Maubuisson, les vagues

Se baigner dans l’océan par mauvais temps procure des sensations proches de la jouissance.

 Il fait gris à Maubuisson cet après-midi, il y a du vent, la température ne dépasse pas 20º, des petites averses de pluie fine tombent de temps à autre. J’enfourche ma bicyclette et parcours les 6km qui nous séparent de Carcans Plage en respirant à pleins poumons le vent du sud.

 Un vingtaine de baigneurs s’ébattent dans les vagues sous la surveillance des sauveteurs nautiques emmitouflés en altitude sur leur chaise. L’eau est à la température de l’air et la première vague a tôt fait de me mettre dans le bain. Les vagues se succèdent à un rythme rapide, et les plus fortes d’entre elles me font perdre pied, me chamboulent et me transportent quelques mètres vers la rive. Un garçon d’une dizaine d’années se découvre une âme de dauphin : il plonge sous les vagues et ne reparait que des secondes plus tard. Il rayonne de bonheur. Un homme jeune d’origine manifestement maghrébine me dit qu’il a parcouru 200 km pour venir à la mer et que, pour ne pas revenir bredouille, il a décidé de se baigner en bravant les intempéries. Il me dit sa surprise : ce qu’il croyait être une dure épreuve relève du pur plaisir et de la jouissance.

 Photo « transhumances »

 

De Maubuisson à Piqueyrot

L’un des plaisirs de nos vacances à Maubuisson (Carcans, Gironde) est l’excursion annuelle à Piqueyrot, au nord du lac de Carcans – Hourtin.

 Le temps est ensoleillé et le fond de l’air est frais : des conditions idéales pour une randonnée à bicyclette d’une quarantaine de kilomètres. Après la base de loisirs de Bombannes, une piste étroite suit le lac sur sa rive occidentale. Elle menait autrefois à la pointe de la Gracieuse et à Piqueyrot. Elle est malheureusement aujourd’hui défoncée, et nous faisons un détour par la route forestière qui passe par les phares d’Hourtin. Une dizaine de kilomètres plus loin nous rejoignons la piste cyclable de Piqueyrot.

 De pinèdes en clairières, de dunes en plaines, le paysage est varié. Il a plu il y a quelques jours et l’air est chargé de senteurs de pin et de bruyère. En arrivant à Piqueyrot, la piste longe de nouveau le lac et l’horizon se dilate.

 Piqueyrot, sur le territoire de la commune d’Hourtin, compte une base nautique, quelques maisons et un petit restaurant, Le Nautique, où l’on déguste sous la tonnelle des gambas avec des frites à l’ail. Après une heure et demie de pédalage, cette halte nous offre un moment de paradis. La cuisine est délicieuse et le site, avec vue sur le lac, nous comble de sérénité.

 Au retour, nous nous arrêtons à Carcans Plage. La baignade dans les vagues lave le corps et revigore. Nous observons le spectacle fascinant de la plage. Elle efface les inégalités : une foule immense partage la joie du soleil séchant la peau salée, le plaisir de marcher dans le sable pieds nus, l’excitation des enfants bousculés par la vague. La plage offre aussi le spectacle de l’inégalité dévêtue, entre des jeunes beaux et belles comme des dieux et des personnes dont le corps est marqué par une mauvaise hygiène de vie ou  par l’âge.

 Photo « transhumances ».

Une vision claire pour l’euro ?

Dans une tribune publiée par Le Monde le 16 juillet, quatre personnalités européennes de premier plan réclament « une vision claire pour l’euro afin qu’il sorte renforcé de cette crise ».

 Jacques Delors, Felipe Gonzalez, Romano Prodi, Etienne Davignon et Antonio Vitorino en appellent à une vision claire des enjeux de la crise de l’euro portée par des hommes politiques engageant leur crédit pour permettre de dépasser les difficultés immédiates.

 Ils énoncent les composantes de cette « vision claire ».

 Les dépôts des particuliers doivent être garantis mais, au contraire de ce qui s’est fait en Irlande, il faut que les actionnaires et porteurs d’obligations des banques «portent leur part du fardeau ». Les signataires ajoutent toutefois qu’il ne faut pas menacer la stabilité du système, ce qui n’est pas sans troubler la clarté de la vision.

 Les signataires prônent une régulation européenne, et plus seulement nationale, des banques et des marchés européens. On sait que des progrès ont été réalisés, mais aussi qu’il faut composer avec deux réalités, la zone euro dont la banque est à Francfort et la capitale mondiale de la finance, Londres.

