne sur l’Ile de Wight. Nourrie dès l’enfance des romans de l’Ecossais Walter Scott, elle épousa complètement une idée de l’Ecosse pure, non corrompue par la civilisation industrielle, pétrie des valeurs médiévales de chevalerie et de loyauté. Le couple royal s’employa à créer à Balmoral une sorte de paradis de conte de fées, au  point que le château semble dessiné par Walt Disney. Il est immergé dans un univers hostile de landes désertes balayées par les vents et la pluie glacés, parcourues de troupeaux de cerfs et traversées de rivières à truites.

 Il y a une éthique de Balmoral : celle d’une vie frugale au milieu de sujets simples et dévoués. La « Balmoralité » est un marqueur de la souveraine actuelle, Elizabeth II. Mais dans le passé, plusieurs personnalités royales ont raté le test de Balmoral. Edouard VIII, brièvement roi en 1936 avant de devoir abdiquer pour épouser une divorcée américaine, était un homme de la « jet-set » avant l’heure ; Balmoral lui était insupportable, et il fut impitoyablement rejeté par Balmoral. La même mésaventure advint à Diana Spencer, qui haïssait les pique-niques royaux et les promenades sous la pluie.

 La mort de Diana en 1997 illustra à l’extrême l’incompatibilité entre Londres branché, cosmopolite et financier et Balmoral,  ancré dans une Ecosse rurale, tournée vers le passé et largement fantasmée.

 Photo : château de Balmoral.

Lire les Emeutes

Le quotidien « The Guardian » s’est associé avec la London School of Economics pour réaliser une ambitieuse étude sur les émeutes qui ont secoué la Grande Bretagne en août 2011. Intitulée « Reading the Riots » (lire les émeutes), l’étude a donné à lieu à une série d’articles et de tribunes sur les causes d’une agitation que le gouvernement britannique a largement imputée à des gangs de délinquants.

 Dans une première phase, les chercheurs ont interrogé 270 personnes impliquées dans les émeutes et travaillé la base de données de 2.5 millions de « tweets » échangés pendant la crise.  Ils vont maintenant s’intéresser à l’impact des événements sur les communautés affectées, les forces de l’ordre et le système judiciaire.

 Comme souvent, l’archevêque de Cantorbéry Rowan Williams a proposé une réflexion de fond. « Les rapports du Guardian Reading the Riots m’ont laissé avec une immense sensation de tristesse. Trop de ces jeunes estiment qu’ils ne peuvent pas avoir une relation ordinaire, humaine, respectueuse avec les adultes, – spécialement ceux qui sont en position d’autorité, la police par-dessus tout(…) Ce ne sont pas des gens qui se complaisent dans une culture de l’appropriation, et ce ne sont pas non plus, en général, des criminels convaincus. Ce ne sont pas non plus des héros de la protestation démocratique, la réponse de la Grande Bretagne à la Place Tahrir. Ce sont des gens qui ont un désir vague mais fort de ce qui ressemble à un emploi stable et n’ont aucune idée d’où le chercher ; qui globalement veulent vivre dans un climat où ils sont traités sérieusement comme travailleurs, comme citoyens, et comme des personnes avec des besoins ; et qui se sont habitués à être repoussés sur les marges.

 C’est pourquoi il y a un programme politique au sens le plus large : comment organiser notre vie ensemble en société ? Mais parce que beaucoup de ces gens sont endommagés – par leur histoire familiale, par une éducation dans des conditions presque impossible, par ce qui est ressenti comme une constante suspicion et discrimination – leur manière de relâcher la tension est destructrice et chaotique(…)

 La grande question que nous laisse Reading the Riots est si, dans notre société maussade, avec une inévitable austérité devant nous, nous avons l’énergie d’investir ce qu’il faut dans la famille, le voisinage et l’école pour venir en aide à ceux qui pensent qu’ils n’ont rien à perdre. Nous devons les convaincre, simplement, que nous, à la fois en tant que gouvernement et que société civile, nous mettrons de l’intelligence et des compétences pour leur donner la chance qu’ils n’ont pas. Sans cela, nous ferons face à d’autres éclats d’anarchie futile, dans lesquelles nous serons tous perdants. »

 Photo « The Guardian ».

Chuks

Les Chuks sont des pays de l’Union Européenne non membres de la zone Euro : République Tchèque (Czech en anglais), Hongrie, Royaume Uni (UK en anglais) et Suède. David Cameron pensait prendre la tête d’un front non-Euro à Bruxelles. Après le sommet européen du 9 décembre, son pays se trouve isolé.

 « Je ne crois pas que David Cameron ait jamais été avec nous à la table », commentait Angela Merkel après que le premier ministre britannique ait mis son veto à une réforme du traité européen de Lisbonne.

 L’attitude de Cameron est à première vue surprenante : il prétendait monnayer son accord à une clause qui exonérerait la City de la régulation européenne. L’identification de l’intérêt majeur de la Grande Bretagne à celui de la City est choquante : les excès de la City ne sont-ils pas la cause de la grande récession de 2008 ? La City est manifestement un prétexte : amender le traité de Lisbonne avait pour but de renforcer la discipline budgétaire, ce que le gouvernement britannique ne pouvait qu’approuver ; il ne s’agissait pas de durcir la régulation financière européenne, et de fait celle-ci reste en place malgré le veto britannique.

 L’attitude de Cameron s’explique par des raisons de pure politique interne au parti conservateur. Il ne se sentait pas de force à imposer aux eurosceptiques Tory de voter en faveur du traité, et encore moins à gagner un référendum. Les accents churchilliens de Cameron, acclamé comme un héros par la droite de son parti, cachent avec peine son manque de courage et d’envergure politique. C’est attristant.

 Photo The Guardian : David Cameron et Angela Merkel au sommet européen de Bruxelles.

Portrait de George Osborne

Dans un article intitulé « l’économie n’est pas son amour, son amour est la politique », le journaliste du Guardian Andy Beckett a publié le 29 novembre un portrait du chancelier britannique de l’Echiquier, George Osborne.

 George Osborne est souvent décrit comme l’homme fort du gouvernement de coalition dirigé par David Cameron. Sa politique de coupes budgétaires a provoqué fin novembre la plus grande grève des fonctionnaires britanniques depuis des décennies. Il persiste et signe dans la politique d’austérité, reconnaissant qu’il est probable qu’elle se prolonge au-delà des élections parlementaires de 2015. Selon lui, c’est le seul moyen d’enrayer le mécanisme pervers de la défiance des marchés qui provoque l’envol du coût de refinancement du déficit public, le creusement de ce déficit et des mesures d’austérité prises dans la panique et qui tuent la croissance. Pour le moment, les marchés lui donnent raison : le coût de refinancement du déficit britannique est l’un des plus bas au monde.

 Je retiens de l’article qu’à l’âge de 14 ans, Gideon Osborne changea son prénom en  George : « je n’arrivais pas à penser à quelqu’un que j’aime ou qui ait du succès et qui s’appelle Gideon », dit-il. Une forte et précoce personnalité !

 Andy Beckett cite Janan Ganesh, le biographe d’Osborne : « la perception du public et de beaucoup de journalistes est qu’Osborne est le plus idéologique des membres du  gouvernement. Je pense que c’est exactement le contraire. Il est d’un pragmatisme extrême, moins idéologique que David Cameron lui-même. »

 Photo The Guardian