Wootton Bassett, la ville qui pleure

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Le 14 mars, 10.000 motards ont traversé la ville de Wootton Bassett en hommage aux soldats britanniques morts en Afghanistan et pour lever des fonds pour une institution de bienfaisance, « Afghan Heroes Charity ».

Wootton Bassett est une petite ville de 12.000 habitants à 80 km au sud-ouest d’Oxford. Elle est devenue célèbre à partir de 2007. En raison de travaux sur la base de la Royal Air Force qui les recevait habituellement, les corps des soldats tombés en Afghanistan durent transiter par un autre aéroport militaire, tout proche de la ville, sur leur chemin pour un institut médico-légal d’Oxford. Peu à peu, les habitants prirent l’habitude de se rassembler à leur passage. De rapatriement en rapatriement la foule grossit jusqu’à atteindre des centaines, voire plus d’un millier de personnes qui se recueillent au son du tocsin au passage des cercueils. La presse, les télévisions, les radios sont là. Wootton Bassett est devenue une institution.

La manifestation de solidarité des motards avec les soldats morts dans le conflit d’Afghanistan met en relief des points forts de la culture anglaise aujourd’hui. Il y a, fortement enraciné, un nationalisme qui va de pair avec l’admiration pour l’armée et ses héros. Il y a l’engouement pour les institutions de bienfaisance, les « Charities » qui mobilisent des milliers de personnes jusque sur les lieux de travail. Et puis il y a, plus inattendu pour les français, le goût pour les émotions collectives et les pleurs partagés qui s’était manifesté jusqu’à l’impudeur lors de la mort de la Princesse Diana.

(Photo The Guardian, motard traversant la rue principale de Wootton Bassett sous les vivats de la foule.)

Tics de langage des journalistes français

Le journaliste du Times Charles Bremner vient de publier dans le Times un charmant article intitulé « French clichés to avoid like la peste ».

L’auteur s’en prend avec humour, et non sans remarquer que les Anglais sont d’aussi grands consommateurs de clichés que nos concitoyens, aux tics de langage de la presse en France.

En voici un florilège, avec des traductions proposées par Bremner :

La cerise sur le gâteau /  Dans la cour des grands / Le vent en poupe / Un pavé dans la mare [a cobblestone in the pond -set the cat among the pigeons] / Caracoler en tête [to prance in the lead, to be far out front] / Attendu au tournant [awaited at the bend, lying in wait for someone] /  Revoir sa copie [revise his (exam) copy, sent back to the drawing board] / L’ironie de l’histoire [an irony of history, or just ironically] / La balle est dans leur camp [The ball is in their court] / La partie émergée de l’iceberg [The tip of the iceberg] /  A qui profite le crime [Who profits from the crime?] / Les quatre coins de l’Hexagone [the four corners of France (The Hexagon is journalistic variation for France)] / S’enfoncer dans la crise [plunge deeper into (the) crisis] / Une affaire à suivre [a matter to be followed/a story to watch].

L’article a suscité des dizaines de réactions. Des lecteurs enthousiastes ont proposé : « que du bonheur ! », « je vais être honnête avec vous ! », « persiste et signe », « nos chères têtes blondes », « il faut savoir raison garder », « il ne passera pas l’hiver », « ce qui fait le buzz cette semaine, c’est… », « au grand dam de », « passer en boucle », « c’est vrai que », « effectivement », « au jour d’aujourd’hui »…

Et John O’d propose cette petite phrase à base de clichés :

« Allez,viens [come on, let’s go]
je ne te cache pas que [I don’t mind admitting that]
‘effectivement’ [in fact]
elle a refait sa vie [she has got over the divorce]
et que depuis des lustres [for ages now]
elle file le parfait amour avec [she’s happily loved up with]
un jeune artiste qui n’a pas encore trouvé son public [a young artist whose work nobody buys]. »

Un débat anime les participants au blog. Comment traduire en français « a couple of cherries short of a clafoutis » ?

(http://timescorrespondents.typad.com/charles_bremner/2010/01/french-clichés-to-avoid-la-peste.html)

Humour anglais

En Angleterre, il n’est pas de bon discours sans une dose d’humour. Un récent déjeuner débat rassemblant des dirigeants d’entreprises françaises du secteur financier opérant à Londres, n’a pas dérogé à la règle.