 Les signataires affirment que la réduction des déficits doit avoir lieu. « Mais elle doit être maîtrisée, avec un horizon de temps réaliste, des étapes clairement marquées, et ne pas se donner des objectifs intenables qui détruiraient sa crédibilité, parce qu’ils ne pourraient durablement avoir le soutien des populations et de leurs représentants élus ». Ici, la vision est indiscutablement claire, mais le diable est dans les détails de sa réalisation, pays par pays, sous le regard des agences de notation.

« Vision claire : tout ce qui peut être fait pour éviter un défaut de la dette grecque doit l’être ». C’est ici que la vision claire s’enfonce dans le plus épais brouillard. Les signataires annoncent en effet des pertes comptables pour les banques qui ont investi dans la dette grecque et recommandent le rachat et l’annulation par des fonds communautaires ou internationaux d’une partie de cette dette. Si l’annulation d’une partie de la dette d’un Etat ne s’appelle pas « défaut », comment faut-il la désigner ? Et comment contraindre les investisseurs à constater une perte comptable, sinon en déclarant qu’on est incapable de les payer, ce qui est précisément la définition du défaut de paiement ?

 Il ne s’agit pas seulement de jeux autour du mot « défaut ». Il n’est pas possible d’exposer une vision claire sans citer des chiffres. Combien cela coûterait-il aux citoyens contribuables des pays de l’Union Européenne (ou seulement de la zone euro ?) ? Il faut certes du souffle et de l’enthousiasme européens, qui manquent cruellement aux Chefs d’Etat actuellement en charge. Mais la vision ne sera claire que si elle indique aussi les étapes et les coûts du règlement de la crise de l’euro pour les années à venir.

 Les signataires indiquent que « des premiers pas ont été accomplis tout au long de la gestion de la crise : dans la douleur, certes, mais chaque obstacle a été franchi, et à chaque fois le projet commun des Européens a survécu, et des solutions ont été  trouvées avec des innovations majeures ». En un sens, l’Europe a toujours progressé de compromis sordides en cotes mal taillées sous la pression des événements et des horloges arrêtées.

 Delors, Gonzalez, Prodi, Davignon et Vitorino en appellent à une vision claire, mais leur tribune s’apparente davantage à une incantation. Elle ne constitue hélas pas une feuille de route. La crise continuera à être gérée de manière chaotique. Une vision claire de l’Europe de demain est nécessaire, mais il est peut-être trop tôt pour l’énoncer. Il faudra d’autres conflits, d’autres déchirements, d’autres concessions arrachées sous la pression de la peur, pour qu’apparaissent nettement les contours de l’Europe de demain.

 Illustration  « The Guardian »

Test de lecture en Grande Bretagne

Le projet du ministère britannique de l’enseignement d’imposer un test de lecture à l’âge de six ans se heurte à une forte opposition.

 Dans The Guardian du 5 juillet, Warwick Mansell enquête sur le test de lecture phonétique que le ministère de l’enseignement britannique entend imposer pour dépister les enfants de six ans en difficulté.

 Ce test s’appuierait à la fois sur des mots connus et simples, comme « cow » ou « blow » et sur des mots qui n’existent pas mais dont la prononciation dérive d’une règle simple, comme « mip » ou « glimp ».

 Les opposants au test invoquent plusieurs raisons : certains sont contraires à la méthode analytique qui sous-tend le test (« cat » résulte de l’analyse des lettres c-a-t). D’autres soulignent que les enseignants savent parfaitement définir, bien avant l’âge des six ans, ceux de leurs élèves qui sont à la peine.

 Une autre raison tient à la difficulté d’orthographier correctement la langue anglaise. C’est ainsi que Mansell écrit : « dans un article du Journal of Education Review, Henrietta Dombey, anciennement présidente de la United Kingdom Reading Association, souligne que, à l’inverse de langues comme l’italien, le finnois ou l’espagnol, les enfants apprenant à lire en anglais doivent aller beaucoup plus loin que d’être simplement capables de prononcer les mots phonétiquement. Par exemple, en anglais, des lettres comme « a » peuvent correspondre à cinq sons ou même plus – comme dans « matt », « mall », « make », « mast » et « many » – alors qu’un son particulier peut s’épeler de nombreuses façons. La lecture phonétique donne aux enfants quelques uns des outils dont ils ont besoin pour bien lire, mais ils ont besoin d’un autre savoir pour être capables de lire tous les mots.

 Photo « The Guardian »