Rouen, Abbatiale Saint-Ouen

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L’Abbatiale Saint Ouen de Rouen, à quelques centaines de mètres à peine de la Cathédrale, est un chef d’œuvre du gothique tardif.

Pénétrant dans l’abbatiale, on est transporté par la verticalité du monument. L’espace est totalement vide, ce qui accentue l’impression d’être aspiré vers le haut. Les murs qui supportent l’édifice sont incroyablement fins, à la manière de la Sainte Chapelle à Paris. Ils laissent un vaste espace aux verrières, dans lesquelles s’engouffre la lumière.

Alors qu’enthousiastes nous nous laissons envahir par la beauté céleste du monument, deux cantatrices improvisent un duo dans la nef. Leurs voix sont amplifiées. C’est un moment divin.

La construction de l’Abbatiale Saint Ouen a commencé au quatorzième siècle et s’est poursuivie jusqu’au seizième. La technique des architectes du gothique avait alors atteint un niveau de perfection. Ils nous sont laissé un bouleversant témoignage.

Photo « transhumances »

Le Musée Nissim de Camondo

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En bordure du Parc Monceau à Paris, le Musée Nissim de Camondo présente une magnifique collection de meubles, de porcelaine et de tableaux de la seconde moitié du dix-huitième siècle.

L’histoire du musée est celle d’une famille juive d’Istanbul, financiers de l’Empire Ottoman et de l’Unité italienne. Deux frères s’installent à Paris à la fin du second Empire. Moïse de Camondo (1860 – 1935), fils de l’un d’entre eux, collectionne des objets d’art décoratif de la seconde moitié du dix-huitième siècle. Pour abriter ses collections, il fait construire en 1911 un hôtel particulier en bordure du Parc Monceau.

Le fils de Moïse, Nissim, meurt pour la France en 1917 dans un combat aérien. En son souvenir, son père lègue à la République son hôtel particulier et ses collections, pourvu que l’ensemble prenne le nom de Nissim de Camondo. Béatrice, second enfant de Moïse, et ses deux enfants, mourront en déportation.

Le musée est profondément émouvant en raison de la générosité, si mal payée en retour, d’une famille d’Orient pour la France, son pays d’adoption. La fascination qu’exerçait l’âge d’or français, celui des Lumières, sur Moïse de Camondo, un juif sépharade, est touchante, elle aussi. Tout dans l’architecture et l’art décoratif de la seconde moitié du dix-huitième siècle est symétrie, clarté, harmonie. Pourtant, sous l’apparente stabilité et la promesse d’éternité de l’art classique était à l’œuvre la tectonique des plaques sociales et politiques qui allait provoquer le tremblement de terre et le tsunami de la Révolution.

Au second étage, la bibliothèque est une salle elliptique aux parois boisées dont la porte-fenêtre s’ouvre sur un jardin et sur le Parc Monceau. Tout y est intériorité, ouverture d’esprit, sérénité.

Illustration : la bibliothèque du Musée Nissim de Camondo.

Flânerie en bord de Seine

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Les quais de la Seine à Paris offrent un cadre enchanteur pour flâner un dimanche après-midi.

Après une matinée au Musée d’Orsay, nous déjeunons au Café Mucha, qui doit son nom à Alfons Mucha, le héros de l’Art Nouveau à Prague. Le design de l’établissement est moderne, mais l’ambiance est typique d’un bistrot parisien. Nous franchissons la Seine sur la passerelle Léopold Sedar Senghor. Comme sur le Pont des Arts, un peu en amont, des amoureux ont fixé au parapet des cadenas marqués de leurs noms et ont jeté la clé dans la Seine en signe d’éternelle fidélité.

Nous flânons au bord de l’eau sur le Quai des Tuileries. Un bateau restaurant à aubes et des bateaux promenade descendent lentement le courant. La vie semble couler au ralenti, loin de la fureur de la ville qui pourtant nous environne.

Rue Bonaparte et rue des Beaux-Arts, nous admirons les vitrines des galeries. L’une d’entre elles est consacrée aux œuvres de Francis Bacon : corps torturés exposés dans un quartier qui exalte la beauté classique.

Illustration : cadenas au Pont des Arts, Photo France 24.

Fête de Pourim

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 De manière imprévue, nous nous sommes trouvés associés à la fête juive de Pourim, dimanche 20 mars.

Beaucoup de restaurants sont fermés le dimanche dans le quartier des Champs Elysées. Nous en trouvons enfin un ouvert, une pizzeria rue de Berry. La plupart des clients du restaurant sont juifs ; on nous propose une bière fabriquée en Israël. Ce n’est qu’après le déjeuner que je comprendrai le sens du rituel qui prend place.

Un homme habillé de clown psalmodie un passage de la Meguilat Esther (le livre d’Esther dans la Bible). Sous l’empereur Perse Assuérus, la liquidation du peuple d’Israël avait été décidée. Mais la reine Esther, femme d’Assuérus et juive en secret, jeûna et pria avec tout le peuple et le monarque se laissa fléchir. Lorsque le nom de Haman, l’instigateur du massacre, est mentionné dans le chant, les assistants agitent des crécelles et tapent du pied.

La propriétaire du restaurant s’excuse de nous avoir imposé ce rite sans nous en prévenir. Il est vrai que nous ne nous attendions pas, en entrant dans une pizzeria d’apparence banale, à participer à un office religieux, mais je la remercie de nous avoir ainsi donné l’occasion d’une expérience nouvelle. Elle nous remet un dépliant qui explique qu’outre la lecture de la Meguilat Esther, la fête de Pourim implique d’envoyer des cadeaux à des amis, de donner la charité et de prendre le repas de fête ensemble.

Paris est une ville étonnante. Après avoir participé à une fête juive dans un restaurant italien kasher, nous prenons un café au Sir Winston, à deux pas de l’Arc de Triomphe. Nous nous retrouvons dans une ambiance British, confortablement installés dans des fauteuils hors d’âge sous le portrait du roi George VI en grand uniforme.

Illustration tirée de Huffington Post : la fête de Pourim.