La fête du gras

L’alimentation est probablement devenue un marqueur de classe plus discriminant que la montre que l’on porte ou la voiture que l’on conduit.

 Professeur de surf au Cap Ferret, Frédéric observait que, sur la plage huppée où il exerce, tout le monde est mince. En contrepartie, il observait que dans la station plus socialement mêlée de Maubuisson, autour des cabanes à frites dénommées « chez ProutProut » ou, de manière audacieuse « Au fin gourmet », c’est la « fête du gras ». Hamburgers, chichis, hotdogs, sodas apportent leur dose de calories et de graisses au moindre prix.

 Les Rolex et les Porsche Cayenne marquent certainement l’appartenance au club des possédants. Mais tous les riches ne pratiquent pas l’ostentation. S’alimenter sainement, se maintenir en forme, garder la ligne est probablement devenu un indicateur plus sûr d’appartenance à l’élite que la possession d’objets de valeur.

 Illustration : affiche du film « Super size me de Morgan Spurlock, qui dénonçait en 2004 la « malbouffe ».

Aller à Ikea

Aller à Ikea est sur la liste non exhaustive des choses que la chanteuse Rose voudrait faire avec son amour.

 Le parcours du magasin Ikea de Bordeaux Lac s’étale sur deux niveaux et plusieurs centaines de mètres. Rien n’est épargné au consommateur, qui ne bénéficie pas, comme au magasin frère de  Wembley, de raccourcis. Pour acheter une banale poubelle de salle de bains, il faut monter au premier étage et visiter en grand détail les bureaux, les chambres, les cuisines et les salons avant de gagner le droit de redescendre au pays des batteries de cuisine, luminaires, cadres de tableaux, tapis et autres housses de couettes.

Le parcours se fait à sens unique dans une foule bigarrée dans laquelle les vieux claudicants se heurtent aux enfants braillards à qui les parents exaspérés promettent de justes punitions corporelles, et les hommes tatoués et ventripotents reluquent les jeunes filles en talons aiguille.

 Ikea Bordeaux Lac invite à l’humilité. Nous ne sommes pas plus adroits que nos compagnons d’embouteillage et provoquons plus qu’à notre tour des bouchons devant les rayons qui attirent notre attention. Nous nous promettons bien de ne pas nous laisser piéger par le machiavélique marketing de la grande surface, mais au terme d’une épreuve de plus d’une heure, nous découvrons à la caisse que notre liste de courses initiale n’avait rien d’exhaustif : elle s’est alourdie d’un bon nombre d’articles dont l’absolue nécessité nous est apparue pendant notre interminable pérégrination.

Photo Ikea.

Quatorze Juillet

La polémique suscitée par la proposition d’Eva Joly de remplacer le défilé militaire du quatorze juillet par un défilé citoyen souligne le caractère émotionnel de la fête nationale en France.

 Je trouve stimulante la proposition d’Eva Joly et déplacées les réactions de ceux qui fustigent l’origine norvégienne de la candidate écologiste à la présidentielle. Un défilé citoyen mettrait en scène les forces vives de la société civile, romprait la dichotomie entre acteurs en uniforme et spectateurs et serait plus cohérent avec l’événement fondateur de la République, la prise de la Bastille par le peuple de Paris.

 Toutefois, il faut bien reconnaître qu’un défilé citoyen unique ferait double emploi avec les rassemblements citoyens multiples qui, partout en France, marquent la fête nationale par des dîners champêtres, des bals musette et des feux d’artifice. Je ne connais pas de pays européens où la fête nationale est célébrée par tant de citoyens, en tant de lieux et avec tant de cœur.

 Le défilé militaire porte, lui aussi, le souvenir vivant de la Révolution Française et de la défense de la patrie en danger. Il nous rappelle que, comme nation, nous avons décidé d’intervenir en Côte d’Ivoire, en Lybie ou en Afghanistan et que des hommes risquent leur vie pour cela. Il donne de la France une image multicolore de perfection humaine et technologique à laquelle nous aimerions tant que ressemble la réalité de notre pays.

 Photo « transhumances » : feu d’artifice à Carcans (Gironde), le 14 juillet 2011

Test de lecture en Grande Bretagne

Le projet du ministère britannique de l’enseignement d’imposer un test de lecture à l’âge de six ans se heurte à une forte opposition.

 Dans The Guardian du 5 juillet, Warwick Mansell enquête sur le test de lecture phonétique que le ministère de l’enseignement britannique entend imposer pour dépister les enfants de six ans en difficulté.

 Ce test s’appuierait à la fois sur des mots connus et simples, comme « cow » ou « blow » et sur des mots qui n’existent pas mais dont la prononciation dérive d’une règle simple, comme « mip » ou « glimp ».

 Les opposants au test invoquent plusieurs raisons : certains sont contraires à la méthode analytique qui sous-tend le test (« cat » résulte de l’analyse des lettres c-a-t). D’autres soulignent que les enseignants savent parfaitement définir, bien avant l’âge des six ans, ceux de leurs élèves qui sont à la peine.

 Une autre raison tient à la difficulté d’orthographier correctement la langue anglaise. C’est ainsi que Mansell écrit : « dans un article du Journal of Education Review, Henrietta Dombey, anciennement présidente de la United Kingdom Reading Association, souligne que, à l’inverse de langues comme l’italien, le finnois ou l’espagnol, les enfants apprenant à lire en anglais doivent aller beaucoup plus loin que d’être simplement capables de prononcer les mots phonétiquement. Par exemple, en anglais, des lettres comme « a » peuvent correspondre à cinq sons ou même plus – comme dans « matt », « mall », « make », « mast » et « many » – alors qu’un son particulier peut s’épeler de nombreuses façons. La lecture phonétique donne aux enfants quelques uns des outils dont ils ont besoin pour bien lire, mais ils ont besoin d’un autre savoir pour être capables de lire tous les mots.

 Photo « The Guardian »