Journalisme d’investigation

Une série d’articles du quotidien britannique The Guardian viennent de contraindre le Ministre de la Défense britannique, Liam Fox, à la démission. Il y a quelques mois, la révélation du scandale des écoutes téléphoniques de The News of the World avait entraîné la fermeture de ce titre. Le journalisme d’investigation est puissant en Grande Bretagne et constitue un pilier de la démocratie.

 Liam Fox a démissionné après avoir dû admettre qu’il avait mélangé ses activités privées et ses devoirs de ministre. Il avait associé de manière fréquente son ami et associé en affaires Adam Werritty à des déplacements à l’étranger et ce dernier s’était présenté comme conseiller du Ministre, bien qu’il n’en eût pas le titre. Fox avait démenti de manière répétée la participation de Werritty à des voyages et réunions officiels. Comme l’écrit Rupert Neate dans The Guardian, les journalistes interrogèrent les participants à une réunion suspecte à Dubaï, recherchèrent sur Internet toutes les photos de déplacements du Ministre, pressèrent le Ministère de questions : Combien de réunions ce conseiller officieux avait-il organisées ? Qui avait-il rencontré ? Des patrons de la Défense ? Des Généraux ? Des Chefs d’Etat ? Avait-il souvent voyagé à l’étranger avec Fox ? Se rencontraient-ils au siège du Ministère de la Défense à Whitehall ? L’obstination des journalistes, la priorité donnée dans ses colonnes par la rédaction de The Guardian à l’investigation ont fini par payer.

 Liam Fox représentait au Cabinet l’aile droite du Parti Conservateur. Admirateur de Lady Thatcher, qui participa en septembre à la célébration de son cinquantième anniversaire, fondamentalement atlantiste et anti-européen, il est lié aux « néo-cons » des Etats-Unis dont il reçoit un financement via The Atlantic Bridge Charity.

 Certains se demandent pourquoi David Cameron a laissé Fox s’enferrer toute une semaine, alors que sa chute semblait inéluctable depuis qu’il avait admis que des fautes avaient été commises. La chroniqueuse Marina Hyde a une opinion : « Le Docteur Fox aura vu chaque jour de survie comme une bataille gagnée dans sa guerre(…) mais en fait c’était le contraire. David Cameron le joua parfaitement, permettant au chéri des droitiers de rester suspendu pour sa totale éviscération par les médias. Si Fox avait démissionné lundi en faisant une déclaration vexée et concise sur le fait qu’il avait commis des erreurs mais qu’il ne voulait pas distraire le gouvernement de son travail vital, il serait retourné parmi les députés de base ensanglanté mais non brisé ; il y serait resté une menace de bas niveau et aurait pu même – dans la pagaille qui peut se produire alors que les inconnues financières battent à la porte – voir une sérieuse opposition anti-Cameron se coaguler autour de lui. Mais son insistance à rester à son poste a permis au premier ministre de se composer un visage « honnête et sympathique » tout en voyant un vieux rival s’enfoncer de plus en plus irrémédiablement à chaque nouvelle révélation. »

 En Grande Bretagne, la presse d’investigation est un pilier de la démocratie. Elle a récemment rappelé aux politiciens qu’ils ne peuvent abuser des notes de frais, que trop de proximité avec la puissance médiatique de Murdoch était dangereuse et qu’un ministre devait respecter une ligne rouge entre ses devoirs d’Etat et ses affaires privées.

 Curieusement, l’ultra-atlantiste Fox a renforcé l’alliance militaire de la Grande Bretagne et de la France. Il a signé un accord qui, en pratique, met en commun l’arme nucléaire. Il a orchestré l’intervention en Lybie, qui a principalement impliqué les armées des deux pays. Il était reconnu comme un bon ministre, si toutefois un bon ministre peut s’affranchir de la déontologie de sa fonction.

 Photo « The Guardian » : Liam Fox.

Philip Gould, la vie inachevée

 

Philip Gould, 61 ans, ancien gourou du New Labour, s’est vu signifier par son médecin qu’il n’a plus que trois mois à vivre. Il parle au journaliste du Guardian Simon Hattenstone de son expérience d’une vie intense à la porte de la mort, qu’il est en train de décrire dans un livre qui sera probablement publié à titre posthume : « la vie inachevée ».

 « La vie inachevée » fait écho à « la révolution inachevée, comment le Parti Travailliste a changé pour toujours la politique en Grande Bretagne », le livre dans lequel Philip Gould raconte l’émergence du « New Labour » de Tony Blair, aux côtés de qui il a joué un rôle de conseiller en stratégie. Blair reste proche de Gould dans son épreuve : un cancer de l’œsophage qui le frappe pour la troisième fois avec, maintenant, un pronostic fatal.

 Quel est le pronostic, avait demandé Gould au spécialiste ? Trois mois, avait répondu ce dernier. Son épouse, l’éditrice Gail Rebuck, demanda alors quel était le meilleur scénario possible. Trois mois, avait-il répondu.

 « Vous savez, cette période de la mort est étonnante, dit Philip Gould. Au moment où entrez dans la phase de la mort, c’est un endroit différent. C’est plus intense, plus extraordinaire, plus puissant. » Après que le diagnostic fut prononcé, lui et Gail parlèrent, parlèrent, du passé et du futur, de tout ce qu’ils avaient réussi et de ce qu’ils avaient raté ; une période de bilan.

