Coucher de soleil à Brighton

Le soleil se couche sur la jetée de Brighton. L’horizon tout entier s’embrase comme dans l’ultime combat de la lumière contre les ténèbres et le brasier fume de ce combat perdu.

 Dans un moment, la nuit aura pris ses droits. Mais sur la jetée de Brighton s’allumeront les lumières artificielles des bars, des salles de jeux et des attractions foraines.

 Photo « transhumances ».

Fin d’été

Nous avons choisi de rentrer de Maubuisson à Watford en deux jours : nous avons roulé samedi de Maubuisson à Saint Malo, passé la nuit à Saint Malo et pris le ferry « Bretagne » jusqu’à Portsmouth.

 Prendre le soleil sur le pont du bac du Verdon et admirer au loin le phare de Cordouan.

 Gouter des Pineau dans une exploitation proche de Royan et nous faire expliquer par une jeune femme enthousiaste les merveilles d’un cocktail au Cognac et au Schweppes et le délice d’un fromage blanc au Pineau.

 Sur une route balayée par le vent et les averses, dépasser un vieux cabriolet britannique rutilant, avec à son bord deux gentlemen habillés comme des aviateurs des temps héroïques.

 S’imprégner du souvenir de Colbert sur la grand place de Rochefort, dans un bar dont les serveuses arborent le chapeau des demoiselles.

 Déguster des galettes de sarrasin avec des bolées de cidre « Mac Low » dans une crêperie de Saint Malo, et rentrer à l’hôtel du Palais prendre une douche chaude qui nous fera oublier le froid mordant de cette pluvieuse soirée de septembre.

 Dans la file des voitures attendant le contrôle des passeports à l’embarcadère, laisser notre place à un couple de retraités anglais qui parcourt l’Europe en tandem.

 Naviguer par grosse mer et voir s’approcher sous un rayon de soleil l’Ile de Wight et ses grandes falaises de craie blanche.

 Dire au-revoir à l’été, et, bien après les écoliers, se préparer à la « rentrée ».

 Photo « transhumances » : le ferry « Bretagne » dans le port de Saint Malo.

La basilique Saint Julien de Brioude

 La basilique Saint Julien de Brioude, dans le Massif Central, est un chef d’œuvre de l’art roman.

 Nous quittons Anne et Benoît, qui nous ont chaleureusement accueillis dans leur superbe maison en Ardèche, et traversons le Massif Central de Privas au Mont Dore en remplissant nos yeux de paysages somptueux et en visitant à Brioude et Saint Nectaire des trésors de l’art roman.

 La basilique Saint Julien de Brioude est particulièrement intéressante. Elle présente de magnifiques chapiteaux. Un grand nombre de murs ont conservé leurs fresques d’origine – on sait que les églises du Moyen Age étaient intérieurement recouvertes de peintures et ignoraient la pierre nue que nous admirons tant aujourd’hui.

 Un artiste coréen, Kim en Joong, a été choisi il y a quelques années pour dessiner des vitraux seyant à cet édifice multiséculaire. Le résultat est excellent : le graphisme et les couleurs sont modernes mais participent de la même élévation d’âme que les architectes du onzième siècle avaient su insuffler à la basilique.

 Photo « transhumances »

A Antraigues, sur les traces de Jean Ferrat

Le village d’Antraigues sur Volane est tout entier pénétré du souvenir de Jean Ferrat.

 Le site d’Antraigues, dans les montagnes ardéchoises proches de Privas et de Vals, est emprunt de solennité – la vieille ville est construite en à-pic au-dessus d’un ravin et un haut clocher la surmonte – et d’humilité – le village est immergé dans un écrin de verdure. On comprend qu’il ait séduit Jean Ferrat, rebelle et doux, exigeant et docile.

 Des dizaines de visiteurs, souvent d’âge très mur, viennent ici en pèlerinage. Ils déjeunent au restaurant « La Montagne », achètent disques et livres souvenirs, se recueillent devant le caveau familial où repose Jean Tenenbaum, dit Ferrat. Sur le place du village, des banderoles portent le texte de chansons de Ferrat, dont naturellement « Ma France ». Des affiches annoncent des concerts en hommage au chanteur. Dans l’église, que Ferrat ne fréquentait pas, un livre d’or recueille des témoignages qui lui sont presque exclusivement consacrés.

 Pourtant, le village ne semble pas se résoudre au rôle de sanctuaire que le destin semble lui réserver. L’office de tourisme promeut les randonnées pédestres, aucune rue ne porte le nom du héros, on ne visite pas sa maison, aucun musée ne lui est consacré.

 Antraigues sur Volane semble craindre de profaner sa délicate intimité avec Jean Ferrat et considérer les pèlerins comme des intrus. A force de silencieuse insistance, ceux-ci se feront-ils une petite place  au soleil ?

 Photo « transhumances » : banderole sur la place d’Antraigues sur Volane, en face du restaurant « La Montagne ».