Compostelle

Dans Compostelle, le réalisateur Yann Samuell suit pas à pas la « marche de rupture » sur le chemin de Saint-Jacques qu’un jeune délinquant a accepté d’effectuer pendant trois mois sur 2 000 kilomètres en alternative à la prison.

Ce jeune se nomme Adam (Julien Le Berre). Il a dix-sept ans et est rongé par la colère d’avoir été abandonné par sa mère, une colère qui se mue parfois en une violence irrépressible. Le chemin qui s’ouvre devant lui pour enfin obtenir la reconnaissance et le respect : la criminalité, les braquages, la drogue. La juge lui offre « une dernière chance » : marcher du Puy en Velay à Compostelle accompagné d’un adulte recruté et supervisé par l’association Seuil, dont le slogan est « marche et invente ta vie ».

Une femme, cinquantenaire, accepte jouer le rôle d’accompagnante. Elle se nomme Fred (Alexandra Lamy). Elle vit un moment critique dans sa vie : elle vient d’être mise à pied de l’éducation nationale pour une gifle à une élève ; son mari demande le divorce ; la coexistence avec sa fille est difficile, au point que celle-ci part, fâchée, étudier à Vancouver.

Plusieurs fois, Adam est tenté d’abandonner : il supporte mal l’autorité de Fred, la mère de substitution que lui impose la Justice ; ses pieds lui font mal. Le ton monte, on se quitte, on se retrouve plus loin sur la route. Et surtout, on fait des rencontres. Le courant passe bien entre un éleveur de l’Aubrac et le loubard de banlieue. Sur le pont Valentré de Cahors, une jeune marcheuse attire l’attention d’Adam. Elle se nomme Estella (Maëlle Vidou), elle a déjà marché depuis Chartres et entend aller jusqu’au bout du chemin. Estella a perdu une jambe dans un accident, elle marche grâce à une prothèse. Sa joie de vivre est communicative.

En Espagne, Fred et Adam sont accueillis un soir par des moines cloîtrés. Une entente musicale insolite se révèle entre l’Ave Maria chanté par les frères et le rap par lequel le jeune raconte son destin. « Ave Maria » : l’image de Marie trouve un écho profond en l’adolescent encore enfant, qui souffre de n’avoir pas eu de mère.

Peu à peu, la confiance s’établit entre Adam et Fred, peu à peu l’un et d’autre prennent confiance en eux-mêmes. Mais le réalisateur n’est pas naïf : un grave incident ramène Adam devant la juge. La désistance, c’est-à-dire le processus par lequel on tourne le dos à la délinquance et on s’invente une vie en paix avec la société, n’est pas un long fleuve tranquille. Les rechutes sont possibles. Elles ne doivent pas empêcher d’apprécier le chemin parcouru et de rebondir.

Compostelle est un beau film, joué dans des paysages magnifiques. Il plaide pour que l’on propose aux jeunes délinquants des alternatives à la prison. En France, lit-on sur le générique de fin, trois mille jeunes sont condamnés chaque année pour des faits de délinquance. Envoyés en prison, 70% d’entre eux basculent dans la grande délinquance dans les deux ans qui suivent leur sortie. En revanche, pour ceux qui choisissent de se tourner vers la marche avec un accompagnateur, comme cela est le cas d’Adam, 60% trouvent un sens à leur vie, se réinsèrent et se reconstruisent.

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