 A-t-il peur de la mort ? « A partir du moment où j’ai résolu et réconcilié les choses avec Gail, la peur a disparu. Je pense que l’acceptation est la clé. Si vous acceptez la mort, la peur disparait ».

 Gould a été un passionné de la politique au point dit-il d’en négliger sa famille. Mais à la fin, la politique n’a pas été son but principal. Alors quel a-t-il été ? « Le but maintenant est simplement de vivre cette vie de mort imminente ou émergente d’une manière telle qu’elle donne infiniment d’amour aux gens qui comptent pour moi et, je suppose, qu’elle me prépare à la mort ».

 Photo « The Guardian »

Anthropologie de la City

Dans The Guardian du 15 septembre, Joris Luyendijk annonce le lancement d’une recherche anthropologique sur les banquiers de la City de Londres. L’étude, interactive, est appuyée sur le blog http://guardian.co.uk/bankingblog.

 Le domaine des banques est nouveau pour Luyendijk, qui a principalement travaillé au Moyen Orient, dans les bidonvilles du Caire puis en Palestine entre les leaders du Hamas et les colons juifs. Il se propose de découvrir leurs sous-cultures, leurs codes vestimentaires, leurs manières de parler, leurs stéréotypes, leurs conventions et naturellement leurs plaisanteries : « tous les économistes savent qu’il y a trois sortes d’économistes : ceux qui savent compter et ceux qui ne savent pas. »

 « Le sous-titre du blog, dit Luyendijk, est « devenir un indigène dans le monde de la banque ». C’est un clin d’œil au risque de s’identifier de trop près avec les gens que l’on étudie. C’est ainsi qu’après un bout de temps en Papouasie Nouvelle Guinée, les sacrifices humains finissent par sembler assez raisonnables. »

 Luyendijk parle du code vestimentaire. « Un avocat d’affaires et moi étions assis dans un restaurant nommé l’Anima, un endroit sobrement décoré d’Exchange Square, l’un des plus grands quartiers de bureaux de la City. Il scruta les tables autour de lui et dit : « il y a principalement des avocats ici. Pas d’épouses ou de petites amies spectaculaires, pas de femmes habillées de manière extravagante. Je vois des hommes qui gardent leur veste – ce que nous avons tendance à faire en tant qu’avocats. Beaucoup d’avocats ne voudraient pas être le premier à tomber la veste, et la plupart des avocats que je connais la conservent quoi qu’il en soit. Garder l’uniforme vous fait sentir solide (…). Etre ennuyeux est une bonne chose pour un avocat. Nous vendons de la fiabilité, de la solidité et de la prudence. Nous voulons que notre manière de nous présenter reflète cela. Et nous facturons souvent des honoraires substantiels, alors nous de faisons pas étalage de notre richesse parce que les clients vont se demander : bon, est-ce que je ne suis pas en train de payer trop cher ? »

 « Il se mit alors à comparer son habillement à celui d’un banquier spécialiste en fusions et acquisitions. Les banquiers peuvent s’habiller dans un style très voyant et conduire des voitures très couteuses. La raison en est qu’ils vendent des entreprises à leurs clients, et qu’ils font de leurs clients des gens très riches. Si je suis un banquier spécialiste en fusions et acquisitions et que j’irradie la richesse et le succès, des nouveaux clients potentiels ne vont pas penser : est-ce que je suis en train de payer trop cher ? Les clients potentiels vont penser : ce gars a rendu d’autres gens riches, il doit être très bon, je vais m’attacher ses services de manière a devenir riche moi aussi ». »

 Photo « the Guardian »

Portrait de Jimmy Carter

Dans The Observer, Carole Caldwalladr dresse un portrait émouvant de Jimmy Carter.

 J’ai une grande admiration pour Jimmy Carter, l’ancien président américain (celui d’un seul mandat, que Barak Obama aimerait bien exorciser !). Après avoir été battu par Reagan à l’élection de 1986, il a su mettre de côté la rancœur et s’est engagé pour l’élimination de maladies rares et comme médiateur de conflits internationaux.

 La journaliste insiste sur la solidité et la fécondité du couple que Jimmy forme avec son épouse Rosalynn. Elle dit de lui « je crois qu’il a toujours cherché quelque chose de plus à faire (…) Je pense que c’est sa nature d’être aventureux. Il a toujours dit « si vous n’essayez pas quelque chose, vous ne pouvez pas réussir ». C’est pourquoi il n’a jamais peur de l’échec. »

 « Jimmy Carter mena sa carrière avec tout le pragmatisme d’un homme pratique, et avec la moralité profondément enracinée d’un homme religieux. La politique américaine est de plus en plus dominée par ce qu’on appelle la droite religieuse ; des conservateurs qui partagent une vision du monde anti-scientifique, qui traitent l’évolution de théorie hérétique et le système général de santé comme un dangereux socialisme. Mais Carter était de la gauche religieuse, un animal très différent. Il a une profonde foi, enracinée dans ses origines baptistes. Lui et Rosalynn lisent la Bible l’un à l’autre chaque nuit et l’ont fait pendant quelque trente ans. (Ils lisent en espagnol, de manière à pouvoir pratiquer leurs compétences linguistiques au même moment ; ce sont des acharnés de l’amélioration personnelle). « Je lis un chapitre une nuit, dit Rosalynn, et il lit un chapitre la nuit suivante. »

 Photo : Jimmy Carter dans sa petite maison de Plains en Géorgie. Photo de Cris Stanford pour The Observer.