Furcy né libre

« Furcy né libre », film d’Abd al Malik, raconte le combat d’un esclave de l’île Bourbon (aujourd’hui La Réunion) pour se faire reconnaître comme un homme libre.

En 1817, l’esclave Furcy (Makita Samba) découvre, au décès de sa mère Madeleine, que celle-ci a été affranchie un quart de siècle auparavant. Âgé de trente ans, il ose porter plainte contre son maître, Joseph Lory (Vincent Macaigne). Il sait lire et écrire grâce à Virginie (Sara Gireaudeau), la préceptrice des enfants de Lory, qui est tombée amoureuse de lui.

Le procès a lieu à Saint-Denis. L’avocat de Furcy plaide que celui-ci, né d’une femme libre, ne peut être considéré comme esclave. La partie civile rappelle que, selon le Code Noir, un esclave est un meuble et qu’une armoire n’est pas qualifiée pour ester en justice. Elle souligne que Madeleine, la mère du plaignant, se trouvait si bien au service des Lory qu’elle n’avait jamais fait état de sa condition de femme libre. Les juges rejettent la demande de Furcy. Le procureur Boucher (Romain Duris), abolitionniste convaincu, fait appel, mais au terme d’un second procès le renvoi de Furcy à sa condition d’esclave est confirmé.

Gênant sur l’île Bourbon, Furcy est envoyé à l’île Maurice sur une autre propriété des Lory. Il travaille pendant une vingtaine d’années à la coupe de la canne à sucre, dans des conditions d’oppression effroyables. Un cyclone, qui dévaste l’exploitation, sauve sa vie. Il utilise un talent transmis par sa mère, et devient confiseur à Port Louis au service de ses maîtres. Une erreur administrative lui permet d’être affranchi par le pouvoir colonial anglais.

Furcy reprend alors contact avec Boucher, dont la carrière de magistrat a été chahutée par ses convictions anti-esclavagistes et qui est devenu avocat. Boucher obtient la cassation du jugement prononcé sur l’Île Bourbon. C’est au tribunal royal de Paris que son affaire est rejugée en 1843. L’argument de la défense a changé. S’appuyant sur un séjour en France de Madeleine, qui venait de Pondichéry, elle s’appuie sur un texte de 1315 qui affirme que tout esclave qui met le pied sur la terre de France est affranchi.

Le vent a tourné. Le désir de liberté s’exprime fortement, même dans les prétoires. Nous sommes à cinq ans de la révolution de 1848 et de la fin de l’esclavage. Furcy gagne ce dernier procès.

« Furcy homme libre » est un film fort. Il commence par une mélopée d’esclaves, chantée par Danyel Waro. Il s’achève par un rap où s’exprime, malgré tout, la foi dans les valeurs de la France, et d’abord la liberté.

Le casting du film est brillant. J’ai particulièrement aimé le jeu de Vincent Macaigne, habituellement connu pour des rôles d’ingénu maladroit et sympathique. Dans le rôle de l’esclavagiste Lory, il apparaît cruel, hypocrite, sirupeux, haïssable : une belle performance d’acteur !

« Furcy né libre » est adapté d’un livre publié en 2010 par Mohammed Aïassaoui : « « l’affaire de l’esclave Furcy ». Le blog Diacritiques en avait fait une recension approfondie. On y lit en particulier un paragraphe sur le procureur Gilbert Boucher. « Boucher est un homme courageux et persévérant. Aussitôt arrivé dans l’ile, il prend fait et cause pour Furcy dont le bon droit lui paraît acquis. Il n’hésite pas à entrer en conflit ouvert avec les autorités locales qui obtiendront son départ dans l’année de son arrivée.

« Édifiant, à cet égard, le rapport de Deybassyns de Richemont au ministre de la Marine et des Colonies : « Le procureur général Boucher a un penchant détestable: il est proche des dernières classes de la société et éloigné  de ceux qui tiennent un rang dans le monde, ceux qui sont considérés et fortunés » (p. 81).  Un procureur rouge, sous la Restauration ! À une époque et en un lieu où l’indépendance de la magistrature est un vain mot, le substitut  Sully Brunet est privé de ses fonctions dès le départ de son procureur général, et relégué à  Saint Benoît. »

Devenu par la suite un député influent, Sully Brunet se convertira en un fervent partisan de l’esclavage. Dans son film, Abd al Malik le montre pressé par Boucher d’intervenir en faveur de Furcy dans la perspective de son procès en 1843 et refuser son aide.

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