Le président de l’autorité britannique de régulation du système financier est un homme sérieux. Son sujet ne l’était pas moins : « l’entreprise Grande Bretagne : arrêter les frais ou acheter des actions ? », autrement dit Londres restera-t-elle la principale place financière du monde et renouera-t-elle avec la croissance ? Les banques françaises devraient-elles quitter la City, ou au contraire renforcer leur présence ?

L’orateur ne déçut pas : il apporta des informations et prit position. Mais il offrit aussi, en anglais et dans un excellent français, un florilège d’humour anglais :

– Il y a 20% d’Irlandais de moins à Londres mais 200% de Français en plus. Bientôt il faudra aux Anglais un passeport pour entrer à South Kensington (le quartier du lycée et de l’Institut français).

– Je ne fais jamais de prévision; et je n’en ferai jamais!

– Nos télévisions ne se ressemblent pas. Imaginerait-on sur TF1 «Venez danser sévèrement»? (Strictly Come Dancing, concours de danse de salon qui oppose des célébrités,  record d’audience pour la télévision)

– Un journal anglais titrait l’autre jour: «Gordon Brown pousse son fils James, six ans, à la présidence de Canary Wharf».

 

Les Lloyds, marché international de l’assurance

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Malgré la crise financière, Londres reste une place financière majeure. Visiter les Lloyds permet de comprendre les raisons de son succès.

Les Lloyds ont été créés vers 1770 pour assurer le commerce maritime de la Grande Bretagne. Il se présente comme un ensemble de syndicats de souscription dont les membres sont solidairement responsables du paiement des sinistres. L’institution a subi une grave crise dans les années quatre-vingt-dix, mais a survécu en se rationalisant : ses fonds proviennent davantage de fonds d’investissement et moins de personnes privées.

Les Lloyds se sont installés il y a une vingtaine d’années dans un immeuble de béton, de verre et d’acier au coeur de la City construit dans l’esprit du Centre Beaubourg à Paris. Le rez-de-chaussée grouille de monde. Au centre se trouve le « Rostrum », structure en bois qui supporte une cloche actionnée par un « waiter » en grand uniforme rouge lorsque survient une catastrophe mondiale telle que le naufrage du Titanic ou la mort de la Princesse Diana. Un grand registre rempli à la main rend compte des sinistres des dernières semaines. Le registre des sinistres de 1909, exactement semblable à celui de 20097, est ouvert à la page du jour. Une vitrine présente des souvenirs de l’Amiral Nelson et de la bataille de Trafalgar.

L’activité se concentre sur des dizaines de tables carrées en bois. Depuis quelques années, le nom des syndicats de souscription auxquels appartiennent les tables est affiché. Cette transparence, comme l’admission, plus ancienne, des femmes dans ce saint des saints du machisme, constituent des concessions à la modernité. Aux tables sont installés les souscripteurs et leurs assistants. Les courtiers attendent leur tour sur un banc puis prennent place à un angle de la table pour présenter leurs dossiers de risques à assurer. Dans beaucoup de cas, le souscripteur, relié à son bureau par téléphone et ordinateur, prend la décision au moment même et sur place. Les séances sont normalement de deux heures, avant et après le déjeuner, qui permet aussi de parler affaires. A midi et après 16 heures, les bars sont pleins et malgré la fraîcheur de l’automne londonien, les conversations se prolongent, verre en main, jusque sur le trottoir.

Ce marché de l’assurance est à beaucoup d’égards semblable aux marchés de gros du poisson ou des fruits et légumes de Rungis. Il nous renvoie à l’origine du métier d’assureur, lorsque les armateurs vénitiens et génois recherchaient parmi les bourgeois de la ville des investisseurs capables d’assumer en contrepartie d’une prime le risque de la perte du navire et de sa cargaison dans un naufrage ou une attaque de pirates.

Cette organisation consolidée par les siècles reste efficace aujourd’hui. Tout le monde se parle en permanence, ce qui assure une grande fluidité de l’information et induit une dynamique d’apprentissage, chacun s’imprégnant de l’expérience des autres. Par ailleurs, il est facile de repérer chez les concurrents les meilleurs éléments et de tenter de les débaucher, ce qui provoque des mouvements de personnel importants entre courtiers et souscripteurs et contribue à la diffusion de la culture et des connaissances professionnelles.

Le poids de la City dans les transactions financières internationales reste très important malgré la crise financière. Cela ne se fait pas en tournant le dos aux traditions, mais en apportant au moule initial, fondé sur la rencontre physique entre négociants, les seules corrections indispensables.

(Photo Lloyds)